Medellia au VITRIOLhttp://www.medelliavitriol.com/2005-12-20T13:01:30Zover-blog.com Atom 1.0 Generatorhttp://accel6.fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.png"Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" Rivarol //
Pages lues, images vues et humeurs utérines... //
"Visite les entrailles de la Terre, en creusant bien tu trouveras la pierre brute."http://www.medelliavitriol.com/article-21235539.htmlTénèbres de Pilorge...2008-07-14T19:55:10Z2008-07-14T19:46:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html
Amoureuse repentie, lucide, sérieuse, désagréable, lubrique, irrationnelle, distante, faussaire, je le confesse, je le
fus. Etre sage et tempérante, ludique ou remarquable, par accident, tout au plus, je le pus. « On n'aime qu'une fois » est la folle complaisance de l'éploré qui ne veut pas renaître.J'aime encore, j'aime toujours, sincère et désolée. J'en suis pourtant encore tout empêchée, enchevêtrée dans des réseaux complexes que
l'expérience n'aide pas à démêler.Je voudrais parfois que vous n'existiez
pas.J'appelle de mes vœux, dans l'inquiétude crasse d'être exaucée, que
vous n'existiez pas.Parce que la servitude que suppose votre existence
même me laisse bien trop fébrile.I would prefer not to.
(Would I ?)Si je sais que je tiens, je sais que je peux perdre.Je ne supporterai plus rien, pourtant. Qu'il ne se passe rien, je vous en conjure, qu'il ne se passe rien.Que le foutre coule à flot, que le sang le rejoigne, que tous mes bleus témoignent, que les
épaules cèdent, que les genoux fléchissent, et flageolent, et craquent dans un tumulte divin, que les muscles se tirent, se rompent, que les nerfs suppurent, endormis, de mille plaies
insensibles, que les ongles déchirent, que les yeux, soudain, se retirent des joues de sable et que la vague frappe, immense, dans un déluge d'écume, je ne veux pas sortir intacte, je veux plier
sous votre joug, et me relever fière, et plus souple, et incroyablement belle d'avoir supporté l'assaut, retrouvé le contact.Car vous existez bien, mais sans vous compromettre. Déjà la porte se ferme sur des amours concrètes. J'ai sous mille morsures un seul
baiser fragile, je dois le protéger, tirer les draps, me recoiffer, sourire.Je crains de vous aimer sans dignité aucune. Je veille en permanence à éviter pareil péril. Je crains la goule avide, terrifiée et
terreuse, je lutte pour endiguer son déploiement de nuit, je ne veux pas ramper, implorer et me taire, terrassée par le maléfique aveu d'une impuissance stérile.Je n'existe que peu dans un tableau sans ombre. Il y a des choses que je ne sais pas
dire.Il y a des choses que l'on ne m'a pas apprises, brutale douceur,
aigre torpeur.Dépérir n'est plus de mon âge. Je suis trempée et rompue à
ces tactiques précaires.Je ne vous crains pas tant, je sais porter plus
lourd.J'ai une force spéciale pour vous, solide et régulière, qui saura
tenir bon, traverser les récifs.Je n'ai pourtant pas l'âme de vibrer en
silence : je supporterai tout, pourvu que tu le saches.
http://www.medelliavitriol.com/article-20829092.htmlSoyez patients, il y a des victimes2008-06-28T21:17:38Z2008-06-28T21:10:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html
Sors de là, sors de là…allez…
La tôle tordue et brûlante s’immisce avec une douceur déconcertante entre
ses omoplates, le gros coussin grotesque l’empêche de respirer, et la flaque brune grandit comme une magnifique offrande aztèque.
Je suis liquide…
Quel impact… un choc des puissances en présence, tout ce silence soudain
après l’écrasement mécanique, plus éclatant encore. Vient la fulgurance de la chair qui cède, le carambolage magique, tout ceci ne prend pas cinq secondes.
La douleur m’éprouve, je la contrôle en ne bougeant
plus.
Elle ne sait pas du tout à quoi elle devrait penser.
