Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 19:27


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Rien ne vient, je suis enfermée dans ma chance. Les oiseaux me parlent, enveloppés de grand silence. Je veux encore m’ouvrir en deux.

 

J’entends espoir sans espérance, ils veulent toujours toucher plus bas. J’entends anarchie sans tourmente, ils croient se mouvoir, fuient l’errance. Le confort paraît trop puissant.

On se comprend, hein, on se ressemble. On possède bien quelques constantes. Pourtant si tu es mon miroir je me vois répartie, éclatée dans de bien étranges contrées, dilatée dans tes pores que le temps aura oubliées, je me vois telle que j’étais, je te vois moi hier, mon cadavre décharné, profané que tu déterres j’ai vu, et, figée je me suspends.

 

Sans doute.

Sans doute, comprenez-bien.

Saisissez-bien mon ironie dont l’acide attaque tant d’artères. Les miennes, seulement. Vous irradiez loin des souffrances, moi, réversible, je brûle de tout. Je suis votre éponge de fer.

Suis-je invisible, enfin nom de Dieu ? Rien ne paraît-il donc sur ma surface instable, tu vois le feu enflammer mes pupilles, inonder sous mes yeux, mais si tu choisis de frapper, tu ajoutes à mon trouble en libérant l’hydre immonde et toujours vivace, celle qui refuse le joug terrible de ton insouciance à blesser.

Je te tuerais, comprenez-bien.

Je t’embrasserai et te tuerai, de toute façon.

 

Sans doute, braves gens, vous moquez trop le mien. Je le savais et vous fuyais, je savais bien qu’un jour radieux, insupportable, on viendrait de nouveau rire dans ma pénombre, arracher avec arrogance les étoffes lourdes pendues sur mes fenêtres, que vous m’imposeriez, violents, stupides, inadéquats, vos visages tendus de rictus consacrés, vos rétines rissolées des splendeurs suspendues, je le savais, et n’ai rien pu y faire, encore.

Je vous attendais, j’avais ce doute vrillé de n’avoir pas mis à mort parfaitement, en moi, l’absolue souffreteuse qui ploie sous un regard plombé. Inquiète légère, je vous sentais approcher. J’ai bien dû cesser de fuir, enfin, est-ce une vie d’ignorer ? Le malheur à mes trousses était chaud et tentant, rieur et volubile, j’ai vu derrière la beauté du solaire rire la mort à gorge déployée, et plus vous étiez bons, joyeux, décontractés et plus je vous craignais d’une terreur mortelle. Vous revoici encore, et ma terreur intacte. Le livre n’aura rien changé.

 

On m’a demandé de me taire, ce que je fis. Je supporte de vous écouter, vous, ne pas le faire.

On m’a demandé d’écouter, ce que je fis. Je supporte de vous observer, vous, ne pas le faire, gesticuler et refuser, condamner avec virulence ce que jamais vous ne saisissez. J’ai tenté un mouvement infime que vous avez giflé, et comme tous le firent sans jamais s’en douter, sans doute, vous m’avez enfermé à double-tour dans ma citadelle maudite, vous me sommez d’être brillante, amoureuse et heureuse. J’entends bien l’ordre, hurlé derrière la porte. Je vous rappelle seulement que je suis enfermée.

On m’a demandé de comprendre, et d’accepter, ce que je fis.

De douter, ce que je fis.

Altière et incassable, je devins subitement fébrile, ébranlée par vos cris de guerre. Penchée comme une enfant sur l’alphabet mystérieux, je me perdais dans l’indicible, cette formule trop sensée du soufi Attar perlant au bord de mes yeux.

Et vous, sans doute, vous vous gaussez de votre bonheur farouche, altier et incassable. Vous m’ordonnez de sortir en agitant la clé, sans doute, refusant de me voir telle que j’apparais, vous hurlez votre totalitaire obédience au Soleil, m’acculez au désert, intentez à toutes mes forces glaciales un procès historique, au verdict insolé. Cruel, vous exigez mon bonheur et ma tranquillité, vainqueur vous pavanez de m’en voir incapable. Rendez-moi donc cette clé, sortez, laissez-moi donc geler mes cornées habituées au sous-nombre.

Pyrrhus au Grand Refus, accablés de la justice de vos postures jusqu’au dernier des tremblements, oh oui, vous triomphez  parce que je doute, je souffre, et reste mon enfermée.

Incorruptible à tout jamais, même à un de vos sinistres baisers, fidèle jusqu’à l’absurde à toutes mes nausées. Je souffre, oui, voilà bien un seul terme qui en ces lieux ne sera jamais galvaudé. Je ravale, je résiste aux assauts d’une langue grossière qui écrase les fleurs fragiles que je tente de faire vivre dans les recoins oubliés, ces assauts insincères et meurtriers qui me hantent et m’appellent, qui m’ordonnent sans pitié les sourires en balafres, les éclats, le plaisir et la volupté et me laissent mortifiée, humiliée face au pire devant lequel je m’agenouille au lieu de le gifler, ce pire de lumière factice grondant avant l’orage.

 

Qu’il explose donc enfin ce grand orage final !

Qu’il libère les nuées, remplisse mes fossés, j’ai mal de me courber redoutant sa violence imminente, injuste, impitoyable. Mais qu’il vienne alors, je tomberais à genou, et je le jure, je resterais cette statue figée, foudroyée, balayée par les vents, cette statue d’ébène qu’un maléfice a transformée un jour en femme.

 

Sans doute, vous ne voyez jamais les miens.

Sans doute, vous ne faites que moquer les miens.

Sans doute, je m’en ouvrirais bien en deux, mais vous oubliez que je suis enfermée.

 

Doutez, je vous en prie. Comprenez-bien. Mon ironie chtonienne.

Et je n’ai plus un souffle. Déjà. Car elles reviennent. Elles vont encore me reprendre.

Ces incertitudes.

Malades.

Méfiez-vous si je souffre de votre fait oh

Méfiez-vous.

Mon bras, ma plume ne lâchera pas.

Méfiez-vous.

 

Car moi aussi je reviendrai.


Publié dans : Ecrits vains : à moi
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