Sautes d'humeur

Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 14:28

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T’es grande

Sir, yes, sir

T’es vraiment marrante

Sir, yes, sir

T’es tarée, ma pauvre

Sir, yes, sir

T’es tatouée, c’est laid

Sir, yes, sir

T’es tatouée, j’adore

Sir, yes, sir

Tu ris fort

Sir, yes, sir

Tu as maigri, non ?

Sir, yes, sir

Tu es forte

Sir, yes, sir

Tu parles trop

Sir, yes, sir

Tu es chiante

Sir, yes, sir

Tu es autoritaire

Sir, yes, sir

Tu es trop sombre

Sir, yes, sir

Tu veux toujours avoir raison

Sir, yes, sir

Tu t’améliores avec le temps

Sir, yes, sir

Tu sais tout

Sir, yes, sir

Tu écoutes bien

Sir, yes, sir

Tu lis de ces trucs

Sir, yes, sir

Tu t’habilles comme ça, toi ?

Sir, yes, sir

Tu bois trop

Sir, yes, sir

Tu fumes pas, hygiéniste !

Sir, yes, sir

Fasciste !

Sir, yes, sir

Tu es égoïste

Sir, yes, sir

Païenne !

Sir, yes, sir

Mystique !

Sir, yes, sir

Crypto-chrétienne !

Sir, yes, sir

Juive !

Sir, yes, sir

Sioniste !

Sir, yes, sir

Tu attends trop des autres

Sir, yes, sir

T'es parano

Sir, yes, sir

On peut rien te dire

Sir, yes, sir

Tu peux tout entendre

Sir, yes, sir

Tu peux tout faire

Sir, yes, sir

T’y connais rien

Sir, yes, sir

Tu devrais pas

Sir, yes, sir

Tu peux me montrer ?

Sir, yes, sir

Tu devrais écrire un roman policier

Sir, yes, sir

Tu devrais écrire ta vie

Sir, yes, sir

Tu devrais arrêter d’écrire tellement c’est affligeant

Sir, yes, sir

Tu es belle

Sir, yes, sir

Tu es impressionnante

Sir, yes, sir

Tu es monstrueuse

Sir, yes, sir

T’as grossi, non ?

Sir, yes, sir

Tu n’as aucune raison de te plaindre

Sir, yes, sir

Tu n’as aucune raison de te réjouir

Sir, yes, sir

Toi et tes bêtes

Sir, yes, sir

Toi et tes tueurs

Sir, yes, sir

Toi et tes avions

Sir, yes, sir

Toi et tes antiques

Sir, yes, sir

Toi et ton David Bowie

Sir, yes, sir

Tu fréquentes de ces malades

Sir, yes, sir

Tu es une star, je vois

Sir, yes, sir

Tu te prends pour qui

Sir, yes, sir

Tu es trop modeste

Sir, yes, sir

T’es une allumeuse

Sir, yes, sir

T’es trop rigide

Sir, yes, sir

Tu es gay ?

Sir, yes, sir

Toi, mariée ?

Sir, yes, sir

Toi, célibataire ?

Sir, yes, sir

Tu cherches ton maître

Sir, yes, sir

Tu peux avoir qui tu veux

Sir, yes, sir

Tu les fais tous fuir

Sir, yes, sir

Tu serais une bonne maman

Sir, yes, sir

Toi, des gosses ?

Sir, yes, sir

Tu es trop bienveillante

Sir, yes, sir

Tu es trop transparente

Sir, yes, sir

Tu es trop sibylline

Sir, yes, sir

Tu es un cliché

Sir, yes, sir

On ne peut pas t’étiqueter

Sir, yes, sir

T’as fait un sacré parcours

Sir, yes, sir

Tu n’es personne

Sir, yes, sir

T’y arriveras jamais

Sir, yes, sir

Tu devrais te calmer

Sir, yes, sir

Comment peux-tu rester si calme ?

Sir, yes, sir

T’es acharnée

Sir, yes, sir

T’es facilement découragée

Sir, yes, sir

Tu te prends la tête

Sir, yes, sir

T’aimes trop de choses

Sir, yes, sir

Tu es trop difficile

Sir, yes, sir

Tu n’es pas au niveau

Sir, yes, sir

Tu fais trop la conne

Sir, yes, sir

Tu bosses trop

Sir, yes, sir

Tu devrais sortir

Sir, yes, sir

Tu devrais voir plus de gens

Sir, yes, sir

T’as le temps de t’amuser, toi ?

