Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 16:32

Ce qui est taillé en sens contraire s’assemble ; de ce qui diffère naît la plus belle harmonie, et c’est la discorde qui produit toute chose. 

Héraclite, Fragments, 8.

Ainsi Héraclite, l’insulteur des foules, qui rit sardoniquement des têtes creuses (pour reprendre la formule de Jean Salem) et s’enduit d’une boue qui ne purifie rien, nous parle encore du haut de sa montagne. Il nous parle de ce conflit, nécessaire, ce polémos que nos piaffeurs du paf détournent en bavardage. Héraclite ne bavarde pas. Il se tait ou frappe net. On lui doit la source du fleuve où, lamentables, les amnésiques déversent leurs ossements. On ne lui rend que trop peu.

Grâce à l’excellente émission de Matthieu Garrigou-Lagrange * sur France Culture, Le Mardi des auteurs, j’entends la voix magnifique de l'Obscur qui traverse l’impensable, et sommairement, justice se fait.

 « Ce ne sont pas mes mots à moi que vous entendez, mais ceux de la Parole », ce commun dont la folie nous pousse à nous croire évincés. Un film bref, « péplum philosophique » de 21 minutes et réalisé en 1967 par Patrick Deval, visible en intégralité à ci-dessous, fait résonner ces fragments, leur donne une belle incarnation. 21 minutes, et une heure d’émission, avant que le fleuve incessant nous efface, engloutisse et transforme notre commun.

 

 

 

 


*J’ai une pensée particulière pour Matthieu, que je retrouve « par hasard » aux commandes de cette émission.

Remontons le fleuve jusqu’en 1995.  Nous étions alors sur les bancs du lycée, en Charente-Maritime, et du haut de nos fiers 15 ans, nous animions pour quelques lundis soirs un créneau horaire de Radio Collège. Du moins, lui l’animait, avec constance et fournissant labeur lorsque ponctuellement, quelques intéressés dont je faisais alors partie intervenaient, stupides et cabotins.  Mais parfois, comme pour cet entretien avec un ancien torturé de la guerre d’Algérie dont je me souviendrai toujours, il nous arrivait de rire moins. Je garde de ces moments une vive émotion, car ils précèdent de peu le tournant peu amène que ma fraîcheur a pris… mais ceci est une autre histoire. Lui n’a jamais démordu de son mollet : la radio. C’est un sincère, donc, et un victorieux. Mes hommages, cher Matthieu ! Soit loué !

Pour Héraclite, l’un est composé de toutes choses et toutes choses sortent de l’un. Plus je creuse pour chercher cet un, et plus je trouve, tous domaines confondus. C’est parfait : je n’ai pas peur du titanesque, mais déteste les entreprises vaines.

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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