Joseph Conrad

 

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« Il était malheureux d’une façon inconnue aux âmes médiocres. »
Victoire

« La vie ne nous connaît pas et nous ne connaissons pas la vie – nous ne connaissons même pas nos propres pensées. La moitié des mots dont nous nous servons n’ont aucun sens, et de l’autre moitié chaque homme comprend chaque mot à la façon de sa folie et de sa vanité » 
Lettre à Cunninghame Graham, janvier 1898

« Débarquer dans un marécage, marcher à travers bois, et dans quelque poste de l’intérieur, se sentir encerclé par cette sauvagerie, cette absolue sauvagerie – toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s’agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l’homme sauvage. Et il n’y a pas non plus d’initiation à ces mystères. Il faut vivre au milieu de l’incompréhensible, et cela aussi est détestable. En outre il en émane une fascination qui fait son œuvre sur notre homme. La fascination, comprenez-vous, de l’abominable. Imaginez les regrets grandissants, le désir obsédant d’échapper, le dégoût impuissant, la capitulation, la haine. » 
Au coeur des ténèbres

« Ses ténèbres étaient impénétrables. Je le regardais comme on regarde d’en haut un homme gisant au fond d’un précipice où le soleil ne brille jamais. » 
Au coeur des ténèbres

« J’ai lutté contre la mort. C’est le combat le plus terne qu’on puisse imaginer. Il se déroule dans une grisaille impalpable, sans rien sous les pieds, rien alentour, pas de spectateurs, pas de clameurs, pas de gloire, sans grand désir de victoire, sans grande peur de la défaite, sans beaucoup croire à son droit, encore moins à celui de l’adversaire – dans une atmosphère écoeurante de scepticisme tiède. Si telle est la forme de l’ultime sagesse, alors la vie est une plus grande énigme que ne pensent certains d’entre nous. J’étais à deux doigts de la dernière occasion de me prononcer, et je découvris, déconfit, que probablement je n’aurais rien à dire. […] Non, ils ne m’ont pas enterré, quoiqu’il y ait eu une période que je me rappelle obscurément , avec des frémissements de stupeur, comme un passage à travers un monde inconvenable qui ne recelait espoir ni désir. Je me retrouvais dans la cité sépulcrale, j’en voulais à ces gens que je voyais courir par les rues pour se chiper les uns les autres, pour dévorer leur infâme cuisine, pour avaler leur mauvaise bière, pour rêver leurs rêves insignifiants et stupides. Ils empiétaient sur mes pensées. C’étaient des intrus de qui la connaissance de la vie était pour moi une irritante imposture, tant je me sentais certain qu’il n’était pas possible qu’ils connaissent les choses que je connaissais. Leur comportement, qui était simplement celui d’individus comme allant à leurs affaires dans la certitude d’une sécurité parfaite, me blessait comme les bravades outrageantes de la sottise en face d’un danger qu’elle est incapable de concevoir. Je n’avais pas spécialement le désir de les éclairer, mais j’avais quelque peine à me retenir de leur rire à la figure, pleins comme ils étaient de stupide importance ».
Au coeur des ténèbres

« Il y a, disons, une machine. Elle s’est créée, à partir d’un chaos de ferraille, et voilà ! Elle tricote… elle nous incorpore dans le tricot, et nous rejette. Elle a tricoté le temps, l’espace, la douleur, la mort, la corruption, le désespoir, et toutes les illusions… »
Lettre à Cunninghame Graham, décembre 1897

Quo vadis ?

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Leçon stoïcienne

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

Chrysippe

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