Partager l'article ! Repères stoïques à l'usage des perdus dans l'Espace: « Mortels, vous vivez comme si vous deviez toujours vivre. Il ne vous souvient ...
« Mortels, vous vivez comme si vous deviez
toujours vivre. Il ne vous souvient jamais de la fragilité de votre existence ; vous ne remarquez pas combien de temps a déjà passé ; et vous le perdez comme s’il coulait d’une source
intarissable, tandis que ce jour que vous donnez à un tiers ou à quelque affaire est peut-être le dernier de vos jours. Vos craintes sont de mortels ; à vos désirs on vous dirait
immortels. »
Sénèque, De la brièveté de la vie.
« Des choses les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous.
Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions, en un mot tout ce qui est opération de notre âme ; ce qui ne dépend pas de nous , c’est le corps,
la fortune, les témoignages de considération, les charges publiques, en un mot tout ce qui n’est pas opération de notre âme. […] Ainsi à toute idée rude, exerce-toi à dire aussitôt :
« Tu es une idée, tu n’es pas tout à fait ce que tu représentes . » Puis examine-la, applique les règles que tu sais, et d’abord et avant toutes les autres celle qui fait
reconnaître si quelque chose dépend ou ne dépend pas de toi ; et si l’idée est relative à quelque chose qui ne dépend pas de nous, sois prêt à dire : « Cela ne me regarde
pas ».
Epictète,
Manuel.
« Le temps que dure la vie de l’homme n’est qu’un point ; son être est
dans un perpétuel écoulement ; ses sensations ne sont que ténèbres. Son corps composé de tant d’éléments est la proie facile de la corruption ; son âme est un ouragan ; son destin
est une énigme obscure ; sa gloire, un non-sens. En un mot, tout ce qui regarde le corps est un fleuve qui s’écoule ; tout ce qui regarde l’âme n’est que songe et vanité ; la vie
est un combat, et le voyageur, un étranger, et la seule renommée qui nous attende après nous, c’est l’oubli. »
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.
« Hélas ! ai-je pensé, malgré
ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »
Alfred de
Vigny
« Et moi je vais rester, souffrir, agir et vivre ;
Voir mon nom se grossir dans les bouches de cuivre
De la célébrité,
Et cacher, comme à Sparte, en riant quand on entre,
Le renard envieux qui me ronge le ventre,
Sous ma robe abrité !
[…]
Quelle vie ! et quel siècle alentour ! – vertu, gloire
Pouvoir, génie et foi, tout ce qu’il faudrait croire,
Tout ce que nous valons,
Le peu qui nous restait de nos splendeurs décrues,
Est traîné sur la claie et suivi dans les rues
Par le rire en haillons ! »
Victor Hugo