Sir, yes, sir

Pourquoi sortir quand tout est dans les livres ?

Sir, yes, sir

Détends-toi un peu

Sir, yes, sir

Sois sérieuse, s’il te plait

Sir, yes, sir

Tu es un cliché,

Sir, yes, sir

Tu es un cliché,

Sir, yes, sir

Tu es une pauvre fille

Sir, yes, sir

On ne peut pas t’attraper

Sir, yes, sir

On ne te comprend pas

Sir, yes, sir

On ne sait pas comment se situer

Sir, yes, sir

T’es trop lucide

Sir, yes, sir

Tu t’aveugles

Sir, yes, sir

T’es sensible

Sir, yes, sir

T’es un tank

Sir, yes, sir

Tu ne te laisses pas aimer

Sir, yes, sir

Tu veux que tout le monde t’aime

Sir, yes, sir

Tu ne devrais pas toujours intervenir

Sir, yes, sir

Tu devrais t’exprimer

Sir, yes, sir

Tu es trop franche

Sir, yes, sir

Tu doutes trop

Sir, yes, sir

Choisis ton camp

Sir, yes, sir

Tu es trop clanique

Sir, yes, sir

Pose-toi là

Sir, yes, sir

Ferme-là.

Sir, yes, sir

 

50 pompes !

Sir, yes….., sir

Allez, du nerf, fifille

Sir……, yes,…… sir

Alors, on chiale comme une mauviette ?

Sir, no, sir !

Va vous en falloir un peu plus dans le ventre si vous voulez continuer !

Sir, yes, sir !

 

Rompez.

 

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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 20:59

Don’t make me come to Vegas / Don’t make me pull him / Out of your head / Athena will attest / That it could be done / That it has been done / And I think that I am up to it.

Tori Amos, Don’t make come to Vegas.

 

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La première qui s’insinue de plus en plus insistante à mesure que les indices s’entassent : le christianisme est-il la dernière mode idéologique suprêmement cool ? Est-on, ainsi que de gauche, chrétien par défaut ? Votons- nous pour le Christ contre le reste ?

 

La deuxième : Ressentez-vous une fierté morbide teintée de mépris, ainsi qu’un soulagement secret de voir de moins en moins de résistance à ce à quoi vous n’avez su, en premier lieu, résister, si je vous dis que je suis à deux doigts de rentrer sur Facebook ? (tout étant parti, je le jure, d’une sombre histoire de félins et de requins…) Vous sentez-vous trahis, ou brutalement las, vous qui n’aviez pas cédé ?

 

Voyez comme je suis une fille toute pimpante de démocratie, à vous faire croire que votre avis compte. (Rhaa, désolée, j'ai encore des TOC)

 

J’allume les commentaires et vous laisse gratter vos copies. Je vous en conjure, surprenez-moi. Ravisez, ravissez, rassurez, insultez ou faites-nous rire, que j’aie quelque remords à éteindre ce blog. Je suis une femme, j’ai brutalement besoin qu’on me parle.

S’il y a des psys dans les rangs, je vous écoute tout particulièrement.

 

 

 

 

Et n’allez pas éluder la première question en vous concentrant essentiellement sur ma possible défection de la retraite, chers réactionnaires aux génuflexions festives.

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Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 19:39

Proposition de variation à la suite de la note de Vincent Morch, La haine de soi .


 

Jour-Nuit-500px.jpg

 

 

Essayant sincèrement de comprendre l’amour … (j’ai conscience que cette phrase part très mal, je reprends.)


Dans une volonté sincère d’y voir clair dans les jeux de l’amour… (Bien. Je recommence.)

 

Je suis une enfant qui… (Faux.)


S’il me prend d’ouvrir les accès gardés qui mènent à … (À quoi, j’écoute?)


Des études montrent que… (Oh, certainement pas, non.)

 

Très bien, je vais commencer plus abruptement alors :

 

Refuser l’amour ne nous fait absolument pas tomber dessus par hasard.  

…                      (Pardon ?)

