Remise en une de cette note publiée ici le 10 octobre 2010, et puisque l'histoire se répète [ Juan Asensio en procès le 09 mars 2011 - Extinction du couguar confirmée le 03 mars 2011.]
« […] il coupa l’autoradio. Il n’avait jamais aimé la musique, et apparemment l’aimait moins que jamais, il se demanda fugitivement ce qui l’avait conduit à se lancer dans une représentation artistique du monde, ou même à penser qu’une représentation artistique du monde était possible, le monde était tout sauf un sujet d’émotion artistique, le monde se présentait absolument comme un dispositif rationnel, dénué de magie comme d’intérêt particulier. »
Michel Houellebecq, La carte et le territoire.
Dans le bus Seine-et-Marne Express n°1 au départ de la gare de Melun, en face du Palais de justice, en ce magnifique samedi matin d’octobre à peine entamé, je remarquai, en passant sur le pont au dessus de la Seine, une péniche karaoké dont les tables, impeccablement dressées, semblaient attendre avec appréhension un repas familial. Plus loin, un impressionnant rassemblement de cygnes se regroupait en silence devant une vieille femme en gris assise sur un banc et distribuant du pain. Le bus fraya dans des rues minuscules, passa devant une belle fontaine, Melun semblait un village paisible du Sud, coquet et rassurant. En tournant la tête vers la droite, derrière les voies ferrées du RER, j’aperçus les tours menaçantes et compactes, en rang serrées dans l’attente de leur quotidienne descente de police. Melun était coupé en deux.
La Seine et Marne, pendant cette courte heure de trajet, offrait dans la chaleur ronflante du bus ses campagnes tout à fait plates et vides, dorées par un soleil plein et tenace, puis parfois un château. Des stands désaffectés de vente en direct de pommes rappelaient les scènes en bois sur lesquelles un charlatan, dans l’Amérique de la Belle Epoque, vendait ses potions inutiles et se faisait chasser rudement par un shérif peu altruiste. Traversant Guignes, la dame ronde et joviale conduisant le car s’arrêta à l’unique arrêt du village. Elle ouvrit la porte à une adolescente jolie moulée dans une tenue vulgaire qui déposa rapidement un baiser claquant sur la joue d’un garçon, le laissant pantelant, rougissant immédiatement à ce contact trop bref entre les seins rebondis et vivants de la jeune fille de 13, 14 ans tout au plus, et son sweat-shirt informe recouvrant un corps lourd et encombré de lui-même. Deux autres enfants, de 12 ans peut-être, assis, désœuvrés, leurs skate-board sur les genoux s’illuminèrent, hilares et certainement un peu jaloux, devant la confusion de leur camarade. La jeune fille me lança un sourire radieux et s’assit deux rangées devant moi.
Nous arrivâmes à Lumigny-Nesles, après un bref arrêt à Fontenay-Trésigny où deux petites bonnes femmes descendirent en riant, et le bus me sortit doucement pour me déposer au rond-point de deux départementales, devant un domaine inconnu, et des champs en friche desséchés. « Pommes » indiquait un panneau fluorescent, piqué à côté d’une construction de plastiques représentant trois asperges blanchâtres reliées et tendues vers le ciel. Cette vue phallique et inappropriée me vrilla au ventre un malaise rapide, accentué par le silence total et désert de ces lieux d’une banalité exemplaire. Je trouvais enfin un panneau écrit à la main : « Parc des félins, pedestrial access », me confortant dans ma prémonition que je ne trouverais au bout de celui-ci que quelques Anglais nostalgiques du Bengale devant des cages tristes et vides de grands chats déprimés. Mais j’avais fait deux heures de trajet depuis Montreuil pour ma sortie mensuelle, et entendais bien en profiter un peu.
