Partager l'article ! Epilogue: C’était très tôt. Les lueurs mal assurées projetaient des ombres grotesques. Le fracas à venir envoyait en éclai ...
C’était très tôt. Les lueurs mal assurées projetaient des ombres grotesques. Le fracas à venir envoyait en éclaireur une brise mensongère. Soudain…
… la fureur inengendrée, l’onctueux affaissement de l’écume désespérant d’échapper au ciel, y retournant aspirée alors qu’accrochés à la rive ses doigts blancs implorant le sable s’évanouissaient, cette étreinte insupportable que ton œil imposa à ma poitrine, eh bien j’ai décidé immédiatement de ne pas la supporter. J’ai compris que de m’ouvrir par tous les moyens disponibles au propre comme au figuré permettrait mon salut, éviterait l’éclatement de mon dernier soleil aztèque.
Je suis depuis cette aube ouverte à tous les vents. J’autorise toutes les pénétrations, assurée pour toujours de la maîtrise de cette dispersion, sereine face à mes dissolutions, immensément disponible pour tous les conquérants, pour tous les parasites, distribuant mes fluides sans crainte aucune d’en manquer. Il en reste encore et toujours trop. Je laisse suppurer mon abcès que je trouve, abasourdie complaisante, par trop incroyablement gonflé, tendu et parfois superbe dans son anomalie, j’observe son écoulement terrifiant qui enduit les objets contondants, suintant d’une préhistoire de moi-seule connue, d’une origine enfouie qui se rappelle aux hommes par le milieu sacré de ma sphère fulminante.
J’étais prête pour les éruptions et les débordements, j’étais prête pour les incendiaires récidivistes, depuis cette aube convoquée par un seul de ces regards qui ensuite se multiplièrent, déchirant à jamais mes frêles hésitations, je fus prête, soumise consentante à la dévastation et la mélancolie, l’inouïe rébellion de mes entrailles folles qui ne trouvait de douceur que dans un peu de mépris, et de repos dans beaucoup de découragement. Prête pour l’expiration d’un souffle retenu d’une perpétuité monstre, accompagné du silence vrombissant de tympans déchirés à l’instant où se dérobe le sol, où descendent, précipités, nos organes exaltés par la terreur pure du danger.
Bientôt, il n’y aura plus de danger nulle part.
Comme Henri Calet, quand je ferme les yeux, je regarde mon sang. Je regarde ce qu’il peut contenir, lui, que je ne laisse bien entendu jamais couler hors de moi. J’en extrais ce que je mélange à mon pus versatile, j’en extrais quelques gouttes seulement de mes constantes implacables, vertigineuses, que je n’ai cessé de tenter de trahir, en vain. Elles se reformaient, patientes et fortes d’un peu plus de pardon, d’un peu plus d’aplomb. Si je désirais me saigner sans discontinuer pour satisfaire la terre sèche, si je souhaitais me détruire tout à fait en présentant aux yeux vitreux ma plus pure essence à laquelle ils pourraient immédiatement mettre le feu, je ne le pourrais même pas. Je suis ma meilleure alliée, protégée en lieux sûrs.
Je peux m’offrir dans un tout à fait menteur, car je retiens de toutes ces multiples intrusions le germe qui démarre une nouvelle infection, entretient la première, et fabrique ce nectar subtil de pourrissement parfumé mutant pour la nouvelle adaptation, celui-là même qui enduit et raccompagne les visiteurs égarés en ma circonférence. J’accouche multi-quotidiennement dans une violence à chaque fois renouvelée, et tordant le bras armé de la science qui affirme qu’on ne peut apprivoiser la douleur, encore moins remporter de victoire sur elle, je trempe toutes mes pores et le moindre de mes orifices de cette substance magique libérée sous la dent du requin, anesthésiant profond qui trompe les systèmes pour dissimuler la morsure. Je n’ai, déchirée, violée, poignardée, ou simplement regardée de ces yeux qui font lever mes aubes ou bien tomber mes nuits, plus jamais mal.
Il n’y a plus dès lors de danger nulle part. J’ai sécurisé l’édifice. Vous pouvez tous entrer.
Vous ne pouvez rien me faire, mais je vous engluerai, moi, dans le moindre de mes recoins. Je vous rendrai au monde souillés. Lorsque j’aurai vidé parfaitement mon bubon royal et dominant, tumeur galopante recouvrant vos cellules, je resterai la seule purifiée et intacte, et je refermerai mon royaume.
J’aurai terminé cette farce écrite qui gangrène vos rétines et qui fatigue les miennes.
Il faudra commencer la vôtre.
Inengendrée.
Et dont je ne saurai rien.