 

 

Je veux dire, trop de lucides, de lettrés, de plus malins prennent le pari qu’en refusant de jouer le moindre des minuscules jeux d’un cœur qu’ils prennent en pitié pour les avoir bernés (comprendre : leur avoir donné un amour dont ils refusent de se souvenir des bienfaits avant que celui-ci ne tourne à la catastrophe, comprendre : qu’il cesse simplement, et que cela pique un peu, et les voilà les guerriers farouches et volontaires qui craignent l’étincelle quand ils ont déjà traversé le feu !), ce cœur les en remerciera en envoyant l’air de rien l’Amour pur et immarcescible, qu’ils ont attendu tout ce temps feignant d’en n’avoir cure. En proportions bibliques. À la hauteur, mais sans effort, des douleurs par ailleurs encouragées par des attitudes adolescentes dans un monde vieillard.

Eh bien, surprise, soyez-en pour votre réclusion, car l’Amour non convoqué ne viendra plus.

Le bel amour en a marre de cette période calculatrice du moindre mal, il en a par-dessus la tête de tenter de se montrer et qu’on le moque en n’ayant rien de mieux, pourtant, à proposer. Il a besoin plus que jamais de folklore, qu’à genoux humblement on sacrifie aux bluettes, au temps, aux mains tordues. Il n’obéit pas aux injonctions d’apparaître lorsque tout s’y prêtait, il se tiendra fragile, éteint immédiatement par un impatient soupir,  il peut s’inviter au trente-troisième souper. Il fait ce qu’il veut, figurez-vous, et se fout bien d’aller percer vos armures. Il fend d’autant plus brutalement le cœur d’une poitrine ouverte, l’oppresse, feint la retraite pour revenir virulent, et vous n’aurez pas trop d’une autre gorge pour chanter. Il vous indique que sans le rire et les fleurs, sans le frais des matins où l’athée ne sait plus qui remercier, vous ne tiendrez jamais, vous ne supporterez aucune charge, vous perdrez clairvoyance en crevant ces deux yeux supplémentaires qui, vous voyant, témoigneront de ce qu’ils voient, tissant votre existence.

Lorsque le Verbe se fait chair, si j’en crois mes carnets, il prend le risque d’y finir. Et tout le monde n’a pas les épaules pour une résurrection.

Cette foi qu’il va revenir, récompensée par la grâce, il faudra bien fermement la convoquer. Il y a chez l’amoureux une part de mystère, mais plus grande encore une volonté farouche, vrillée au corps, de croire à cet amour, de baisser la garde, d’accepter de perdre. L’amoureux est la figure de l’humain achevé, qui ne craint pas de partager le peu qu’il possède comme certain, c’est-à-dire lui-même, et peut paraître béant et offert sans plus de ces postures qu’il aura oublié de reprendre tout occupé à observer, dévorer, se remplir de l’autre. L’amoureux superbe est celui-là même qui comprend et accepte sa dépendance, guérira des amours perdues et se remettra en route. L’amoureux n’est jamais son propre bourreau, et en s’aimant déjà lui-même suffisamment, il ouvre ses voies sans crainte de se voir pillé : on peut tout prendre à l’amoureux, qu’il donnera volontiers, car toujours il lui restera de cette sève. Il la fabriquera sans discontinuer.

 Voilà pourquoi l’amour de ce siècle ne peut plus exister lorsque nous sommes implacablement tenus d’exceller, de contrôler, de réussir. Puisque, l’amour, c’est justement le constat premier de l’échec de sa propre suffisance. La possibilité que quelque chose d’autre, quelqu’un, quelques autres délivrent, et transcendent en nous cette énergie que nos permanents tours de nombril ne suffisent plus à étancher. L’amour libère, comme le mal. Il libère de flous instants baignés d’une essence que deux mille ans de littérature ne cernent qu’à peine. Et sentir naître ces instants jaillis des deux pôles du monde nous sépare en une saine fracture de nous-mêmes, qui en tournant à vide sur soi-même ne produit plus rien qui ne mérite de s’inscrire dans la course universelle.

Voilà pourquoi, en plus de tuer dieu, l’art, l’inutile, le mal à présent réduit aux statistiques sociologique et neurologique d’une société insane, l’explosive et si soudaine aliénation planétaire aux communautés de semblables et aux rejets immédiats des dissemblables a conduit les individus à se recentrer d’autant plus sur eux-mêmes qu’ils ne savent plus exactement à quoi doit ressembler un autre. La rencontre  fortuite laissant place au résultat d’algorithmes croisant des termes aux définitions erronées.

