Dimanche 16 mars 2008

Pour Marion N., Armelle C. et JB G. 
Petite pensée dominicale vers vos nombrils pendant que j’ausculte consciencieusement le mien.  

« On se sentirait belles si on était aimées. » Les médecins de l’espoir, M6, jeudi 13 mars.
« You’re going back to her and I go back to black. » Clips (Amy Winehouse), W9, tous les matins.
 
Soudain j’ai 50 ans, passés peut-être, et je ne peux plus rien supporter. C’est encore le futile qui en une mauvaise phrase m’abat sans sommation. Je pense, présumant sans cesse de mes forces, que je m’en suis encore sorti pour cette fois, je regarde distraitement une émission qui me conforte dans ma supériorité intellectuelle, je plains des gens plats d’en être encore réduits à cela, au néant d’un esprit vide et pourtant désordonné, et derrière les cristaux, ils se retournent soudain, et m’intègrent dans leur monde. Je suis giflée par cette conclusion trop crue, je m’offusque de tant de lieux communs, et pourtant le mal est fait, je suis frappée en plein cœur, car il est temps, ma grande, d’ouvrir un peu tes yeux charbonneux : toute détestable que soit cette vérité que mon entourage préfèrera me renvoyer comme fausse modestie, afin de ne pas prendre à charge, et je les comprends trop, cette détresse stupide de princesse moderne, je ne suis pas aimée. Je le fus, je le serais, qui sait, mais je ne le suis pas. J’ai brutalement envie de pleurer quand je regarde mon visage piqué de rouge, ma cellulite « bien implantée », toujours en phase d’attaque du problème, jamais en phase stabilisante, anti-yoyo et tu sais exactement de quoi je parle. Parce que je ne veux pas parler de cela. De mes cauchemars, de ma frayeur incessante et insensée de vivre. Tu riras. Pire : tu te tairas, tu ne seras pas concerné, ni responsable, pas même touché. J’aurais à nouveau violemment envie de mourir. J’ai déjà fait du mal, je ne suis pas chrétienne pour autant, pourtant je dois payer, en silence, relire mes stoïques, égrainer mes chapelets de sentences sans aucun sens. J’en ai sûrement assez, pour l’heure.
La vie est un cabaret. Enchantée. Laissez vos soucis à l’extérieur.
J’ai décidé que je n’étais pas belle, et c’est ce prétexte que j’empoigne pour être malheureuse de plein droit, pouvoir pleurer seule et sans aucun espoir de consolation, espérer dégager l’artère. Sais-tu comme cela fait souffrir de sentir toutes ses voies vitales rétrécir, sais-tu ce qu’il en coûte de ne plus respirer ? Connais-tu les spasmes épuisants qui te compriment, te laissent pour morte et s’estompent pour revenir ? Bien sûr que mon corps n’est pas mon ami, il me harcèle, me trahit, m’empoisonne, comment le trouver beau ? Quelle importance d’ignorer, de supporter, de transcender, de soigner, de parler à des gens gris dans des fauteuils usés de trop de confidences si banales ? Aucune.
J’ai trop souvent voulu me fuir, maintenant je ne peux plus crier au loup.
Non, non pas question. Je suis en route maintenant, et je vais bien.
Pourtant, c’est plus simple que cela. Je suis trop proche du gouffre, je peux déjà apercevoir son fond, sentir ce que ce sera de m’y briser les os. Si j’étais aimée par cet homme muet je saurais ne pas regarder la crevasse. Je saurais me tenir à cette main, en tirer ma puissance. Glacée à une terrasse j’attends qu’un geste apporte le soleil. Il ne vient pas. Trempée sous la mélasse d’une pluie même pas franche, j’attends qu’on m’essuie et m’embrasse. J’attrape froid. Je marche derrière une ombre, mes pas s’enchaînent en une éternité douloureuse dans cette rue venteuse, très longue, la plus longue de la ville, qu’il se retourne, qu’il me parle. Non. Il ne m’emmènera pas. Je n’existe pas. Il ne sait même pas ce que j’en attends, il ignore, il choisit d’ignorer.
Plus un mot, plus une attention, plus une intention, rien. Je n’ai bientôt plus rien de cet homme qui disparaît, satisfait d’avoir encore réussi à ne rien donner, rassuré de n’avoir aucune question à me poser. A se poser. Je sais trop bien pourquoi je les regarde, ces fissures, pourquoi je ne peux plus les empêcher de croître.
Ce n’est rien, ce n’est rien que la vie ordinaire.
Soudain je n’ai plus 50 ans, je suis plus jeune que ça, et j’assiste à l’enterrement de mon propre cœur. J’ai la voix rocailleuse d’une femme qui cherche à se faire entendre, et comprendre. Et qui a renoncé. Le syndrome de l’abandonnée. La laissée pour compte. Qui murmure une complainte cuivrée à son reflet, fané mais encore digne. Le temps devient très important, la moindre minute avant l’effondrement est une bénédiction, encore debout, encore sage, et pourtant puissamment ravagée par des tempêtes internes.
Je vous aime beaucoup, ce n’étaient que des mots, certes, mais réjouissants.
