Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 18:34
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« Nous avançons vers le large, et voici que surgit Capraria. L’île est pleine, elle pullule de ces hommes qui fuient la lumière. Ils s’appellent eux-mêmes les « moines », parce qu’ils veulent vivre seuls et sans témoin. Ils craignent les faveurs de la fortune, comme ils en redoutent les rigueurs. Se peut-il qu’on se rende volontairement malheureux, par peur de le devenir ! Qu’est-ce que cette sotte frénésie de cerveaux détraqués ? Parce qu’on craint les maux de la vie, ne pas savoir en accepter les biens ! Sont-ils donc des forçats qui cherchent un endroit où expier leurs crimes ? Ou faut-il supposer qu’un fiel noir gonfle leur triste cœur ? C’est ainsi qu’à en croire Homère un excès de bile causait l’humeur morose de Bellérophon, ce jeune héros qui, blessé par les traits d’un chagrin cruel, prit en horreur, dit-on, le genre humain. »

 

Rutilius Namatianus, Sur son retour, vers 439-452.

 

Nous noterons ici, dans un texte datant de 417 ap. J.-C. environ, le mépris non dissimulé d’un touriste envers des hommes qui, après tout, n’emmerdaient pas vraiment leur monde à cet endroit et moment-là, mais dont nous comprenons fort bien en quoi le genre humain ne cessait, lui, de les emmerder.

 


Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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