La haine de soi provient exactement du simple fait que nous avalons les discours faisant de chacun de nous un demi-dieu appartenant à une caste de demi-dieux semblables qu’il faut absolument rejoindre. En cherchant encore plus profond à assurer la singularité de ses exploits, ses éclats, dans cette immense compétition à la demi-divinité (la divinité demandant trop d’efforts et s’avérant par trop peu démocratique), notre postulant se perçoit soudain entouré d’autant de clones persuadés de briller en eux-mêmes et pour eux-mêmes tout en cherchant sans cesse confirmation chez cet autre dont la trop frappante ressemblance devient pourtant progressivement une injure. La frustration de n’être pas, alors, cet unique se transforme brutalement en haine générale de son prochain trop présent, trop nombreux, trop hallucinant de multiples reflets qui procurent un tournis sans nom, une panique fureur au Narcisse dupliqué dans cette rivière surpeuplée. Bien sûr qu’alors, s’adorant et se placardant dans l’illusoire assurance de nous aimer pour ce que nous sommes, obtempérant aux ordres médiatiques de tous nous idolâtrer les uns les autres en nous congratulant de cette merveilleuse simplicité, nous n’avons jamais été si proches du suicide collectif.

Tout a été dérobé de nos définitions les plus porteuses d’espoir : « communauté » n’engage plus qu’entre deux connections, et ne recouvre plus que ce que l’on peut hypothétiquement partager de léger et de bon. Mensonge, donc, puisque quiconque possède ne serait-ce qu’une infime expérience de cette communauté sait qu’un groupe ne génère rapidement que contraintes et obligations et que sans un amour profondément ancré dans l’idée même des valeurs communes qui ont présidé à ce rassemblement, les individus entre eux ne se supportent qu’à peine. Insufflez à présent dans cette « communauté » la certitude de la valeur « individuelle » de chaque et vous élevez de futurs merveilleux schizophrènes, qui, comme tout ce pour quoi l’on n’a aucun remède efficace, comme par exemple l’analphabétisme galopant, se verra simplifié à un terme moins poussif, plus glamour et surtout, se verra faussement accepté comme nouvelle norme. Nous serons incohérents, balbutiant de rauques retours à l’état primitif dans nos conques de hautes technologies déjà, bien évidemment, plus intelligentes que nous. Notre servitude n’a fait que commencer au moment-même où, pensant nous libérer de dieu, des traditions, de la transcendance et enfin du « regard des autres », nous avons jugé bon de reprendre l’évolution depuis le départ, c’est-à-dire en micro-communautés centrées autour de nos propres et seuls intérêts. C’est vraiment malin. La liberté et partant l’amour, le mal, tout ce qui a un semblant de gueule encore ici bas, s’éteint doucement devant la paranoïa de la nécessité, l’amnésie collective, l’autosuffisance crasse et la sympathie simulée comme éviction rapide du moindre conflit.

Nos mots ne nous précèdent plus comme des buts à atteindre, on les fait plier à notre absurdité et notre constat d’incompétence hors de contrôle. Puisque le crash est imminent, flottons dans l’air dans l’attente du miracle, et afin que tout ceci soit plus agréable, redéfinissons le crash. Disons « mutation » ou pourquoi pas « progrès », « changement ». Non, « évolution », non, cela signifierait ce que notre extrême prétention ne peut plus se permettre d’entendre : que nous ayons encore des leçons à prendre, comment, mais de qui donc ?

Toujours, dans un recul inadmissible jusqu’à  l’effondrement total du terme qui n’a pas vu le gouffre derrière lui, l’Amour est à présent pris pour cette bulle de bien-être préservée du monde extérieur, dont il faut se gausser des naïfs utilisateurs qui feignent de ne pas voir les loups à leurs portes. L’amour tourment, l’amour désespérant, l’amour fracassant ? Laissons cela aux poètes qui doivent à présent se sentir coupables d’être les derniers dépositaires d’une encore potable définition du transport. L’amour loyal, acharné, aveugle ? Laissons cela aux rêveurs attardés, au cinéma démodé, aux historiens.