Le bruit…ce mach inédit, ce smash puissant et sourd d’un proche contre le
pare-brise. C’est un début.
Ce bruit régulier ensuite, comme le compte-goutte d’une carcasse qui gît
repue de ces cadavres faciles, le compte à rebours d’une cessation définitive d’activité, la scansion d’une farce macabre, un mécanisme enroué, entêtant, obscur.
Le soulagement de les savoir tous morts, l’angoisse vaincue quand le cœur
en étau elle a compris l’erreur.
L’erreur, c’était de contrôler cette machine. De contrôler cette famille,
et ce cœur, et laisser se répandre ces viscères qu’elle aimait tant naguère, mais qu’elle trahit pour le calme.
L’erreur, c’était ce calme. Plus de fureur, le grand engourdissement,
pour ne gêner personne.
Les méthodes éreintantes pour fabriquer les cataplasmes qui étourdiront
la colère, la laisseront pour morte, la farderont d’une prétendue foutue sagesse inaccessible, impardonnable et putride. La grande bride pour justifier le vide.
L’erreur, c’était de redouter l’éclat. Avoir foi en surface, peur en
dedans, ne plus aller profond. S’excuser de fléchir, d’avoir froid, d’être heureux.
S’excuser de rugir, s’excuser de se taire, se démembrer en contorsions
pour s’assurer d’être là, tous les caresser, ne plus jamais aimer par pudeur.
L’erreur, c’était de croire qu’on ne peut pas mourir. Pas maintenant.
Qu’on a le temps de remettre ce grand rien à un plus tard qu’on redoute sans comprendre.
Mais il fallait allumer un grand feu, broyer les membres, ouvrir les
têtes, s’écraser les phalanges sur les murs, s’épuiser dans des rapports stériles, dans la sueur brutale.
S’isoler avec l’animal.
Il fallait détruire.
Entrer dans la rage divine qui déclenche une perte, une réelle perte, une
douleur aigue et amie.
Il existe bien une sensation qu’on ne ressent qu’à ce moment précis où la
violence contentée s’apaise avec fracas, délivrant une euphorie douteuse de commencement de fin, de spirale amorcée vers le catastrophique, celui dont on revient moins fier.
Le pied sans aile, les veines trop lourdes, ont pesé dans la balance. La
machine emballée a mugit, puis volé, les clameurs ont frappé l’habitacle, le cœur effervescent de multiples orgasmes s’est soulevé et le boyau fidèle a collé aux parois.
Sors de là maintenant…sors de ton costume de failles, retire les brisures
des plaies, cicatrise.
Ils sont tous morts, je peux surgir.
http://www.medelliavitriol.com/article-20311872.htmlIl faut poursuivre la logique, où comment Caligula est toujours vivant2008-06-09T22:49:02Z2008-06-09T22:41:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html
Caligula – Caligula ! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n’est-ce pas, un peu plus, un peu moins ! Mais qui oserait me condamner dans ce
monde sans juge, où personne n’est innocent ! Tu le vois bien, Hélicon n’est pas venu. Je n’aurais pas la lune. Mais qu’il est amer d’avoir raison et de devoir aller jusqu’à la consommation.
Car j’ai peur de la consommation. Des bruits d’armes ! C’est l’innocence qui prépare son triomphe. Que ne suis-je à leur place ! J’ai peur. Quel dégoût, après avoir méprisé les autres,
de se sentir la même lâcheté dans l’âme. Mais cela ne fait rien. La peur non plus ne dure pas. Je vais retrouver ce grand vide où le cœur d’apaise. Tout à l’air si compliqué. Tout est si simple
pourtant. Si j’avais eu la lune, si l’amour suffisait, tout serait changé. Mais où étancher cette soif ? Quel cœur, quel dieu auraient pour moi
la profondeur d’un lac ? Rien dans ce monde, ni dans l’autre, qui soit à ma mesure. Je sais pourtant, et tu le sais aussi (il tend les mains vers le
miroir en pleurant), qu’il suffirait que l’impossible soit ! L’impossible ! Je l’ai cherché aux limites du monde, aux confins de moi-même. J’ai tendu mes mains (criant), je tends mes mains et c’est toi que je rencontre, toujours toi en face de moi, et je suis pour toi plein de haine. Je n’ai pas pris la voie qu’il
fallait, je n’aboutis à rien. Ma liberté n’est pas la bonne. Hélicon ! Hélicon ! Rien ! rien encore. Oh ! cette nuit est lourde ! Hélicon ne viendra pas : nous
serons coupables à jamais ! Cette nuit est lourde comme la douleur humaine. […]
Par toutes
les issues entrent les conjurés en armes. Caligula leur fait face avec un rire fou. Tous frappent. Dans un dernier hoquet, Caligula, riant et râlant, hurle :
Je suis encore vivant !
