Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 18:38

 

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« Mais revenons à ce que nous disions plus haut, qu’il faut, quand on se met à être cynique, commencer par censurer sévèrement ses propres défauts et se les reprocher sans aucune indulgence. On doit s’interroger le plus exactement possible pour voir si l’on est trop enclin à la bonne chère, si l’on a besoin d’un lit bien mou, si l’on est sensibles aux honneurs ou à la gloire, si l’on aime se faire remarquer, et si toutes ces vanités semblent pourtant précieuses. Que le cynique ne se conforme pas aux mœurs de la multitude, qu’il ne touche pas aux plaisirs même du bout des doigts, comme l’on dit, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à les fouler aux pieds : alors, si l’occasion s’en présente, rien ne l’empêchera d’y goûter. Ainsi, nous dit-on, les taureaux qui se sentent faibles, s’isolent parfois du troupeau et paissent à part, pour essayer leurs forces pendant quelque temps, puis ils reviennent défier les anciens chefs de bande et se mesurer à eux pour s’assurer la supériorité dont ils se croient plus dignes. Ainsi, quand on veut être cynique, il ne suffit pas de prendre le manteau, la besace, le bâton et la chevelure, et de marcher dans un village où il  n’y a ni barbier ni maître d’école, mal peigné et illettré ; il faut avoir pour bâton la raison, pour besace cynique la constance, vrais attributs de la philosophie. On aura son franc parler quand on aura montré tout ce qu’on peut valoir. »

 

L’Empereur Julien, Contre les chiens ignorants, in Œuvres complètes, trad. E. Talbot, Plon, 1863, p 175.

Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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