Partager l'article ! Atlas haussa les épaules. Extrait d'égoïsme vertueux.: « Vous qui ne vous laissez pas impre ...
« Vous qui ne vous laissez pas impressionner par les forces de la nature, vous qui n’avez de cesse, au contraire, de la conquérir, pour la mettre au service de votre bonheur et de votre confort, jusqu’où vous faites-vous exploiter par les hommes ? Vous qui savez, par votre travail, que seul celui qui accumule les échecs mérite une sanction, pourquoi endurer tout cela ? Pourquoi ? Ce ne sont pas vos défauts, mais vos plus grandes qualités qui vous valent d’être attaqué. Ce ne sont pas vos échecs qui vous valent d’être détesté, mais vos succès. On vous méprise pour ces qualités qui sont les vôtres et dont vous tirez la plus grande fierté. On vous traite d’égoïste parce que vous aviez le courage d’agir selon votre jugement et d’en accepter toute la responsabilité. On vous a accusé d’arrogance en raison de votre indépendance d’esprit. On vous a taxé de cruauté parce que vous avez témoigné d’une totale intégrité. On a qualifié votre conduite d’antisociale parce que vous regardiez loin devant vous et que vous vous aventuriez sur des routes inconnues. On vous dit sans pitié à cause de l’énergie et de la discipline personnelle dont vous avez fait preuve pour atteindre votre objectif. On vous a traité de requin parce que vous avez la merveilleuse faculté de créer des richesses. Vous qui avez toujours déployé une incroyable énergie, on vous a traité de parasite. Vous qui avez créé l’abondance, là où, auparavant, il n’y avait rien que déserts et famine, on vous a traité de voleur. Vous qui avez procuré à tant d’individus de quoi subsister, on vous a traité d’exploiteur. Vous, l’être le plus droit, le plus pur, vous avez été méprisé comme un « vulgaire matérialiste ». Leur avez-vous demandé : de quel droit ? En vertu de quelles règles, de quels critères ? Non, vous avez tout enduré en silence. Vous avez subi leurs lois sans même essayer de défendre vos principes. Vous aviez ce qu’il fallait de droiture pour produire le moindre clou, mais vous les avez laissés vous taxer d’immoral. Vous savez que l’homme, dans ses rapports avec la nature, doit impérativement respecter certaines règles, mais vous les avez crues inutiles dans vos rapports avec les hommes. Vous avez laissé les armes les plus dangereuses aux mains de vos ennemis, des armes dont vous ne connaissiez même pas l’existence, auxquelles vous ne compreniez rien. Ces armes, c’est leur code moral. Réfléchissez à tout ce que vous avez accepté. Réfléchissez au rôle des principes dans la vie d’un homme. Demandez-vous s’il peut vivre sans principes moraux. Et demandez-vous ce qu’il advient de lui s’il accepte de faire fausse route, au point de confondre le bien et le mal. Voulez-vous savoir pourquoi je vous attire, même si vous pensez que vous auriez dû m’envoyer au diable ? Parce que je suis le premier à vous avoir donné ce que le monde entier vous doit, ce que vous auriez dû exiger de tous les hommes avant d’entrer en relation avec eux ! La reconnaissance de votre valeur morale. »
[…]
« Monsieur Rearden, continua Francisco, solennel et calme, si vous voyiez Atlas, le géant qui porte le monde sur ses épaules, si vous le voyiez devant vous, du sang coulant sur sa poitrine, ployant sous son fardeau, les bras tremblants, mais essayant encore de porter le globe avec ses dernières forces, que lui diriez-vous ?
– Je… je ne sais pas. Qu’est-ce… qu’il pourrait faire ? Et vous, que lui diriez-vous ?
– De se libérer de son fardeau. »
Ayn Rand, La Grève, Les Belles Lettres, 2011, p 460-62.