Albert Camus, Caligula.
http://www.medelliavitriol.com/article-19879971.htmlNulla dies sine linea2008-05-25T18:17:38Z2008-05-25T18:12:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html
On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans
aimer.
Je n’observe pas le genre humain. Non, je ne suis pas du genre à observer l’Humain. Je crois que j’en sais un bon bout sur le style : « Genre Humain ».
C’est toujours approximatif, son degré d’humanité, à un Genre Humain ;
très vague, flou dans ses idées, ses Grandes Idées Générales. Dans ses actes, en revanche, c’est plutôt précis, ponctuel, organisé. Si un Humain se trouve être du genre à proclamer, par
exemple : « aimez-vous les uns les autres », ou : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », les autres Humains du même genre s’empressent d’ajouter :
« tu ne tueras point ». L’histoire du Genre Humain prouve qu’il n’était pas inutile de le préciser.
Sans que j’aie besoin d’observation ni d’étude, le Genre Humain, moi, il me
frappe de ses traits de caractère. Depuis le ventre à Maman que j’en fais partie, du Genre Humain, il me casse les couilles, le Genre Humain, il me les met graves, hirsutes, violacées, tordues,
il me les remonte au maxillaire, comme un collier de moules, il me saute à la gorge, me gicle aux yeux, me tord aux oreilles, me cogne à la tête, le genre humain !
Moi, ardent, turgescent, inflammatoire, moi qui n’aime que le clinquant de
la vie, l’érection à tous degrés, voilà que je débande, ladies and gentlemen ! J’en suis à l’étreinte molle ! Parfaitement ! Rien à l’horizon qui puisse me donner envie de frotter
ma queue au Genre Humain !
Et aujourd’hui, c’est, à chaque fois, un peu plus pire
qu’hier.
J’ai que la poésie comme passion.
J’écris, oui. Mais comment doit-on dire, maintenant, en français : un
jour néfaste ou une journée faste ?
Merde !
Tout le passionnel est réel.
Tout le réel est rationné.
Sale journée !
Ange
Philippe Léotard Tomasi, Pas un jour sans une ligne.http://www.medelliavitriol.com/article-19775062.htmlQue dire à tous?2008-05-21T21:45:05Z2008-05-21T21:38:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/19/74/07/autre/foule.gif" />
"Serait-il souhaitable que l’humanité n’écrive que quelques livres par an pour que tout le monde les lise ? Nous rêvons à l’attention universelle, au silence de tous ceux qui se taisent pour
nous écouter, de tous ceux qui renoncent à écrire pour nous lire. Nous pensons qu’au moins certaines choses devraient être lues par tous. Mais que pouvons-nous dire à tout le monde ?
[…]
Il
faut fragmenter la conversation autour de tables séparées pour ne pas en rester aux généralités, pour aborder plus de sujets, pour se dire plus en groupes de moins."
Gabriel Zaïd, Bien trop de livres?http://www.medelliavitriol.com/article-19714636.htmlJack2008-05-20T01:01:53Z2008-05-19T21:15:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/19/74/07/autre/C3_01G.jpg" />
"C'est un lieu commun de prétendre
que certaines rencontres infléchissent le cours d'une vie, l'orientent dans une direction jusqu'alors insoupçonnée. Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui
restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd'hui oubliés, mais je conserve l'essentiel comme un troublant héritage."
