Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
Remise en une d'une note précédemment publiée le 08 janvier 2010.
We're running to the edge of the World, running, running away.
Marilyn Manson.
Hors des soupirs quelque chose naît / Qui n'est pas le chagrin, car je l'ai abattu / Avant l'agonie. L'esprit pousse / Oublie et pleure. / Quelque chose naît qui est goûté et trouvé bon, / Tout ne pouvait pas décevoir. / Il y a heureusement quelque certitude: / Autant ne pas aimer si on n'aime pas à la folie, / Et cela reste vrai après une défaite perpétuelle.
Dylan Thomas, Ce monde est mon partage et celui du démon.
A toi, qui a compris que nos mots sont tout, qu'ils nous
lieront et nous protégeront. Toi sous les yeux froncés duquel je me sens en magnifique sécurité. Cette note, je te l'offre humblement, je la dépose autour de ton cou comme un bijou qu'on ne
transmet qu'au sang similaire.
« …la magnifique sécurité d’une conscience vraiment libre. »
Pierre de Labriolle, La réaction païenne.
I was marching to the wrong drum
With the wrong scum
Pissing out the wrong energy
Using all the wrong lines
And the wrong signs
With the wrong intensity
Depeche Mode, Wrong.
Je sens bien qu’il y a quelque chose de plus sous la virtualité virtuose de vos attentes, un oubli important, un troc immoral, le spirituel contre le factice, une dissimulation de preuves sous l’éboulis de toutes vos pensées mal définies, régurgitées mâchées, déformées mais sans la transformation nécessaire de la bile. Le goût sucré de l’aspartame sur l’amère réalité.
Je sais ce que j’entends, pourtant, quand je pousse les portes des derniers temples debout.
Un grand éclat de rire mécanique devant l’absence de Dieu.
Il ne fut jamais là.
Un éclat démesuré, et fracassant, qui se déclenche, automatique, sous les leviers.
Tout ce temps, tout ce temps seuls, encerclés par les loups.
C’est à déraisonner.
Seule avec vous, alors, espèce malfaisante, incapable d’arrêts…
Espèce bruyante, décevante, arriérée.
Depuis peu, mes très chers, vous glissez tous sur moi.
Je m’enfouis sous la neige du plus grand mont d’Autriche, immobile, pour leurrer le renard, pour échapper aux vigilantes serres de l’aigle charognard.
Je vous sens me scruter, mais ne m’en soucie guère. Je ne vous regarde plus, moi. Cela change tout.
Cela change tout. N’en doutez jamais. Vous tuez mes aguets, je me détourne de vos splendeurs usées.
Cet hiver sera le dernier.
Je peux me fondre ou m’élever.
J’ai accepté de perdre.
Je peux tailler, frayer, en rabattre.
Le froid, le froid m’engourdit.
Vent de poignards.
Le froid lèche ma peau blanche. La déferlante se fige dans son élan.
Les glaciers se reforment.
Silence.
Je me réveillerai millénaire, impeccable et souriante.
Vous n’en reviendrez pas.
J’étais probablement tout ce temps du mauvais côté de la route, prête à me faire écraser. Incroyablement soumise à l’asphalte, inconsciente du danger auquel j’étais nue exposée, pieds écorchés sur le goudron mouillé, amnésique.
Et puis arrive le moment redouté, attendu, où tout est dépassé.
Je suis en dehors de la maison maintenant, cette maison hantée du courant ascendant d’une puissance vaine insupportable, qui m’écrasait au plafond me permettant tout au plus de régner, essoufflée, encagée, sur le plancher muet, désolé.
Plus de crainte, aucun fardeaux que je ne puisse supporter, et c’est à peine si je remarque ce que l’on charge sur mes épaules.
Chargez, je ne plie plus je suis à genoux depuis des lustres.
Plus de Cité. Plus de groupes. Plus de carcans. Plus de clochers. Plus d’humanitaire. Plus de secrets. Plus de protection. Plus de prévisions. Plus de projets. Plus de regrets. Je suis débarrassée. Tout a explosé.
Je te rejoindrai. Je te protègerai. Je t’exhausserai.
Personne ne m’entendra crier, les plus intenses combats se livrent et se remportent dans un silence sans air.
Tu me regardes sceptique. Je n’attends pas que tu comprennes. Tu peux mettre mes mots à l’épreuve, je suis certaine d’être tout au bord de pouvoir bientôt les formuler et y tomber dans une clarté résiliente.
J’ai vaincu mille armées déferlant sur mes plaines. Tout est par mille dans les rangs du mauvais. Je ne suis plus jamais piétinée, prise en traître, morcelée, tuméfiée. Ils ne lèvent plus aucun de leurs bras de fer sur moi, ils se détournent, ils passent à travers moi. Je décide qui restera, qui marquera son emprise.
Tout ce temps, si tu ne voyais pas les traces de mes pas t’accompagnant dans le désert, ce n’est pas parce que je t’avais abandonné.
C’est parce que je te portais.
Pour le moment je suis mauvaise. Décalée de la partition.
Pour le moment je ne suis pas à l’aise, encore, à transfuser de mon sang trop clair dans tes veines atrophiées. Pas encore maintenant.
Pour l’heure je ne suis qu’une souillon des brouillons de papier, maculée de plomb noir, étouffée sous le poids.
Je ne renonce jamais, je tourne page après page, j’affronte ligne après ligne l’éclatante vérité.
Un beau matin, je me tiendrai devant toi sans colère et j’ouvrirai mes bras. Je parlerai doucement, les yeux rivés dans ton sourire. Tu écouteras tout ce que j’avais à te dire, ton cœur se remettra à vivre, tes tempes compteront les battements, tu irrigueras à nouveau tes membres bleus et gelés, tu marcheras vers ma tanière, et à ton tour tu t’y enfermeras, vivant, heureux, sacré, jusqu’au jour où tu sortiras pour les autres, pour celui ou celle que tu ranimeras.
Un par un. Un pour mille. Un par siècle.
Tu te tiendras Orphée, patient entre les portes fermées des profanes, auxquelles tu ne viendras jamais frapper.
Il faudra attendre qu’une d’elle s’entre-ouvre, et qu’un timide se montre, écœuré de l’air vicié des pièces surchargées.
Tu ne parleras alors qu’à ce seul qui écoute.