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This chaos is killing me.
David Bowie, Hallo Spaceboy.
L’observation des animaux m’intéresse autrement plus que celle des hommes, mais enfin, il arrive pour mon plus grand plaisir que cela revienne la plupart du temps exactement à la même chose.
Je m’offusque cependant de l’adage qui voudrait pour nous avertir du danger de notre espèce nous comparer au loup, hautement résistant et solitaire, fidèle à ses femelles, entre deux coups de crocs pour assurer à la meute son autorité. Et qu’elle le lâche un peu. Je n’en vois pas beaucoup, ces temps-ci, rôder dans nos forêts réaménagées à la hâte pour la pâture de nos frêles brebis et nos insipides mais proliférant veaux.
Non, prenons plutôt un banc de thons, cela nous parlera mieux, par la suite. Ainsi qu’une volée d’étourneaux. Faites voler les uns au-dessus des autres. Voyez ces deux groupes de grande complexité, auto-organisés selon les lois de la biologie, c’est-à-dire se mouvant sans l’impulsion particulière d’un quelconque leader, disparu depuis longtemps, et dont l’origine de la formation reste un mystère. Ses membres observent une égale distance les uns des autres, formant un tissu déconcertant, ondulant à l’instinct, contournant les obstacles, trouvant sa direction sous des impulsions ici encore difficiles à cerner. Dans ces deux mondes parallèles, aux similitudes pourtant frappantes, que sont l’air et l’eau, il arrive que le prédateur, semblant jaillir de nulle part, frappe le banc, gifle la volée. Alors, l’instinct même du groupe indiquera à chacun de ses composants de s’écarter aléatoirement des autres, éclatant en ramifications multiples, pour se reformer aussitôt, le danger écarté.
La particularité qui nous intéresse ici, c’est la nature même du prédateur, issu pour la volée de la mer, et pour le banc des airs, telle une mouette plongeant soudain dans l’eau grouillante, ou l’orque se cambrant hors des flots pour happer la dite mouette.
En d’autres termes, dans la version pour adultes, cela donne la vaste et prolifique polémique qui opposa en son temps (six premiers siècles de notre ère) les païens et les chrétiens.
Bibliographie immense, sources préservées, plaisir intact de les entendre sous mes fenêtres se battre avec leur langue qui bien que traduite, demeure spectaculaire et violente, je passe le plus clair de mon temps nocturne de ces derniers mois à fouiller les archives de ce grand tribunal, saisissant encore les échos de la voix du rugissant Grégoire de Nazianze, ou de l’impétueux et méticuleux Celse.
J’y reviendrai.
Je prépare le grand ring.
Réservez vos billets.