R. Alexis, La Robe.
Il s’appelle Jack. Bordel, mais cette lumière me brûle et c’est insensé
comme je me rappelle son regard pénétrant, s’immisçant dans mes recoins sans ciller. Il était assis tout seul dans cette grande salle baroque, il regardait le spectacle sans le voir, absenté
depuis un temps incalculable dans son petit corps, et pourtant, il semblait si fort, si vous l’aviez vu, moi il me semble que j’en sourirai toute ma vie parce que pour une image, il a déversé
dans mes pores une émotion si pure qu’elle m’électrise, et me rend terriblement triste, il y avait en lui une force animale et inédite pour moi, rompue aux rapports falsifiés d’adultes
consentants, et lui qui concentrait dans sa forme une matière fluide et concentrée, et son visage, si grave qu’il en ressemblait bien à un animal perdu, hésitant, vif mais résigné, et ses mains
qu’il lissait tout en jouant avec son pull, fébriles et attachées et non je vous le dis, je n’avais jamais pris la peine de regarder un enfant jusqu’alors. Je n’ai jamais voulu d’enfants. Il
fallait d’abord que j’accepte de considérer certains liens comme indéfectibles, et j’avais peur de défaillir sous trop d’amour, mon cœur pour ce genre de malversation étant passé maître, j’avais
peur, à juste titre, je le sais à présent, de la démentielle déconvenue, des bras ballants devant l’impossibilité de tricher, la nécessité de recourir aux mots forts et simples, et le bonheur,
comprenez bien, le bonheur à l’état brut de ces étranges bras tendus, crève-cœur, tire-larmes, je redoutais ces attaches violentes, je ne voulais pas avoir peur pour lui la nuit, je ne voulais
pas me trouver inféodée jusqu’à la mort à ce devenir d’être, émerveillée sans trop savoir pourquoi de le voir pourtant reproduire les erreurs séculaires, les perfidies immanentes, les élans
trempés et tronqués, et sombrer peu à peu dans le désespoir sans fond de ne pouvoir rien pour lui.
Je ne voulais pas d’enfant parce que je ne voulais pas croire d’abord à
l’amour brut et sans failles et j’aurais eu trop de peine à me trouver des failles dans un amour si intouchable. D’ailleurs, pour tout vous dire, je n’en veux toujours pas. Mais inféodée, oui, je
le suis, et contrainte et forcée j’ai fondu sans résistance possible un amour d’une pureté inimaginable jusqu’alors dans les manques affectifs béants de cet enfant inconnu.
Il était digne Jack, n’en doutez pas, il ne s’est pas jeté dans mes bras en
me soufflant son haleine aigre de lait caillé. Il m’a toisée d’abord et ne s’est plus détourné, avec une curiosité frontale qui m’a laissé des étoiles dans les yeux, qui m’a inondé les membres de
picotements. J’étais sous le coup d’une foudre nouvelle, sûre d’être aspirée déjà par son énergie triste, en confiance immédiatement, et j’ai souri. Monsieur, je n’avais pas souri depuis
longtemps, comment sourire quand on sait depuis trop longtemps qu’on ne veut pas être mère ? J’avais épousé la foule, moi, Monsieur, et disparu en elle. Mais lui, il m’a
vue.
Je ne me souviens pas de ce qu’il a bien pu me dire et je n’écoutais pas.
J’étais en sidération. Il s’appelait Jack, et il s’est collé contre moi parce qu’il était tout seul. Je crois que j’ai demandé où ils étaient tous, les garants de cette petite personne, ses
gardiens, ses protecteurs.
