Partager l'article ! Avant d'écrire... (considérations):   ...
Un roman... je ne saurais pas. Et puis, je n'ai pas assez de diplômes.
Des mémoires ? Plutôt une mémoire, bancale et déjà fragmentaire, elliptique, insincère. Il faudrait alors imaginer une réunion où seraient convoqués tous ceux qui m’auront composée. Mais vous, vous serez à mille lieues derrière moi. Si vous voulez que je vous entende, que je vous laisse me composer un brin, vous marcherez plus vite.
Et puis vous mettriez deux heures à lire ma vie quand j’aurais mis tout ce temps déjà à la vivre, à tenter de la saisir, de la regarder, d’y comprendre quelque chose. Prêtez attention à ces gouffres. Il ne reste plus jamais rien pour moi, ensuite, rien, sachez-le, une fois lue et refermée je suis vide, année zéro, et je dois repartir. C’est toujours la dernière note, le dernier mot. C’est toujours la fin.
C’est comme une scène ici, je ne sais pas faire autrement. Une grande salle vide et froide et en son centre une scène nue. J’y suis. J’attends. Je vous raconte quelques bricoles et alors ? J’aurai parlé en transe, encore, pour quatre personnes qui sourient, deux qui s’agacent, et toutes qui n’écoutent jamais. Quelques claps dans une salle rallumée à la hâte, aux ampoules qui grésillent, oui mais j’aurai parlé, assurée qu’à ma voix si violemment lancée, ne fût-ce que pour les dieux, ne fût-ce que pour le vide, aucun silence insolent n’aura osé répondre mais ce silence imputrescible de la concorde du triste, du passager, du lien. J’aurais été remplie tout ce temps de l’écho qui me demande d’écouter mes ratures, mes envols qui s’écrasent, mes appels en miroir. J’aurais été remplie encore de vos regards furtifs, étonnés, égarés. J’ai écrit pour l’amour. J’ai parlé pour me taire, ne riez pas, oh, mais si, bien sûr que vous pouvez. J’abuse moi-même souvent de ce stérile artifice. Pourtant, j’aurai parlé pour me taire ; rien à foutre des rictus planqués. J’aurai parlé pour vivre, ensuite, dénuée de douleur fautive, attentive, ravie, ailleurs. Simplement pour tenir debout, portée par une colonne d’air substituée aux os rompus, broyés, et émiettés de celle qui s’élève sans discipline aucune que celle de ses tuteurs de papier.
J'imagine que je pourrais tout autant m'inscrire dans un club de tir, ou de plongée.
Tout le monde écrit.
Fais chier, tiens...