Je regarde la constellation factice de la moquette de cette bibliothèque, perdue, criblée, il ne faut pas pleurer, idiote, comment l’expliquer ensuite, car il demandera, peut-être. Ou bien il ne demandera pas et te regardera sans aucune expression, et n’est-ce pas plutôt par crainte de cette indifférence gênée que tu ravales finalement ces ganglions ? J’arpente alors des rayons de livres, cherchant sous quelle étiquette il fera bon respirer, quelles tranches me feront reprendre mes esprits.
Enfin, je réussis. Je saisis un ouvrage, et les nuages se dissipent, j’imagine alors être tirée d’affaire, je le regarde, je me fonds dans ce regard de pierre et j’oublie dans l’instant que je ne suis pas aimée, parce que je n’ai aucune solution pour l’être.
Il n’a rien dit, rien relevé, rien mentionné. Il a à peine bougé.
Reste calme, tu l’as déjà dit, tout ça tu l’as déjà dit. C’est vain.
Soudain, je suis couchée sur la route.
Retour chariot. Phrases solidaires.
Je te suivais, encore, tu ne m’entendais pas, mon dur impénétrable, si tu savais combien je t’aimais avant même que je ne souffre pour toi, quand tu étais là, sous les mouettes, que je n’en revenais pas d’être encore contre toi, libérée, fière et enfin belle, donc. Cette douce illusion que j’avais sciemment implantée dans mon noir, ce diamant qui m’irradiait, parce que tu me regardais, me considérais, dans mes rêves encore imperméables. Avant que le doute ne s’en mêle.
Je serais gentille, tu sais, même si je tombe, si je suis débordée, je serais sage.
Soudain je suis couchée sur la route, donc. J’ai tenté d’appeler sans voix et enfin, après un effort démesuré pour arracher mes pieds du bitume, j’ai lentement glissé joue contre terre, je sens encore les grains du goudron mouillé et froid s’incruster dans ma peau, je te vois sans t’entendre me dire de me relever, appeler des gens, ne pas savoir quoi faire. Je t’embarrasse, à ne pouvoir plus bouger. Je sens bien que les larmes sur mon nez sont de trop, tu tapes dans mes jambes et tu finis par sourire et t’en aller.
Je suis magnifique, peu importe ce qu’ils en disent, c’est sûr.
Soudain, dans une maison en bois, elle ouvre la porte. Je la vois enfin. L’autre. Que je crains et respecte à la fois, celle qui contient tes heures, tes années. Elle me demande qui je suis et je mens. Je ne suis personne. Mais ça c’est la vérité. Pourtant je lui dis que je suis de ta famille. Toi tu es déjà sorti. Et puis je lui dis que non, ce n'est pas vrai. Et je pense qu’elle comprend. Je lui dis de ne pas partir, elle a la voix douce et chaude, elle est déterminée, forte, jamais méchante, elle me regarde sans condescendance ("Crois-tu être la seule, où crois-tu que tu vas ?") et je la suis pendant qu’elle s’enfonce dans les marais. Je promets de te la ramener. Je ne vois bientôt plus qu’une fleur bleue sous le vent, plantée dans le sable sale, menacée par les eaux montantes. Je la cueille, et je te la donne. Toujours toi.
Soudain…
Soudain…
Qui va te dire quand ce sera trop tard ? Qui va te dire que les choses ne sont pas si formidables ?Qui va te ramener chez toi, ce soir ?
Soudain tu es obscène, cruel, toujours plus distant, définitivement insaisissable.
Nous marchons dans une foule compacte, fluctuante, des visages en émergent, inconnus, menaçants. Tu t’approches d’une fille, tu me dis que tu vas la toucher, je fais mine de trouver ça normal. Elle refuse, alors tu te dégages de mes bras violemment et tu me dis que ce soir tu ne dormiras pas. Tout ceci est de ma faute.
J’essaye de faire un collier avec trois perles, j’essaye de ne pas entendre tes mots meurtriers. Ma peau, c’est un autre qui finit par la caresser, sans entrain. Moi je regarde mes fissures, je les recense, appose ton nom au-dessus d’une nouvelle encoche. J’ai tatoué mes souvenirs dans une chair instable, espérons que le tien vieillira bien.
Le cœur brisé, le corps en veille, c’est certain, il est plus facile de vivre.
Tu n’aimes la douleur que lorsque qu’elle ne fait pas mal, je ne suis pas le docteur, tu devrais le savoir. Et réveille-toi.
Le voisin pousse un gémissement étrange, et j’ouvre les yeux, découragée. La lumière brutale et trop blanche m’accueille en me giflant. Il pleut encore, évidemment. Pourtant je n’ai pas rêvé, non.
La douche est cassée, mon téléphone n’a rien à me dire, et je sens qu’il va falloir faire quelque chose. Je regarde le plafond, ce plafond du dimanche. J’ai encore le goût du goudron dans la bouche, la sueur de la foule, ton image froide qui s’évapore dans ce marais et l’envie incessante de pleurer.
Et puis, soudain, rien pour me contredire.
It will be alright, it will be fine, ‘cause it’s nothing more than ordinary life
Alors bordel, debout, et remonte un peu ton sourire, on dirait un Picasso période déstructurée…
par The bitch is back publié dans : Quoi encore ?? communauté : Les gros dossiers
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Dimanche 23 décembre 2007

[Rectificatif à l'année qui se termine : ...]
Love, actually ? 