Il n’a pas répondu. Il m’a pris par la main et on est sortis dans ce jardin d’anciennes tombes
médiévales. Il a couru dans les pierres et moi je le suivais comme on suit un mort qui soudain revient vous cueillir, comme on marche dans les pas de la grâce, ou de l’alcool, sans saisir ni
vouloir saisir la force motrice qui vous meut. J’aimais à tressaillir, je souriais à la déchirure, je respirais à m’envoler. Jack parlait comme s’il retrouvait la voix pour la première fois après
pénitence. Il devenait volubile à mesure que charmé par sa propre facilité d’expression, s’apprivoisant lui-même, il sentait se dérouler le tapis de silence renfermant ses errances. Je le
regardais s’éblouir tout seul d’une maîtrise des termes et des sentiments rares pour son âge, enfin de ce que j’en savais. Moi je n’avais pas vraiment parlé à un enfant, comment l’aurais-je pu,
effrayée que j’étais de devoir me dévêtir devant le minuscule, et qu’il nomme sans méchanceté mais avec une précision chirurgicale, dans la volonté d’énumérer pour grandir, mes cruels défauts de
femme pétrifiée et sauvage.
J’ai accepté sa douceur et Monsieur, j’ai accepté surtout qu’il ne viendrait
jamais de moi. J’avais mal de devoir le quitter, le rendre à ses tuteurs de peur qu’il se torde à mon contact, en fait je ne pouvais m’y résigner. Je devais vivre avec Jack, vous savez. Il est
des évidences qui portent bien leur nom.
Je ne saurais vous dire combien de temps vraiment nous sommes restés dans
ces herbes folles, je lui demandais sans cesse s’il allait bien, il me couvrait de baisers, riait, caressait mes cheveux, me disait que j’étais belle, tout était si nouveau pour moi dont les
hommes avaient déjà emmêlé leurs mains dans les miennes à de nombreuses reprises, m’avaient déjà couverte de jolis mots que je pensais sincères, qui l’étaient d’ailleurs sûrement, je veux vous
dire, Monsieur, que bien que transparente je n’avais jamais vraiment manqué de cet amour charnel et audacieux que certains êtres plus rugueux vous assènent pour vous
contenter.
Mais la douceur magnifique de Jack, Monsieur, glissait, courrait sur moi,
folle et joyeuse, je ne pouvais pas l’arrêter, mes poumons brûlaient de prendre de l’air sans le rendre, j’avais peur qu’en expirant la scène s’évanouisse, que Jack n’existe pas, jamais, me
laissant plus vide et sèche que des yeux sans espoir.
Son père nous regardait depuis un moment déjà je crois. J’ai soudain
remarqué, appuyé contre un arbre un homme au regard atlantique, comprenez, le vent, les vagues, la frappante mélancolie de l’horizon soyeux sur une mer grise, je sentais bien cette étrange
impulsion sage, rageuse et douce aussi, et j’ai compris qui il était. Il lui ressemblait, à son fils, il sondait tout pareil le jardin avec une
intensité d’un autre siècle. Vous voyez, tous les deux, ils étaient concernés.
Moi j’ai eu peur au ventre. La nausée m’a attrapée immédiatement et m’a
tordue en deux, comme si j’étais plantée devant le déferlement inexorable de poussière et de lave d’un volcan titanesque. J’avais sept ans soudain, j’embrassais et je jouais avec un enfant fort
et doux qui ne venait pas de ma chair et la chair légitime et debout me regardait sans m’interrompre.
J’ai relevé les yeux la gorge déformée par l’orage à venir, des autoroutes
de crainte pure vrombissaient sous ma peau. C’était terminé. Jack était terminé. Il devait repartir.
Pourtant, la vie, dans son indicible cruauté, m’a donné une seconde chance.
J’ai cru mourir à nouveau de joie brûlante lorsqu’il s’est avancé vers moi et que Jack a pleuré. Il a crié à son père de ne pas me chasser, il a demandé si je pouvais être toujours là. Il a dit
que j’étais belle et que je riais fort et qu’il ne voulait pas me quitter. Le père a souri, m’a serré la main et m’a demandé de les suivre à demeure.
La maison était grande et triste. La maison était douce, vive et résignée,
Monsieur. Tout ceci devenait troublant, mais rassurait l’angoissée que j’étais devant l’incohérence.
