Rien ne va plus: tout va très bien

Bien sûr qu’il reste quelque chose.

Bien sûr.

Tout va mal, mais moi ça va, merci.

Il y a les hommes malins pour parler pour nous, pour nous observer en souriant.

Il y a l’alcool et les médicaments.

Il y a la chaleur électrique, l’apesanteur du bain.

Il y a la tranquillité dangereuse de l’allié qui attend son tour pour pleurer.

Il y a la colère et l’énergie de la musique comme autant d’électrochocs quand l’âme s’éteint doucement.

Il y a la fête pour rire plus fort sans bruit.

Il y a dormir pour vivre mieux ailleurs et embrasser les intouchables.

J’ai bâti mes difficultés.

Je fais le tour à chaque heure des édifices qui me constituent.

J’en abats, j’en repeins.

Je suis épuisée.

Les batailles gagnées d’avance ne m’intéressent pas. Mais les autres, aujourd’hui, sont hors de ma portée.

On m’a donné l’acuité de l’esprit sans la profondeur. Le tempérament sans le cran de sécurité.

La force sans la santé. Il faut tout que je recommence.

Je sais où je dois aller, mais je ne peux plus m’en justifier. Le volcan au fond de moi a dévasté mes entrailles.

J’échoue, dans ce que je croyais être.

Bien sûr qu’il reste quelque chose :

Reprendre à zéro.

J’ai plié, fait souffrir mes articulations dans des torsions contre nature.

Je ne suis pas encore brisée.

Je n’ai aucune raison de l’être.

Tout va mal, mais moi ça va. Complications occidentales. Complexe de l’homme qui mange et dort au chaud. Vision altérée et culpabilisée d’un mal-être nombriliste.

Taisons-nous alors.

Nous le savons tous très bien. Lorsque la vie devient insupportable, nous pouvons toujours la supporter.

A écouter les gens autour de nous, nous n’avons aucune raison valable de nous plaindre.

Pas de chance, hein, alors, quand le sourire ne veut plus revenir, sans raison.

Pas de chance, hein, alors, quand le soleil ne vous réchauffe plus et que vous craignez ses rayons.

Pas de chance, hein, alors, quand vous avez de la nourriture mais que votre corps n’en veut pas.

Quelle ironie surtout, quand tout le monde voudrait votre vie.

 

 

Moi je m’en fous.

Quand je ne comprends plus rien, je chante.

Ou j’écris.

Et ça dégorge un temps l’abcès absurde gonflé de rien. Jusqu’au prochain.
 
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