Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /2009 18:08

 



« Ah ! »

L’homme s’avance en chaloupant sous un chapeau à bords larges. Il ressemble à un gitan serbo-croate sous la lune si ce n’est son gilet en polaire trahissant ses vilaines origines universitaires.

-         On m’a dit que vous  n’existiez plus ! Vous existez encore ?

-         Vous avez raison de douter des apparences. »

 

« Je cherche Hermès le Trois fois très grand. »

L’homme est sale, grand et fort. Il me rappelle vaguement Serge Lama, mais en sale, grand et fort.

-         Nous avons 4 tomes, et les tablettes d’Emeraude. Je vous rappelle que vous m’avez déjà acheté chacun au moins deux fois, vous êtes sûr ?

-         Savez-vous, Madame, qu’il est très grave de verser dans la magie noire ? La peine de mort, Platon dans sa République ne disait pas autre chose, la peine de mort pour qui se sert de clous et d’écrous ! Tous ceux qui font des poupées vaudous, de Sarkozy et autres, on devrait leur couper la tête ! Vous l’avez lu ?

-         Sarkozy ?… pas vraiment.

-         La peine de mort pour tous ces agitateurs de magie noire !

-         J’y penserai. Merci. »

 

« Je n’achète que sur Internet. Je ne sais pas ce que je fais ici. »

Elle est dispersée, pose ses affaires un peu partout, bifurque, oublie, repart. Aucune aptitude à poser son regard, et certainement pas dans mes yeux à moi.

-         Je voudrais celui-ci, et celui-là et allez, je vais prendre aussi La Quête du Graal. Vous aurez encore longtemps le dernier Darcos sur Ovide ?

-         Non. J’apprends de mes erreurs.

-         Mettez-moi celui-là aussi. Cela fait combien, 100 euros ?

-         Plus ou moins.

-         Attendez ! Je rajoute celui-là. Je ne sais même pas ce que c’est !

-         … »

Elle paye précipitamment, sors. Rentre à nouveau un quart d’heure plus tard, prend le Darcos. Et deux autres en même temps.

J’ai quand même du remords de servir les bipolaires en phase perchée. Mais vais-je risquer de la vexer si toutefois elle ne l’était pas ? Je me sens barmaid à l’heure de la fermeture, qui doit confisquer les clés de voiture à celui qui lui laisse par ailleurs une fortune pour se détruire.

 

Une collègue surgit, me demande si je vais bien.

« Oh moi, ça peut encore aller, mais c’est encore une de ces innombrables journées de lâcher de fous sur le boulevard.

-         Le grand savoir mène à de grandes déficiences mentales. »

 

Je n’aurais pas mieux dit. Nous voici tous prévenus.

 

Publié dans : La vie de libraire (brèves)
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