Jack s’est éloigné et nous a laissé son père et moi. Et je crois que je lui
ai dit simplement que j’aimais cet enfant sans savoir pourquoi et comment, que je l’aimais à en cesser de dormir et de manger si je ne pouvais pas le revoir.
Il a souri encore et Dieu, cette tristesse immaculée et atlantique m’a
cinglée de plein fouet. Il m’a giflée de sa tranquillité sourde, je savais les naufrages qu’il devait contenir.
Jack est courageux et bouleversant, me dit-il. Il me montre une poutre
menaçante au-dessus du comptoir en bois sombre de la pièce principale.
Jack a trouvé sa mère pendue il y a quelques mois, continue l’atlantique.
J’avais compris.
Il faut rester avec nous, vous lui plaisez. Il y a aussi un cuisinier de
votre âge.
Je ne sais plus mon âge, Monsieur, mais quand j’ai vu le cuisinier blond
j’ai compris que j’étais encore jeune, alors. Que voulez-vous manger ? Je ne sais pas. Je suis heureuse. Jack sera toujours là, je ne sais pas manger dans ces
moments-là.
Je me suis couchée dans l’herbe, Jack était contre moi, je crois que tout va
bien lorsqu’ un chat se serre sur notre poitrine, et c’est l’effet que ça me fit.
Plus tard, l’atlantique a passé ses bras autour de ma taille et il a respiré
dans mon cou. Je l’ai laissé faire. Il a une façon de pétrir la chair pour oublier, pour s’accrocher, ne pas tomber. Je l’ai laissé se tenir à mes
hanches. Je le faisais pour Jack.
Depuis que je m’occupais de son fils, il pouvait à son aise contempler le
cadavre de sa femme flotter entre les murs, se balancer à la poutre, faire de l’ombre au comptoir. Tenter de remédier au vide.
Un jour, Monsieur, il est parti. Je sentais ses épaves remonter, je le
savais prêt à s’échouer. Mais ce n’était pas ma souffrance, je n’ai pas cherché à l’aider et pourtant j’ai pleuré. Il est parti et Jack a crié. Et comment faire quand votre bonheur crie et se
tord, que vos yeux trop mouillés lui font peur, qu’il vous griffe, vous condamne, demande qui va veiller la poutre, vous implore de tout changer, vous accule à votre impuissance
acharnée ?
Jack était un enfant blond, Monsieur, comprenez, un enfant soyeux et laiteux au regard de chat. La laideur l’a saisi pourtant, quand
l’atlantique s’est retiré. Ma chair a brûlé soudain. La mère au vent, le père en route, je l’ai tué.
http://www.medelliavitriol.com/article-19549402.htmlLes mémoires de mon ami2008-05-14T13:03:56Z2008-05-14T12:56:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/19/74/07/books/small-mirebau.gif" />
« Eh bien ! Je suis ce phénomène inconcevable. Je crois que jamais un homme ne se rencontra aussi chétif, aussi effacé, aussi tremblant, aussi silencieux que moi …Il
n’y a pas, j’en suis sûr, d’exemple d’un homme plus dénué que je le suis de moyens physiques capables de donner l’essor à tout ce qui se crée et fermente en lui, de donner une forme extérieure à
ses exaltations ! J’ai été l’éternel prisonnier de moi-même, malgré moi-même, et pas une minute je n’ai pu me libérer de moi-même, me libérer de ma bouche, de mes yeux, de mes doigts, de mon
or et de mon corps caissier !…
Alors que je bouleverse l’univers, que je fais passer à la refonte toutes les questions sociales,