 Nous sommes entrés dans l’ère de l’amour-réalité. Nous nous forçons à croire avec un tel acharnement que rien de ce qui n’existe ne saurait se trouver ailleurs que sous nos yeux, que nous y arrivons. Procédé technique, à peine chimique de frottement d’épiderme accompagné de déclarations empruntées à un auteur non lu placardées sur un réseau social pour avertir sa mère, ses amis, ses patrons que pas d’inquiétude, nous aussi nous sommes « normaux » ! Nous fréquentons avec transport, c’est marqué. Sans trop de bruit, c’est vulgaire. Aucune vague. Pas de tournant, aucun danger. Lars von Trier était à l’Ouest. Roméo a un portable pour prévenir Juliette. Le Prince charmant refuse de s’engager et envisage la vasectomie à la fin du conte de fées. Tristan prend un plan d’épargne logement. Lancelot et Guenièvre s’offrent des sextoys. Othello ne saurait blâmer, même à tort Desdémone, il la féliciterait même de tester le fuck friend (rien de plus amical que le cul, c’est pourtant fort connu à présent). Rien ne peut plus déraper, et tout doit donc se contenter d’être agréable, pas trop envahissant, et si possible sexuellement ultra-technique pour éviter la névrose des frustrations. Ce n’est pas exactement de la sécheresse vaginale dont nous ferions bien de nous préoccuper. Combien d’amours tuées dans l’œuf, ravagées, abandonnées en fuyant au profit d’une réalité plate et conforme ? Je serais curieuse d’obtenir, pour une fois, des chiffres.

Je n’appelle pas de mes vœux un nouveau Mai 68. La catastrophe de cet Hiroshima des cœurs réside précisément dans la tyrannie de la liberté imposée. Cette grande ouverture du supermarché du sexe a porté un coup violent, peut-être l’un des deux mortels avec internet, à l’amour véritable d’un autre (commençons déjà par aimer un autre, avant d’afficher la présomption de pouvoir aimer tout le monde, voulez-vous ?). Comme je vous plains, vous qui avez dû vous cacher pour vous aimer sincèrement, à deux, égoïstement, atteints de votre cancer incurable de ne vous aimer que vous deux, de faire de l’autre un réel unique arraché à la morose chair répandue sans joie par ces jouisseurs d’une minute chrono. Comment protéger cette vacillante flamme dans les jets surajoutés de sperme inconnu ? J’aurais pu avoir 20 ans en 1968, je me sens brutalement fort chanceuse.

Comment taire votre séculaire jalousie, la blessure réelle de vous trouver dans les mêmes tourments qu’Ovide, Ronsard ou Les Beatles, vous qui croyiez avoir échappé à votre condition ?

C’était donc cela, être moderne : Multiplier les contacts ! S’effondrer sous les partenaires. Virtuellement frétillants. Réellement pathétiques.

Prendre quiconque pourvu qu’on garde la face et affiche une vie sociale et sexuelle permanente et si possible multi-hebdomadaire. Répondre à la fébrilité inassouvie dans l’espoir que peut-être par accident et au détour de nos multiples trahisons à l’amour, celui-ci nous pardonnera.

 Il peut pardonner oui. Il peut aussi prendre les ricaneurs un par un et leur casser les dents, puis rire, lui, de ces rires creux et désarmés. Méfions-nous des chairs tuméfiées et des herpès de l’âme qu’elles prodiguent.

L’amour rend simple d’esprit, c’est admis, et chacun ayant trop peur de ne plus être le plus malin se le refusera obstinément, la posture la plus admise viscéralement, la plus conventionnellement contestataire et érigée en modèle d’élévation de la masse étant la pulsion de destruction. Il est tellement plus cool d’être seul,  mauvais, de détester tout le monde, de laisser exploser son mépris, que c’est encore devenu, comme c’est étrange, une tenue correcte exigée en société. Les cycles eux aussi se précipitent, il devient difficile de suivre.

Le nihiliste d’aujourd’hui n’a pas encore compris pourtant que pour détruire, il faut avoir envisagé un ensemble, et par où exactement le déconstruire s’il ne nous sied guère. Détruire tout pour l’affligeante fascination du bruit, s’inviter dans tous les combats, chercher à se donner un sens dans le non-sens ne fait pas de nous des rebelles, des révolutionnaires ni même de ces anarchistes aux crêtes miroitantes dans les feux de poubelle, mais de simples et stricts imbéciles qui se contaminent les uns les autres grâce à la tristement banale rapidité de propagation du nul, du facile ou du mal terminé. Ils érigent leur révolte de midinettes comme nouveau modèle croyant avoir découvert le mystère de l’humanité, lorsqu’ils n’en franchissent pas l’une des plus insignifiantes étapes. Lorsqu’il y a soudain trop d’imbéciles, nous changeons le terme, incapables de prendre la mesure que ce qui devait nommer quelques aberrations est devenu un nominatif majoritaire. Disons alors « anarchistes ».  Disons « écorchés ». « Laissés pour compte » du système. Victimes, quoi.

