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À Anne-Angélique M.-Z.
Sur le bas-côté de la route l’herbe semble roussie, le paysage est lourd et lent, mouillé. J’entends le souffle un peu plaintif de l’homme devant moi, qui vient de me donner ses gants, trop grands, afin que je ne blesse pas mes mains sur l’anse rouillée du seau en fer, vide, pour l’heure. Nous marchons depuis plusieurs minutes qui semblent interminables. Il se retourne vers moi, dans son grand pull de laine, une barbe de quelques jours et les cheveux en bataille, l’œil étrangement brillant. Il sent très fortement l’alcool. Le froid nous gifle depuis un moment.
« Vous verrez, me dit-il, là-bas, cela coule sans discontinuer. On peut y boire tout le temps. »
Je m’arrête et le sonde profondément, sans éviter le pire logé derrière ses yeux.
« Vous allez être un homme très malheureux. »
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