Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 16:32

turner-pecheur

Prudence (IVe siècle) et Claudien (Ve siècle) sont les deux derniers poètes de l’Empire romain.

Le premier, chrétien, a consacré toute son œuvre à cette religion naissante et laissé quelques magnifiques textes à la gloire du Christ, dont le noir Hamartigenia (De l’origine du mal). Le second, dernier païen lettré de l’Empire à la Cour d’Honorius, écrivait des poèmes politiques, des invectives et quelques chants dits mineurs aux sujets d’apparence plus légers.

Plus qu’une pertinente mise en regard d’auteurs qui se répondraient, je donne ci-dessous simplement de quoi goûter à la sombre évocation de Temps funestes par chacun de ces auteurs, dans son style propre.

 

Les éléments eux-mêmes déchirent aussi le pacte ferme qui les maintenait, et franchissent les bornes qui leur avaient été assignées ; ils entrainent et renversent tout, ils ébranlent l’univers de leur force qui ne connaissent plus de lois. La lutte des aquilons brise les bois ombreux, les tempêtes excessives déracinent et abattent les forêts. D’autre part le fleuve en furie fait sauter ses eaux torrentielles par-dessus les rives qui le contenaient, barrières que Dieu lui avait fixées, et il vagabonde au loin en maître dans les campagnes qu’il dévaste.

Cependant le Créateur n’avait pas mis une telle rage dans tous ces éléments quand ils naquirent ; c’est la licence effrénée du monde qui a rompu les digues et bouleversé les lois paisibles.

 

Prudence, Hamartigenia (traduit par M. Lavarenne) in Tome II, Les Belles Lettres, 1961, p51.

 

 

Si un jour [le poisson-torpille] absorbe de la nourriture qui camoufle l’airain,

Et sent qu’il est retenu par l’hameçon recourbé,

Il ne se dégage pas ni n’essaie de l’arracher d’une vaine morsure,

Mais par ruse, il se rapproche pour se joindre à la noire ligne

Et se souvient du pouvoir que sa capture lui confère;

Et sur toute la surface de la mer, une noire secousse

Se répand de ses veines empoisonnées.

Sa  puissance se propage en haut de la ligne,

Et quitte les flots pour paralyser le pêcheur à distance.

L’horreur effrayante jaillit des profondeurs marines,

Et grimpant le long de la ligne pendante,

Elle en traverse les nœuds avec un froid mystérieux,

Et encercle la main triomphante de sang coagulé.

Le pêcheur rejette à la mer un fardeau funeste, et une proie rebelle;

Et il rentre chez lui, bredouille et sans canne à pêche.


Claudien, Chants mineurs, 9.

 

Traduction inédite et gracieusement cédée par Geneviève Moreau-Bucherie.

Œuvre complète traduite chez Paléo, 2003.

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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