Partager l'article ! Triomphe.: Mais enfin tu ne me feras pas croire que de me réveiller paniquée en pleine nuit, la ...
Mais enfin tu ne me feras pas croire que de me réveiller paniquée en pleine nuit, la tempe furieuse et le pouls délirant, la nécessité plaquée au corps de te hurler dessus, de te frapper si besoin est, relève d’une tension éminemment érotique. Je n’ai aucune tendresse pour toi, tu ne m’en laisses jamais la place, occupé que tu es à lustrer ton poil mâle devant ton reflet triomphaliste. Je rêve de seulement t’interrompre. J’aimais les hommes, oui, quand ils ne s’aimaient pas déjà eux-mêmes à s’en faire crever le cœur. Tu as dû mal comprendre que lorsque j’en appelle à ta fougue, ce n’est pas de cette putride passion pour toi-même que je parle.
Tu t’approches, éclatant de bravoure, assuré que tu vas encore une fois franchir les Alpes en éléphant rien qu’en me faisant partager tes admirables vues sur à peu près tout ce qui existe sans jamais, bien entendu, que je les aie convoquées, je me dresse défensive, découragée par le moindre des mots qui va franchir, intrépide, arrogant, si simplement pénible, ta bouche qui viendra ravir tout mon air. Je déploie ma méfiance de ce magnifique mouvement contradictoire qui me fait défier d’un front en biais le ciel, courbant dans la même diagonale les épaules pour esquiver tes gênantes et injustifiées conquêtes en mon sein-même. Tu vas encore parler de toi, je fus patiente pourtant, de toutes tes victoires, de tes théories imparables, de tout ce qu’il serait bon que je fasse pour devenir comme toi. Tu vas déchirer mon silence, celui que je tissais pour te caresser mieux, prendre soin de ne pas te griffer des milles langues qui tentent de sortir à chaque seconde de ma gorge musclée, pour venir te vaincre une fois et une seule, tuer ton âme mal armée malgré toutes tes esbroufes. Je connais, bel enfant, les formules qui te terrasseront, voudras-tu donc enfin, comme tous, que je les assène sous tes yeux ébahis, vitrifiés par l’aperçu stupéfiant du monstre qui est en moi ? Pour l’heure tu souffles et siffles, t’exaspères d’être supérieur, méprisant sans vergogne le plus faible que toi, m’interpellant au milieu de ta plaidoirie comme une ébaubie acquise à ta rhétorique offensive, me tordant les mains d’extase au milieu de la piste du cirque où se meuvent fourbus et dépités les fantômes des vaillants qui te font soi-disant allégeance, tu sembles à peine me voir, tu saisis l’occasion de cette forme qui s’incarne au coin de tes rétines papillonnant sur la foule se vidant par les entailles que ton mépris laisse béantes, dans ton soliloque permanent, erratique, tu t’empares de cette idée de ma présence coupable, témoin introduit par erreur dans ton disque hermétiquement parfait.
Tu m’autorises enfin, magnanime et superbe, à devenir comme toi. Tu consens à m’éduquer, me hisser vers des sphères dont tu n’as pas vu, fou, que je les avais déjà moi-même disposées avant même ton arrivée. Tu es en retard, je t’attendais, et tu ne le sais pas.
Mais je ne vais pas devenir comme toi.
Je n’ai plus aucune tendresse pour toi.
Ne comprends-donc tu rien ?
Je fus déjà comme toi.
Et tu voudrais me faire croire à cet amour ogive refermant son couvercle sur n’importe quelle proie pourvu qu’elle consente à y cuire baisant les pieds d’un dieu jusqu’alors ignoré, alors que déjà j’affute mes couteaux derrière mon dos, te souriant calme, attendrie pour une fois par la candeur vide et agitée dans laquelle tu passes, sans le savoir, nos tout derniers moments.
Dieu ce que je hais ces sinistres triomphes.