Partager l'article ! Le cerf de Casas Ros. Confidence à chaud.: Je suis saisie d'un truc bizarre soudain: émotion sans objet, prémo ...
Je suis saisie d'un truc bizarre soudain: émotion sans objet, prémonition de l'apparition de l'objet, trac inouï, déception du vide, muette résignation à la malédiction "Tu iras, seule, petite." J'ai croisé trois pompiers qui m'ont fait de solaires sourires, auxquels j'ai répondu, mais ce que j'ai vu à travers eux n'a pas brisé mon armure, je suis une solitaire récidiviste. C'est parfois dommage. Personne n'arrive jamais à me défaire. Plus personne ne s'y essaye non plus, il faut dire. Ils sont sages, ils écoutent quand je dis "bof" et ne se battent jamais plus.
Il faut comprendre que la confusion est trop tentante entre "se battre pour partager sa ferveur avec une femme trop enterrée par ses chagrins passés pour se réveiller à la passion toute seule" et "se battre contre cette femme qui pliera sous mon joug parce que mon pénis l'ordonne", et trop souvent la deuxième option me laisse meurtrie par avance, tant il n'est jamais question de cela. Il est absolument hors de question que je me batte dans l'alcôve. L'homme est toujours victorieux et qu'importe, s'il me voit. Ils pensent qu'une femme est belle comme on leur montre, feignent de refuser le lisse tout en ne supportant plus aucune aspérité, la femme se perd brutalement dans la double-contrainte d'un homme qui ne veut plus qu'elle parle, soudain, ni qu'elle rêve, mais qu'elle soit douce, tout en tenant les rênes, muette mais habitée et malheureuse donc, car l'animée doit transmettre, elle doit sortir d'elle-même les trésors qu'elle trouve en chemin, elle veut vous les donner aussi, mais on la veut raisonnable, et devant justifier ses élans dans la morte analyse d'un cerveau encombré, affolé soudain. Il est trop tard à l'aube de ce siècle pour nous demander de reprendre avant, là où on n'aurait peut-être dû nous laisser, il est trop tôt pour apprendre à nous aimer comme ces créatures hybrides que nous sommes condamnées à être si par malchance la lumière s'est invitée sur nos rochers intimes, nos failles immenses, nos fractures ouvertes qui vous engouffrent sans vous rendre. Et que nous nous montrons, à demi-délivrées, tirées en bas par la volonté d'être conquises et donc de plaire, éclatées, élevées dans la poussière vibrante de tout ce que l'on peut connaître et appréhender pour se plaire à soi-même, écartelées vraiment entre vos regards crus et l'irremplaçable intime qu'elles partagent en elles-mêmes, dures quand il faut tenir et se tenir debout seules, vulnérables dans vos bras s'ils consentent à s'ouvrir sur des poitrines pleines d'une connaissance parfaite des dangers qui menacent, toujours pleines de ces coeurs dont la pulsation digne bercera nos chagrins.
Mais vous ne connaissez pas, et lorsque nous montrons vous prenez peur. Un jour prochain, réchauffée par l'espérance en ce magnifique Théorème d'Almodovar de Casas Ros que je finis de lire hier dans une nuit splendide de silence serein et chaud, je rencontrerai "une femme avec une bite" qui verra derrière mon visage défiguré le cerf impossible à abattre, qui s'élance au-dessus de toutes les barrières vers tous les inconnus et lorsque sa peau de monstre rencontrera la mienne je me rappellerai quelle fête nouvelle se tient au centre de tout vide.