Les « mots de la nuit » ont eux aussi été volés, comme l’explique si bien George Steiner. Nous sommes arrivés aux portes innommables d’une surveillance et comparaison continues qui exigent de nous  d’être irréprochables jusque dans les sphères les plus privées. Jamais dans l’histoire des supports de communication nous n’avons écrit à d’autres autant de mots insignifiants qui semblent s’inscrire dans une éternité heureusement relative comme serments ou vérités, comme si depuis la nuit des temps un enregistrement divin gardait nos voix retranscrites, laissant planer la menace perpétuelle que l’on puisse nous demander au moment le plus inopportun et injustifié de répondre de tous ces mots uns à uns prononcés alors sans calcul, dans une sincérité ou insincérité qui pouvaient encore prétendre à se déplacer.

On placarde au grand jour absolument tout ce qui pouvait nous rester d’intime, il faudra alors oser leur reprendre un par un tous ces mots que le cynisme a retournés comme des gants pour en exposer les coutures. L’ « humain » devient l’excuse du médiocre, « le réel » de l’ennui. L’humain n’est pas l’excuse de nos insuffisances, il est et doit rester l’ensemble. Le réel n’est pas la malédiction molle d’un fatalisme fatigué. Il est et doit rester l’ensemble. L’amour est à reprendre. Le plaisir est à reprendre. L’érotisme est à reprendre. La liberté a resserré ses ambitions. L’intime est tout à recommencer. La confiance peine à trouver ses exemples.

Parfois, pourtant, ceux qui n’ont pas confondu Amour et nuisance, Amour et invasion, Amour et dépossession complète, Amour et thalasso, se chargent pour les robots imbéciles de garder une partie de l’univers debout et dans le bon sens. Il ne s’agit que de recueillir les enseignements des derniers grands hommes qui peuvent encore trouver grâce à nos yeux emboués d’épais mépris dissimulant nos pupilles éteintes et inconsistantes. Ces enseignements sont bien agaçants pour les penseurs d’élites aux sexes solaires et aux consciences ravagées de déstructurations de riens. Ils bourdonnent aux oreilles de ceux qui conduisent par les autoroutes médiatiques tout un peuple à se contorsionner enduits de stupre coloré artificiellement et de sueurs parfumées tout en se crachant à la figure dans le plus intense silence de l’âme.

Les plus grands, ceux qui n’ont plus eu de crainte soudain, ayant affronté l’immonde et ses multiples visages, de lui opposer leurs cicatrices refermées et polies par leur foi,  toujours ainsi terminent : dénudés, attendris, paumes ouvertes, ventres noués. Ils n’ont plus qu’un seul mot, défaite de leur retraite, et un baiser. Ils n’ont jamais abandonné plus d’une seconde le monde et le connaissent mieux que quiconque.  Ils ont poursuivi l’amour, conscient de sa rareté, pleuré quand il est mort.

Les immenses, eux, l’ont aidé à renaître chaque fois qu’il l’a fallu.

Chaque fois qu’il l’a fallu. Ils ont admis le piétinement et lui ont sacrifié leurs terres.

Et toujours, dans la faille des obscurités patiemment creusée par ces hommes debout, il est revenu.


Enfin, lorsqu’une véritable conscience rodée à l’imperfection du monde lui a souri, il est resté.


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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 17:20

Me voici depuis quelques temps passablement interloquée par une campagne d’affichage aux frontières du réel dans le métro parisien.


Deux 4x3 (je vous laisse faire le calcul) sont ainsi accolées dans plusieurs de nos chères stations :


devenez vous meme-948f0

La première émanant de l’Armée de terre vous propose, portrait so arty d’un issu de la discrimination positive à l’appui, de devenir vous-mêmes (.com), ce qui est déjà fort altruiste de sa part.