que je crée d’immenses poèmes, d’immenses philosophies, et des arts redoutables… un fauteuil recouvert de moleskine, une table de chêne, des livres, des registres, une clef, des titres et de l’or
et de grands coffres, et un petit rouleau de papier buvard… voilà donc ce que je suis, et dans quel milieu, et parmi quels objets, je me meus !…
Je suis semblable à ce bout de terre ingrate et stérile, où pas un brin d’herbe, pas une fleur ne
poussent, où il n’y a que des cailloux et des écorchures lépreuses, et dans les profondeurs de laquelle bouillonnent des laves terribles, et couvent des feux formidables qui ne s’éteindront
jamais, et dont, jamais, personne ne soupçonnera l’effrayante beauté !… Quand je rentre de mon bureau, le soir, marchant à pas menus, les épaules effacées, un peu courbé, un peu cagneux, et
de visage si impersonnel que j’en deviens invisible, c’est pour moi une chose douloureuse, inexprimablement douloureuse de voir qu’aucun être humain ne me regarde et ne se doute que je porte en
moi toutes les forces cosmiques de la nature et toutes les flammes de l’humanité !…
Et quand je rentre à la maison, dans mon appartement si pauvre, si froid, si anonyme lui aussi, c’est pour
entendre ma femme glapir, d’une vois pareille au bruit que fait, dans les fentes d’une porte, l’aigre-vent de Nord-Ouest. »
Les mémoires de mon ami,
Octave Mirbeau, éditions de l’Arbre vengeur.http://www.medelliavitriol.com/article-19433978.htmlLes frayantes2008-05-10T00:30:21Z2008-05-10T00:24:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/19/74/07/autre/Bundi_1-1-.JPG" />
Alors, c’est tout ce dont je suis
capable.Dire adieu à des villes que je ne connais
pas,Dire Dieu à des êtres sans
émoi,Tourner des pages qui ne sont pas de
moi.Qui ne seront jamais de
moi.Qui ne seront jamais à
moi.Que je ne verrai
pas.Que je ne toucherai
pas.Qui ne me disent rien que je n’appréhendais pas
déjà.Me croire encore stable.
Alors tout ce qui s’annonce s’emballe et n’accouche pas. Toutes ces heures n’aboutissent
pas, ces charmes ne se dissipent pas, toute cette énergie perdue à tenter de rester en place s’use et ne grandit pas, ce fer dissimule sa nature pour ne pas attirer la foudre sur soi, et
goodbye, goodbye Philadelphia, comme dit un plus malin que moi.C’est vraiment tout ce dont je suis capable ?Parce que moi je vois pourtant des voies frayées dans la grande glace, j’entrevois le trashvortex, il ne me surprend pas, je n’attends pas les
roses, si l’air est vicié, qu’il me fouette le visage.Je ne crois pas être le foyer-même. Je ne suis même pas sûre que la réponse soit dans l’enfant ou le rouage. Je voudrais voir, voir pour
croire.Parce que toi plus je te rencontre plus je
comprends que tu seras interchangeable, plus je partage et plus je me retiens d’y croire. Parce que toi, tu es une belle aventure mais tu ne réponds pas à ces échos des
failles.Parce que nous n’existons pas pour nous
tenir sans nous lâcher, parce que l’appel ne concerne que moi. Parce que présentement, tu me lis mais ne me comprends pas et comment le pourrais-tu, quand je peine moi à te cerner, quand
j’abdique souvent au moment d’en être capable ?Parce que malgré les merveilles et les horreurs, nous ne nous soutenons pas.Et ce n’est pas seulement toi, c’est toi aussi.Si je ne m’abuse, je t’abuserai toi.Parce que c’est tout ce dont je suis capable.
