Partager l'article ! Death riding pestilence, and suddenly, The Stand : Le Fléau de Stephen King, 6h de règles de base: ...
J’ai enfin, après les nombreux appels du pied que me faisait ce programme depuis mes plus jeunes années, consacré une demi-journée à cette culte expérience: m’immerger dans le Fléau de Stephen King, mis en scène pour la télévision en 1994 par Mick Garris en quatre parties d’une heure et demi environ chacune. L’histoire du début de la fin et du renouveau d’un début à partir d’un simple mais universel contrevenant aux règles qui ne ferme pas la grille et laisse s’échapper une épidémie à nulle autre pareille.
D’abord, et comme toujours, il est indispensable de regarder ce grand film en VO. On y retrouvera, martelé comme une litanie puissance, cette expression : the stand. Tenir debout, résister, se lever, se trouver contre, se tenir ensemble, nos sous-titreurs peinent et pourtant : the stand, point barre. Pourquoi titrer en français Le Fléau ? Parce que c’est le point de départ, certes, mais enfin, La Resistance, comme l’ont osé les compères Muse récemment, aurait autrement claqué. Le Fléau indiquerait que celui-ci est central et prend le dessus, que nenni. Il se fait salement dépecer au contraire, par ces 0,5% de survivants, réunis dans la Free Zone au cœur du Colorado et bien décidés à en découdre avec ces 0,5 % (si j’ai bien compté cependant) de survivants réfugiés à Las Vegas sous l’égide d’un apostat de l’Enfer qui a le même coiffeur que Meat Loaf (et le même styliste, méfions-nous des rockers, bonnes gens).
Casting fort sympathique, qui permet de profiter en long large et travers du très adorable Gary Sinise (avant que celui-ci ne fasse une violente dépression le conduisant sur les plateaux de la morte et froide série des Experts à Manhattan, il lui arriva de jouer dans de bons films, le plus marquant à mon sens restant Of Mice and Men accompagnant l’époustouflant Malkovitch qui me fit verser toutes les larmes de mon corps), qui permet aussi de redécouvrir l’appétissant Rob Lowe en jeune sourd-muet, le rare Parker Lewis, pardon, Corin Nemec, Jamey Sheridan en devil himself (Christopher Walken ayant malheureusement décliné) et ses lentilles qui brillent dans la nuit, Ray Waltson, Ed Harris (trop bref) en général citant Yeats, probablement gay, assurément dépassé, et la vénéneuse Laura San Giacomo aux cheveux blanchissant à mesure qu’elle se rapproche du mal (bon à savoir, excellente campagne de prévention pour bon nombre de coquettes). On croisera également Stephen King bien sûr, mais aussi John Landis, Kathy Bates, Sam Raimi… et l’on regrettera Romero, précédemment prévu, aux commandes de cette vaste et bénie entreprise.
Attention, rien n’est subtil ici. Il s’agit de réviser son catéchisme accompagné de la meilleur bande-originale d’Americana so far, aux envolées country épique (un concept percutant) sur des paysages désolés, jonchés de cadavres, de grands espaces de putréfaction maintenant quelques hommes en Levi’s debout, l’Amérique éternelle.
Tout est là. L’épopée est servie à grand renfort de travelling et de montage oldschool, tellement efficace. Magnifiques plans à l’esthétique Bon Jovi, les corbeaux sur les boîtes postales branlantes, les jeunes filles nombril à l’air et thé glacé aux lèvres gambadant dans le jardin envahissant les bow-windows, les grilles « No trespassing » dans le désert, les mirages de chaleur derrière des bikers empressés de fuir la Mort. L’épouvantail maléfique dans le champ de maïs où pullulent les rats. Une sage centenaire sur le perron. Un prophète.
Tous les états sont traversés, et il ne s’agit nullement d’une métaphore. Les élus, appelés en rêve par Mère Abigail, se rendent dans le Nebraska puis le Colorado immunisés par la grâce contre une grippe farouche tuant en quelques heures la presque totalité des Américains sur lesquels il faut toujours que cela tombe. New York ne répond plus, et les plans de la Grande Pomme pourrie sont simplement mémorables. De son côté, le diable choisit les siens et monte son armée à Las Vegas (très drôle, non vraiment, très drôle). Les pyromanes et les tueurs récidivistes, les sombres brunes (toujours les brunes) d’un côté, les belles des champs (blondes, donc, je ferai mine de ne pas m’en offusquer encore), les retardés, les rednecks au grand cœur, les musiciens (quel défaut d’appréciation étrange !), les surdoués (futurs Judas, bien sûr) de l’autre. Et tout ce beau monde de tenter de décider pour l’autre. Triomphe du bien, ouf, pour une fois depuis longtemps (ce n’est certes plus la mode). Des charniers, un coup de Bombe A, pour le geste. Tout-va-bien, vous dis-je.
La solidarité, l’anarchie, l’amour, la trahison, la rédemption, mais-que-fait-la- polis, la lutte, et la procréation finale pour un nouveau et retentissant départ, tout est là. (Inutile de préciser que la petite s’appellera Eve, mais enfin, lorsque l’on sait ce qu’il advient d’Eve, pas de quoi se féliciter).
Oui, mais justement. Treize ans d’adaptation auront été nécessaires à ce cher et inégal Stéphane Roi pour enfin développer sa vision en panoramique large, grand clip des Gun’s and Roses, au message si pur (très souvent imbécile, donc, tant la frontière est mince), si profondément attaché à une image belle et vide, peignant cette impressionnante fresque post-apocalyptique de synthèse transpirant de fébriles et insensés élans. That’s entertainment, folks. That’s America. Et je me laisse absorber sans plus aucune conscience du temps, traversée d’un frisson incrédule quoique légèrement envieuse lorsqu’une communauté regroupée après l’Apocalypse (évidemment, what else ?) se lève et entame en chœur non pas Amazing Grace (une jeune fille en deuil s’en charge un peu avant), mais l’hymne, oui, l’hymne national, car il restera des patriotes, des vrais, pour lutter contre ces fascistes de rockers narcissiques et lubriques. Nous sommes sauvés !
Oui, mais quiconque connaît un peu le pays sait que c’est cela, l’Amérique. On l’aime ou on la quitte.
Séduction facile et gratuite du Mal. Représentation de l’abject sous les néons. Folklore et magie blanche. Buffy et Twilight peuvent embrasser leurs parents. Nombreux enseignements. Levez-vous, résistez ! Brisez les mauvaises icônes, et si vous devez boire, Dieu enverra la pluie. Pour qu’une communauté se reforme, il est nécessaire de faire confiance à son comité et sa première cellule : le renseignement. Logique. Subissez, souffrez, marchez dans le désert, aidez-vous, mais aimez-vous les uns les autres, nom de dieu, depuis le temps qu’on vous le dit. Votre homme est mort ? Vous portez son enfant, alors qu’importe, une femme est mère avant d’être épouse. Tout est effacé. Les faibles d’esprit reconquièrent leur royaume. Les hommes aiment leur chien et boivent des bières. Les hystériques sont habillées comme Cindy Lauper. L’on préfèrera la défenestration à la délation. La contraception n’existe pas et l’enfant naît au premier rapport. Le Diable écrase des cafards sous ses santiags en croco. Les morts parlent aux vivants pour leur indiquer la pharmacie la plus proche. Quelques exceptionnelles images du Kansas, du Maine, du Nevada où pourrissent tranquillement les Judas.
Je n’ai rien vu d’aussi plaisant depuis ma dernière visite à Disneyland.