Jeudi 5 avril 2007 4 05 /04 /2007 20:04
Aujourd’hui il a le regard clair d’un matin d’après tempête. Sa myopie légère lui confère cet air inquiet mais ambitieux d’un conquistador en quête perpétuelle de continent. Il ne parle pas, il scrute. Il ne m’écoute pas mais retient tout.
« Je vais mourir bientôt », lui dis-je, « Je le ressens, comme une vague incessante qui m’enroule dans ses bras de trop. Je me désagrège, je me parsème de cheveux blancs et je n’ai pas trente ans, je suis manipulée par des attaques sournoises qui viennent de mon propre camp, et je commence à fatiguer, c’est vrai. Il vont abattre le géant, je vais mourir te dis-je, c’est inquiétant. »
Dans un silence il me répond « Mais non, c’est impossible. »
Je continue pourtant à recenser sous mes doigts froids les parties qui déjà ne frissonnent pas. Je le sens bien pourtant, moi, et ce n’est pas un drame. J’ai tout vécu trop vite, je peux tasser c’est sûr, mais plus rien ne me vient. Je crois que je prépare mon lit, le dernier, près de lui, pourquoi pas. Avec lui dans mes mains, je n’ai plus peur de rien. Mais je voulais prévenir.
« Toi, » lui dis-je, « tu ne mourras jamais. Tu es si bien ancré, si trempé dans la lame, rien ne vient t’affecter les nerfs ni l’organe. Mon amour invincible, tu ne plieras jamais. »
« Une chose est certaine, » répond-il, « Je mourrai avant la fin de ma vie. »

C’est sans appel.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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