La seconde, détournant sans son accord le slogan déjà limite du premier, reprenant son hideuse typographie ludique, propose, elle, de devenir plus que vous-mêmes (mais cela ne va-t-il pas faire trop ?), c’est-à-dire de jouer au soldat dans un énième nouveau jeu vidéo du genre. Très original.

Oui, très original.

Spirituel, oserais-je.

 

Sauf que c’est parfaitement lamentable, et je n’ai pas le temps pour l’heure de développer, mais allez donc leur demander, aux Afghans qui se font exploser par des drones U.S. pilotés au joystick dans des hangars du Minnesota, s’ils sont eux plus eux-mêmes que eux-mêmes. Par exemple.

 

Ne vous méprenez pas, de l’armée ou de la course au tout-virtuel, je sais très bien qui est mon ennemie.

Günther Anders l’avait déjà bien dit, si la guerre est nécessaire (et à mon sens elle l’est), la haine bien réelle, ne serait-elle qu’un sinistre symptôme d’une idéologie stérile, l’est aussi.

Ne serait-ce que pour pouvoir caresser l’espoir de la désamorcer, ou de la voir s’affaiblir.

La haine, pas le jeu, bandes de technocrates cyniques et fous dangereux car candides.

 

Si 15% des personnes travaillant dans le secteur de la communication souffrent de panique, 85%, donc, sont des pixellisés de l’éthique enrôlés dans des jeux sans plus de grandeur ni nature. Au moins sommes-nous d’accord sur un point : la nécessité de choisir son camp dans ce triste schéma et de le tenir, la partie étant loin d’être terminée.

 

Je n’ai qu’une seule chose à vous dire, Messieurs (c’est ici affaire d’hommes, cela se sent), les cyniques, s’ils sont intelligents et je ne doute malheureusement pas un instant que vous le soyez, se suicident souvent.

 

Si j’avais commis une campagne aussi spectaculairement jaune, dépourvue sans complexe de vertus cardinales, et que son éclat nauséabond sautait soudain à mes yeux de taupe dérangée dans sa construction hystérique de tunnels non-sécurisés dans lesquels s’effondrent nos bâtisses neuronales, si j’avais assisté à cette réunion formidable où des types en bras de chemises se gaussent agitant leur I-phone et autant d’applications de boussole numérique indispensables pour trouver leur chemin dans les couloirs enchevêtrés de leurs bâtisses neuronales, tentant de communiquer avec nous dans un silence complet déchiré des stridences inhumaines de ces pauvres phrases déformées ayant perdu tout bon sens, si j’avais approuvé, élevé en haut rang par les strates empilées d’employés desséchés, piétinés d’injonctions à performer plus fort, coulés dans les colonnes porteuses de ma bâtisse neuronale, ces slogans contournant avec une ironie aberrante les eaux troubles d’un développement personnel qu’il serait temps, oui, d’appeler de ses vœux, et si  je m’étais soudain vu faire sur l’écran où toute vie semble à présent devoir se jouer… j’aurais sauté sous le métro, sous vos affiches lacérées de mon sang, sous vos regards horrifiés par cette grande jonction fracassante entre ma réalité et la votre.

 


Je concluerai sur une annonce apparemment sans rapport: Les chèvres du Pentagone, de Jon Ronson, aux Presses du Midi, vient de paraître. L'histoire vraie (dans quelle dimension de réalité, mystère) de l'armée américaine à la recherche, au sortir du Vietnam (parce qu'ils en sont sortis ?) de nouvelles performances grâce à  la parapsychologie. Je doute que la qualité dudit livre soit exceptionnelle, mais attachée aux cultes et religions de notre histoire que je suis, autant qu'aux jalons terribles des guerres qui la traversent, je ne peux pas l'ignorer. Nous y reviendrons donc, pour consacrer la formule.

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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 22:34
Mes statistiques rendent leur verdict sans appel, et encore une fois, chers internautes, vos choix s'avèrent révélateurs.


Alors que je m'escrime à vous écrire ceci, par exemple:


Perdre la trace, le fil et l'espoir. Trouver la sortie.

Si tous moi non, ou le faible éclairage de notions difficiles

La Vida Loca, ou comment mourir pour rien ni personne



Vous vous bornez à ne lire que ceci:


Interdire la fessée

Ma condition féminine, ou femme qui lit à moitié hors de ton lit

Ma reddition, une confession érotique




Je ne vous félicite pas
.





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