Le procès de Juan Asensio arrive enfin, me dis-je, incapable de réellement le concevoir, dans deux jours, il sera publiquement accusé et devra se défendre, et personne ne peut plus rien y faire à cette heure. Et qu’avons-nous seulement fait ? Il y avait rapidement eu cette évidence, cependant, que rien n’était seulement en notre pouvoir, que cela nous regardait à peine. Et violemment, le sursaut de refuser de s’en laver les mains. Le cynisme du « bien fait pour toi », mêlée à la mélancolie du « perdu d’avance », la justice des faits réels, des punitions appropriées. La crainte, pour lui, qu’il ne se calme jamais. « Il faut bien que quelqu’un le calme », fût-ce en changeant d’arme en plein duel. « Mais non. Pourquoi le faudrait-il ? », ainsi, inlassablement, les injonctions paradoxales en boucle, aucune solution, aucune idée même de la teneur d’un verdict juste. Nous sommes de grands enfants, on nous tapera dessus avec de grandes règles. L’humiliation. Je me rends compte que mes pensées m’ont arrêtée net devant un buisson de baies rouges, mon autre cerveau évaluant le degré de toxicité de ces baies totalement inconnues. Combien de temps pour connaître toutes ces baies ? Faudra-t-il toutes les goûter et vomir, manquer de mourir mais recommencer, s’acharner à les connaître…
L’air sentait le champignon, la brise était d’une douceur exquise, et lorsque je trouvai un raccourci dans la clôture longeant la route et menant à un parking presque totalement vide, je fus réconfortée : il n’y aurait pas grand monde, le parc serait pour moi, luxe qu’un parisien ne connaitra que trop peu dans sa vie précipitée, frénétique, commune contre son gré.
J’implorais furtivement, avec un peu de honte de succomber à de pareilles fadaises, « pourvu qu’il y ait des petits », songeant évidemment à des portées de tigres blancs ou de panthères, et pas un seul instant aux hommes.
Mais surtout, surtout, je venais voir les derniers représentants de leurs espèces, avant l’extinction finale. Les ocelots, les margays, les panthères de l’Amour et l’unique et fier, majestueux caracal, qu’un documentaire sur la chasse en Jordanie regardé avec attention lors d’une insomnie fracassante m’avait fait découvrir. J’imaginais encore les princes ottomans lancer leur faucon et leur caracal contre les lièvres et les oiseaux et me disait que la beauté du geste existait encore quelque part.
La végétation était extrêmement abondante, et le parc entièrement boisé. Les enclos, ou plutôt les domaines étaient si vastes qu’il fallait des jumelles et de la patience pour apercevoir la récompense : l’animal, souple et gracieux, farouche, incorruptible, sa présence, son regard qui ranimerait jusqu’au plus chronique des lacunaires en sérotonine.
Les panneaux explicatifs alternaient entre injonctions culpabilisantes - « L’homme est irresponsable », « Aidez-nous à les sauver », « Ils auront bientôt disparu », accompagnant des clichés noir et blanc de tigres de Java rayés en rouge, et d’attendrissantes notices d’explication « Le manul, ou chat de Pallas, a la tête d’un Sage et se déplace en rampant comme un serpent », «Vous reconnaitrez Mickette, l’une des femelles guépards, à son habitude de venir ronronner près de la grille. »
Passant l’incontournable Ferme des animaux, destinées à faire caresser aux enfants urbains des chèvres (probable garde-manger des félins), j’aperçus un premier enclos jonché de lions et lionnes affalés au soleil. Leur immobilité confondante, je me demandai un instant s’ils avaient osé exposer des animaux morts, ou malades, mais je me rappelai alors que contrairement à sa réputation sulfureuse et impeccable, le lion ne faisait strictement rien de ses journées, ce qui le fatiguait immanquablement. Deux lionnes blanches nimbées d’une belle lumière se redressèrent soudain sur leurs pattes avant, symétriques, reproduisant les marbres des escaliers d’un palais romain quelconque et le mâle, un peu gringalet, secoua sa crinière peroxydée. Je réprimai un vague rire en pensant à Michel Polnareff, ou au chanteur heavy-metal du groupe Europe. Pour ridiculiser un lion blanc, somme toute, rien de plus simple, il suffit de l’imaginer en justaucorps rose. La crainte s’estompe immédiatement.