Générer des élans, caresser des images, ne me plaindre qu’en surface. Parce
que si je te disais vraiment ce que tu voudrais que je dise de faiblesses et de larmes, si je te disais vraiment la fureur que je voudrais apaiser, les craintes dont je devrais me défaire, que je
croyais en ton sang, ta voix, ton cran, je ne me séparerais plus de toi.Mais il ne s’agit pas d’un seul toi. Il ne s’agit jamais d’un seul. Moi je suis seule, vous, toi, tous ces multiples se superposent, et je ne vois
plus rien. Pourtant tout ce que je veux, c’est voir.Et il ne s’agit pas d’amour, d’ami ou d’inconnus. Il ne s’agit pas de liens préconçus et ratés, machinaux et fatigués. Je ne peux plus me lier car tu ne vois jamais les voies
frayées.Je partirai sans faire de bruit. Je
sourirai dans l’avion, je respirerai sur le pont. C’est tout ce dont je suis capable : frayer.Toi je te rencontrerai toujours puisque tu ne m’auras pas accompagné. Tu seras ceux-là, la grande altérité. Je saurais toujours à nouveau te
plaire. Tu croiras me tuer en me quittant, je ne m’ouvrirai que les voies.Je marcherai sous la neige de Philadelphia et au coin d’une rue tu souriras.Sous les lampes grasses de Berlin tu me remercieras pour le
chemin.Dans un bar de Ciudad Juarez tu me
conseilleras d’être prudente.Tu regarderas droit
devant toi.Tu gratteras tes ongles sur la
table.Tu toucheras la matière du
sofa.Ton attitude
m’interpellera.Tu seras hésitante et trébuchante
dans une ruelle moite.Tu sera vieux et calme sur un
banc face à la mer.Nous ne nous connaîtrons
probablement pas.Ton café servi, ton hospitalité,
ton indifférence glacée, ton indication du quai, ta caresse passagère, tes mots inaccessibles, tous ces ponts me guideront, baliseront mes voies.Et je continuerai, en pensant à tous ces toi, je continuerai les
frayantes.C’est tout ce dont je suis
capable.
http://www.medelliavitriol.com/article-19159628.htmlQui se souviendra ?2008-04-29T21:05:38Z2008-04-29T21:00:00ZThe bitch is backhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/19/74/07/achtung/Comt-.jpg" />... de la Sicile en 2003 ?
http://www.medelliavitriol.com/article-19074487.htmlCercle vicieux2008-04-26T19:35:32Z2008-04-26T19:08:00ZSilence !http://www.over-blog.com/profil/blogueur-33720.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/19/74/07/autre/shout1.jpg" />
Il m’est impossible d’apprendre à me taire, c’est vrai.
Laisser le rire, peut-être, et la pupille sensible. Si trop de bruit se
retirer.
La gorge ferme, et les racines solides.
Et le mental, le mental d’acier durcit, coulé, moulé et sans fissures, la vierge et le moral de fer, parce qu’il ne faut pas
tomber, jamais, du grand manège doré.
Il ne faut pas crier, gémir, il faut courir longtemps et endurer, tenir bon la branche, et
respirer.
Mes mots peuvent tout expliquer. Ils sont trop, vous vacillez. Mon souffle est vie, vous voulez
bien ma bouche, ma bouche chaude, ma bouche vide. Mais méfiez-vous.
Méfiez-vous de mon eau rapide et qui jamais ne dort. En dessous la terre gronde, dans mes poses
placides, les cheveux incendiaires, les yeux profond fermés, ma fierté volubile, je vous observe, je vous connais, je vous oublie.
C’est un cercle. Ce sont mes bras, une corde, une bague ou l’origine du
monde.
Entrez, sortez, embrassez qui vous voulez. Je vous observe, je vous caresse de pensées
bienveillantes, assommantes, je vous connais et ne vous laisse ni répit ni paix. Je vous oublie dans un élan pour n’avoir rien à reprocher.
Je dis vous oublier parce qu’il faut être sage. Je rugis en dedans de cette
malhonnêteté.
Ceci est mon cercle, ceci est mon corps, ceci n’est pas vrai.
Mon cadeau à chacun ce sont les mots que je veux bien trouver, encore, pour vous louer, vous
bercer, vous gronder comme il le faut parfois, comme vos orages m’ont parfois inondée, portée, lavée.
Soyez-en bien sûr, mon silence est un échec, mon silence est une contrée trop froide pour
quiconque s’y risquerait. Mon silence est une lassitude, une douleur sans nom. Je me tais quand je renonce, quand je pâlis, quand je suis tuée.
Laissez-moi donc vous dire encore, et sans relâche, tout ce que vous semblez
représenter.
Tout
ceci est loin d’être terminé.