Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.

Si vous avez vu Zodiac au cinéma en ce moment, vous avez peut-être été piqué par la curiosité de voir également « The Most Dangerous Game », sorti en 32 et cité par le meurtrier du film de Fincher (pas mal d’ailleurs mais franchement, pas de quoi se relever la nuit).

Et bien vous en a pris. Vous pouvez.

 

Sorti pour la première fois en France sous le titre « La chasse du Comte Zaroff » ce n’est que par erreur qu’il fut mis au pluriel par la suite et que l’on s’en souviendra ainsi.

Il faudra bien saluer un jour la simplicité linéaire mais terriblement efficace des films de genre du début du siècle. La thèse est simple, l’homme est un loup pour l’homme, son prédateur le plus féroce, le plus acharné et de loin le plus cruel. Et plutôt que d’en arriver à cette même conclusion par des chemins de traverses tortueux, fumeux et prétentieux, on prend ici l’autoroute. Ce n’est pas subtil, c’est ce qu’on appelle les prémices du genre « survival » : tu es en danger immédiat, tu cours, tu réfléchiras ensuite. Si tu as de la chance et que tu t’en sors bien entendu.

Le comte Zaroff, excentrique russe vit reclus avec ses domestiques Tartares (très primaires, beaucoup de poils) dans une île improbable au cœur de laquelle il a construit un château non sans rappeler celui du Comte Dracula dans les Carpates (ces deux là  sont potes, c’est presque sûr). Le comte est brillant (il joue du piano sans regarder ses mains), charmant (il faut bien reconnaître à Leslie Banks un talent expressionniste particulier, à défaut d’un jeu subtil) et il a un passe-temps favori : la chasse à l’homme.

Les règles sont simples : il déplace les balises de passage au large de l’île pour faire naufrager des bateaux, accueille les survivants, les nourrit (il faut qu’ils soient en parfaite forme) puis les lâche dans la jungle à minuit afin de les traquer (à l’arc le plus souvent). Si à 4h ils sont encore vivants, ils ont gagné le droit de repartir sur le continent. Le comte n’a jamais perdu à ce jour.

Et puis arrive Ray, fraîchement naufragé et seul survivant cette fois. L’hôte est un peu déçu mais pas pour longtemps : Ray est un aventurier chasseur mondialement reconnu. Enfin, le comte, mégalomane évidemment,  va se réjouir de trouver adversaire à sa taille….

   

 

Tourné dans les décors du King Kong qui sortira lui l’année d’après (d’ailleurs Fay Wray, « that delicate satin draped frame » joue également la jeune femme en détresse dans le film), le terrain de chasse est planté dans cette jungle luxuriante et sombre (tourné pratiquement uniquement de nuit), sublime mais hostile.

L’ouverture du film n’est rien de moins qu’un naufrage, ce qui pose étonnamment les bases du genre « catastrophe » et implique une construction pertinente : de la catastrophe globale au duel que faut-il finalement redouter le plus ? Cruauté fine, surcharge baroque très utile car finalement rien ne permet à un homme ayant survécu à l’insurmontable de s’estimer à  l’abri d’une mort que lui donnera plus sûrement encore un de ses semblables que des éléments qui eux, loin de s’acharner absurdement, se fichent bien d’achever le travail. Un bon film de paranoïaques, à la gloire du plus fort de l’espèce, comme on sait que les américains les affectionnent particulièrement. Mais sont-ils honnêtement les seuls à jubiler ?

 

 

« Les Chasses du Comte Zaroff », un film de E.B. Shoedsack et I. Pichel, 1932, 85 min, avec Leslie Banks, Fay Wray, Joel Mc Crea.
Mar 5 jun 2007 Aucun commentaire