Derrière moi, une multitude de points d’interrogation rayés gris et noir émergeaient des hautes herbes, et je devinai l’île aux lémuriens. J’en déduisis d’après la thématique du parc que les lémuriens étaient des félins, circonspecte autant qu’amusée, et flânais entre les petites bestioles en liberté rongeant leurs rondelles de carottes sous les flashs intempestifs de quelques groupes de familles trop nombreuses.
Empruntant l’itinéraire « Asie », je me trouvai brutalement face à un tigre de Sumatra, belle et puissante bête plus foncée et touffue que ses comparses de Sibérie, par exemple. Profilé, magnifiquement découpé sur l’herbe verte et les troncs sombres laissant entrevoir quelques trouées de lumière, le seigneur arpentait son domaine, nonchalant, magnétique. Derrière lui un petit lac et des clairières dégageaient les rares endroits capables de nous le dévoiler un instant, et je restai plusieurs dizaines de minutes immobile, stupéfaite, les yeux écarquillés à s’énucléer pour avaler la moindre image furtive de cette beauté totale. Un enfant s’étala en hurlant dans une flaque de boue à quelques mètres de moi, et je ne bougeai pas. Sa mère cria « Brooklyn ! relève-toi immédiatement ! » au point que je crus un instant qu’elle s’adressait au tigre désabusé, dont je peux jurer qu’il me fit un clin d’œil avant de disparaître dans les branchages. Jetant un regard rapide à l’enclos, puis à moi, suspecte (que pouvais-je bien regarder avec attention, il n’y avait rien, à quoi bon attendre ?), elle repartit rapidement dans une allée parallèle, me laissant seule, le manul feulant doucement dans mon dos en laissant ses effluves contre le bois de sa baraque, et devant moi le domaine du tigre silencieux, comme inhabité.
Alors dans la souplesse d’un instant créé pour soi seul, surgit d’entre les buissons une petite boule rousse, puis deux, et je reçus un premier cadeau absolu, celui de deux bébés tigres roulant-boulant totalement inconscients d’une présence que je faisais la plus discrète possible. Ils n’avaient pas quatre mois, comme le confirma le panneau, et mon cœur instantanément se brisa. Quelques larmes roulèrent, et je me trouvais les pieds dans une boue foulée par Brooklyn, un bambin blond insupportable, incapable même d’avoir vu ces deux merveilles qui s’ébrouaient sous mes yeux en grognant, sous le regard du père à la patte précise pour les remettre en place l’un après l’autre.
Je retrouvais mes camarades plus loin, extasiés devant de petites panthères guère plus vieilles que mes petits tigres un instant aperçus. Derrière le parc du tigre d’Indochine, l’attraction avait lieu : des tigres blancs se battaient, devant trois petits un peu plus âgés que les panthères, sans doute de six mois.
Un autre cadeau nous fut fait : l’un d’eux, taquin, agité comme les chatons tout prêts à faire une bêtise ou deux, ou simplement partir d’une course folle contre les coins d’une pièce, se coucha soudain juste contre l’enclos, à cinquante centimètres de nous. Je pus observer en détails les deux petites tâches blanches irrésistibles posées derrière ses oreilles, ses yeux d’un bleu translucide relevés d’un parfait trait noir tracé par une main experte, les babines douces et probablement chaudes, ses pattes rondes, ses flancs déjà fortement musclés, son incroyable expression d’amusement, de détente, de jeu. Il y aurait pourtant bientôt le coup de fusil qui lui décollerait adulte l’arrière de la tête, le grognement plaintif d’une agonie méconnue, le sang rouge éclaboussant l’argent parfait d’un pelage inoubliable. Je décidai d’en profiter.