Contre toute attente, je vous la souhaite pas trop moche, cette nouvelle donne. 
Si vous voulez me souhaiter quelque chose, un truc à base d'embruns, de présence ou de rire fera très bien l'affaire. Un truc comme joie, rappelez-vous. Un truc comme (non pas les hippies).
Bon, ça, c'est fait.



par The bitch is back publié dans : Quoi encore ??
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Mardi 11 décembre 2007
par Silence ! publié dans : Quoi encore ?? communauté : Les gros dossiers
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Mercredi 5 décembre 2007

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Jeudi 6 décembre, 18h
Salle des conférences, Bibliothèque Mériadeck
Bordeaux

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par The bitch is back publié dans : Quoi encore ??
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Mardi 6 novembre 2007
Amoncellement de nones dans la putréfaction inouïe du néant amoral.
Course écumatoire des continents de l’aigu, mon cul ouille ouille, oui.
Non.
Alinéa.
Simulation contractuelle des gorilles obsolètes, j’écris, écris, cris, ris, is,s, rien.
Je suis trop tout le temps moi.
Vagin au Tranxen.
C’est parce que le monde va mal en rond mais comment faire, il fait bobo mon âme.
Hurle, hurle tes poumons de cendres, j’arrive mais non je ne peux pas bouger.
Artefact coronaire de mes trompes de salope, ah tu rugis sous un silence mordant.
Ah
Ah
Ne met pas de capote, c’est pourtant mieux la mort.
Conspiration morcelée d’un visage de cadavre, tu n’as pas fini de vivre, debout !
Ravage d’une modernité sans fards, il n’y a pas de genoux plus cagneux que tes dents quand tu souris de honte.
A bat les nasis de la langue, je me perse ou je veut.
 
In « Biffer le post-apocalyptique », Ed . L’habite qui coule.

par The bitch is back publié dans : Quoi encore ?? communauté : Les infréquentables
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Jeudi 4 octobre 2007

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(Manara)

par The bitch is back publié dans : Quoi encore ??
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Vendredi 28 septembre 2007
Quel silence... on me croirait presque occupée.
Vous ne perdez rien pour attendre.
J'ai lu des livres, vécu un tas de trucs absolument fascinants, j'ai même appris à faire des choses incroyables en informatique, je raccroche un peu mes neurones en suivant des cours autour du livre - j'en dirai probablement plus assez rapidement - attendez donc un peu qu'on finisse par me trouer le mur afin que le réseau, enfin surgisse....
Peut-être alors enfin, ce grand bordel organisé qu'est ce blog finira par se structurer un brin, et servir - rêvons un peu - à quelque chose...
Pour l'heure, et ce sera tout à fait dans le ton, lisez donc "Le Musée du Silence" de Yoko Ogawa.
Vous m'en direz des nouvelles, bien que ce soit un roman. Pour les pressés, les paresseux ou les nipophobes, je m'essayerai probablement à une mince chronique dans les semaines à venir.
Dans l'intervalle, sursum corda.
par Silence publié dans : Quoi encore ??
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Samedi 18 août 2007

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard KIPLING

Alors je sais, je cite, je cite, en attendant je ne fous plus rien, je me dissimule derrière les mots, les musiques, les images des autres. Je suis en vacances, mais le fait que nous soyons au mois d’août est une pure coïncidence, je suis en vacances de production personnelle. Je n’ai plus rien à dire quand je dois faire, et je fais, soyez en sûrs. En attendant que je rempile un peu mes neurones, je vous ai mis une playlist, populaire j’en conviens, mais l’élitisme musical pousse à quelques catastrophes de goûts que je préfère me permettre en restant dans les bons chemins battus par d’autres. Je ne me sens pas aventurière ces temps ci. Et justement, dans cette playlist, donc, se niche entre autres petits trésors à déterrer sous les couches trop évidentes, une version chantée de ce poème par sieur Lavilliers. Alors on peut rire, bien entendu. On se rassure comme on peut. Vous enchaînerez avec un petit « Il faut vivre » de Reggiani et vous m’ôterez vite fait ce sourire insolent qui flotte encore sur vos visages d’incrédules. A la bonne vôtre, et soyez bien assurés, tous autant que vous êtes, de mes sentiments aussi distingués qu’un caniche royal chez le toiletteur.
par Velma Egan publié dans : Quoi encore ??
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Samedi 18 août 2007
par Velma Egan publié dans : Quoi encore ??
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Jeudi 9 août 2007

 

par Velma Egan publié dans : Quoi encore ??
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Quo vadis ?

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Leçon stoïcienne

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

Chrysippe

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