Partager l'article ! Prix de beauté: Alors que je m’approche de la vitrine protégée par un mince ma ...
Alors que je m’approche de la vitrine protégée par un mince mais dissuasif cadenas, j’aperçois la beauté. Au-dessus, c’est Là-bas, dans son corps de cuir rouge intense et la signature émouvante de Huysmans à Hennique, « son vieux copain ». En dessous, c’est Certains, l’introuvable et ardemment désiré Certains, entr’ouvert sur un envoi qui me hante : « Quelques nausées sur ce siècle ». Toujours, le graphe délié, superbe, JKHuysmans. J’ai le cœur mordu et les yeux embrumés, je tente de retrouver mon souffle sous l’insupportable verrière.
Je me répète, psaume lancinant, que la beauté ne s’achète pas. Que l’amour ne dure pas. Que tout retourne poussière. Vainement.
Je me dis alors qu’il est possible, oui, que je regrette à cet instant présent de ne pas disposer de 25 500 euros. Je croise le regard séculaire d’une Russe perchée sur des talons immenses, au bras de son époux laid, pourtant riche. Elle semble vouloir me transmettre l’ennui abyssal qui jonche ses rêves perdus ; tout ce qu’elle a accepté, pour toucher les pures beautés. Dormir avec, caresser l’ignoble amas de chair qui débite les billets. Rire de ses insanités.
Je me sens abattue, admirative, vaincue par cette déesse capable d’embrasser les ordures,de s'en parer au grand jour exactement consciente de sa réflexion dans la glace aux vanités. Je ne gagnerai jamais cette bataille-là, tout tendus et trempés soient mes poings et ma détermination. Je dois me résigner à abandonner Là-bas et Certains. Si un type comme cela s’avisait de me toucher, je l’émasculerais avec les dents, tâchant ma robe de soirée. De pure beauté.