Les plaques de parrainages sont en elles-mêmes représentatives. Un donneur pour les chats pêcheurs, deux pour les chats de Geoffroy, vingt-quatre pour les panthères de l’Amour. Ces imbéciles ont confondu le fleuve slave avec une sitcom à l’eau de rose, à tous les coups. Je suis triste pour les chats pêcheurs, l’un d’eux mange une demi-poule en me regardant de temps en temps, une femme somme son enfant de ne pas regarder, pensez-vous, un félin qui mange une poule, c’est insupportable. Je remarque que les chats de Geoffroy sont ainsi nommés dans tous les pays, sauf en Allemagne, où on les appelle de petits chats de quelque chose, mais pas de Geoffroy. Il faudra que je me renseigne. Ces gros chats ont-ils été découverts et nommés pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui expliquerait ce refus de l’Allemagne de faire comme les autres ?
En longeant le parcours "Amérique", je croisai une famille aux tee-shirt fantasy art, la mère arborant un spécimen rare de 33 tonnes sous la lune, le père au catogan luisant tombant derrière une calvitie avancée connaissait son Johnny par cœur, l’adolescente ingrate, aux deux couettes blondes encadrant des lunettes cerclées de rouge, en plus d’un appareil dentaire, se voyait affublée d’une jupe noir informe sur des baskets blanches, et son tee-shirt criait Michaël Jackson. Ils passaient rapidement devant des jaguarondis, (le contraire des berlines au carré ?) péremptoires : « C’est moche, j’aime pas ». Je me demandais effectivement si un quelconque laboratoire nazi n’avait pas procédé à quelque croisement entre un gitan (pour le regard fourbe), une belette et une hyène, tout en lui administrant également le programme MK-Ultra. L’état de nervosité de ces étranges créatures presque rouges, en effet, transmettait son angoisse impalpable, et j’imaginais immédiatement la famille précitée, rongeant les doigts gras des os de poulet dans une favela de Tegucigalpa à la tombée de la nuit, encerclée brutalement par un clan de jaguarondis rôdant à la faveur de l’obscurité, glissant sous les portes de tôles et se précipitant pour les éviscérer par petits coups de dents acérées et méchantes, délivrant dans cette violence inouïe la frustration condensée d’ années de malheur, d’humiliation, de désarroi de n’être pas jaguars.
Le jaguar, lui, semblait mélancolique. Il se traînait d’un point à un autre, souple mais las ; il finit par s’effondrer sur un tronc abattu, en l’enserrant de ses pattes avant pour un moment de tendresse rare. Il a perdu toute sa famille dans une guerre des gangs au San Salvador, il en garde même le tatouage sur la tronche, pensai-je encore, continuant vers le margay du Mexique. Ces cons lui ont construit une cabane en temple Inca, c’est malin. J’imagine que c’est un mariachi qui vient le nourrir, et qu’il ne boit que de la Tequila. Passons. Un des amis qui m’accompagne me commande de lui parler très vite et très fort en espagnol pour vérifier s’il vient bien du Mexique. Je hausse les épaules, je n’ai pas vraiment envie de rire.
Epilogue.
Je reviendrai dans quelques années, et la végétation aura tout recouvert. Le Parc ne sera plus fléché depuis Lumigny-Nesles-Ormeaux, et seuls quelques initiés sauront trouver le passage dans la clôture. Les animaux auront cédé la place à une espèce nouvelle : le critique.
Un gardien m’expliquera que ce n’est pas pour les punir, mais pour les protéger. Qu’ici au moins, au fond de la Seine et Marne, ils ne risqueront rien, seront choyés et respectés. Qui sait, si le taux de reproduction est suffisant, peut-être tenterons-nous de les réintroduire en milieu naturel, ce qui est inenvisageable à l’heure actuelle. Les gens ne sont pas prêts.
Il faudra reconnaître la popularité de ces espèces sœurs au nombre des plaques de parrainages.
Je saurai que certains des puissants tigres doivent être séparés (« Ils se foutent inlassablement sur la gueule » me dit à nouveau le gardien, « ils finiront pas se tuer, nous gérons leurs enclos séparément, sinon il y en a toujours un qui ne mange pas »). De même, les mâles seront séparés des femelles une fois le petit mis à bas, et le temps que celui-ci soit vivace. Pour les plus effacés, les plus fragiles, il est nécessaire de prévoir un espace réduit, et une chauffeuse. Les visites sont interdites à partir de 18h30, heure à laquelle ils deviennent tous relativement productifs. Le matin, les domaines sont nettoyés, et les déjections récupérées.
« Vous les gardez quelque part ? » demanderai-je.
- Oui, et en tant que marraine d’honneur, vous pouvez accéder aux archives quand bon vous semblera.
- Qu’avez-vous fait de la ferme, et de l’île ?
- La ferme n’existe plus. Nous avons rassemblé en liberté sur l’île, car ils sont parfaitement inoffensifs et n’appartiennent pas réellement aux critiques, quelques spécimens particulièrement sympas et affectueux de ceux qui tenaient, à l’époque, des blogs de lectures enthousiastes.
- Mhh, gardons-les encore quelques temps, puis donnons-les en pâtures aux plus voraces, cela réduira les frais de nourriture pour l’hiver.
- En public ?
- Non, il faudra communiquer un minimum, et s’accorder sur la version officielle d’un don aux communautés en Dordogne.
- Comme vous voudrez. » Un silence.
« Une dernière question, hésiterai-je, consciente de ne pas pouvoir la réprimer plus longtemps. Comment va-t-il ? »
Il me regardera d’un air entendu, et me pressera chaleureusement le bras.
« C’est le plus résistant, vous le savez bien, quel que soit le climat, et avec tout ce qu’il a déjà enduré…
- Mais comment va-t-il ? Est-ce qu’il mange, est-ce qu’il sort un peu ?
- Suivez-moi. »
Au fond du parc, là où se tenait naguère le tigre de Sumatra et son adorable portée, la cheminée d’une cabane fumera doucement, devant le lac. Quelques plaques se décrocheront, éparses, témoignages de furtifs parrainages. J’en essuierai une la gorge serrée et regarderai mon nom réapparaître doucement.
« Il écrit sans discontinuer, les visiteurs ne s’arrêtent même plus pour tenter de l’apercevoir, c’est peine perdue », me dit le gardien, dont je remarquerai que le crâne parfaitement chauve n’a pas ridé, et que lui-même n'a pas daigné avoir vieilli. Je me souviendrai qu’il écrivait lui-même, qu’il arrêta brutalement mais dans sa bonté naturelle, n’avait pu se résigner à abandonner les siens et veillait sur eux avec un dévouement vraiment touchant.
« Voulez-vous que je tente de le faire sortir ?
-Non, laissez-le. Ne le dérangez sous aucun prétexte. Dites-lui seulement que je suis venue. Et donnez-lui ces livres de ma part.
-L’heure du repas est passée, mais je lui donnerai demain. Restez un peu, je vous laisse seule si vous le souhaitez.
-Merci, Bart. Je compte sur vous. Je dois recueillir de nouveaux fonds de toute façon, je ne m’attarderai pas. »
Bart repartira vers sa dépendance, qu’il aura choisi, un peu frimeur, d’installer à la place de celle du caracal.
Je me trouverai devant la clôture du tigre, et je repenserai à naguère, à la chute de Brooklyn à quelques mètres. Lui, dans sa cabane, ne saura pas que je suis devant, mais il se doutera que je passe régulièrement : ma plaque restera toujours propre. Un jour, après des années de patience, je l’apercevrai, filant un coup de patte sur deux boules rousses insouciantes. Il affichera un sourire vers les agglutinés contre la clôture, le dernier.
Je sais pour l’heure qu’il fait un tour très tôt dans les brumes du matin, du lac à la clairière, observant les traces fossilisées des pattes félines sur le chemin, les grosses espacées, les petites erratiques, chaotiques. Il ne parle plus depuis longtemps. Puis il rentre.
Turner, Le Déluge.
