Partager l'article ! Ecce Homo ! ( Weininger): Extraits de « Livre de poche », aphorismes, textes et lettres ( édités posthumes) écrits par Otto We ...
Extraits de « Livre de poche », aphorismes, textes et
lettres ( édités posthumes) écrits par Otto Weininger et rassemblées par Pierre Dehusse et Artur Gerber.
Otto Weininger est surtout retenu pour son antisémitisme, son homophobie et sa misogynie. Malheureusement moins pour ses travaux exceptionnels sur la psychologie et son sens acerbe de la « compréhension » des individus. C’est un homme animé par le « Bon », plus enclin à critiquer des types d’individus comme les femmes (qui peuvent être des hommes donc) ou les vaniteux que des groupes entiers et ce sans discernement. Acide et vif surtout envers lui même, honteux d’être né juif, on peut constater qu’il nourrissait envers la sexualité une fascination empreinte de crainte. « Né avec la culpabilité » comme le dit Strindberg, il se donne la mort d’une balle en plein cœur, à 24 ans, dans la maison où mourut Beethoven, afin d’éviter lui même de tuer, de ses propres aveux.
*
« Il n’y a que la psychothérapie ; je ne parle pas de cette psychothérapie déficiente que nous connaissons aujourd’hui et qui agit de l’extérieur, où la volonté exogène d’un « suggesteur » doit accomplir ce pour quoi l’individu est trop faible ; je ne parle pas d’une psychothérapie hétéronome mais d’une hygiène et d’une thérapie autonome où chacun établit son diagnostic et devient du même coup le thérapeute. Chacun doit se soigner lui-même et être son propre médecin. S’il le veut, Dieu l’aidera. Sinon personne ne l’aidera. »
*
« Le maître du chien est celui qui n’a rien de cynique en lui. Voilà pourquoi il a un chien. Sa part cynique est à l’extérieur. »
*
« L’homme vaniteux est hautement susceptible. Car s’il ne voulait pas qu’on le regarde, on ne lui porterait même pas un regard. »
*
« Le problème de l’individualité est le problème de la vanité. C’est une conséquence de la vanité qu’il y ait de nombreuses âmes. Le criminel est vaniteux car il est animé du désir de singularité. Besoin de spectateur, de théâtre, de pose. Voilà pourquoi naît l’homme second. Voilà pourquoi le criminel est homosexuel. »
*
« Comment finalement pourrais-je reprocher aux femmes d’attendre l’homme ? L’homme ne veut d’ailleurs rien d’autre qu’elles. Il n’y a aucun homme qui ne se réjouirait pas d’exercer un effet sexuel sur une femme. La haine contre la femme reste, toujours et encore, une haine non surmontée contre sa propre sexualité. »
*
Lettre de Strindberg à Artur Gerber après la mort de Weininger :
« Cher professeur,
Quel homme étrange et mystérieux, ce Weininger !
Né avec la culpabilité, comme moi ! Je suis en effet venu au monde avec la mauvaise conscience ; surtout avec la crainte, la peur des hommes et de la vie. Je crois maintenant que j’ai fait du mal avant même d’être né. Ce que ça veut dire !? Seuls les théosophes ont le courage de donner la réponse.
Comme Weininger, je suis devenu religieux par crainte de devenir un monstre. Moi aussi j’ai idolâtré Beethoven, j’ai même fondé un Club Beethoven où l’on ne joue que du Beethoven. Or j’ai remarqué que les gens que l’on dit bien ne supportent pas Beethoven. C’est un homme fatal, inquiet, qui n’a rien de céleste – supraterrestre, certainement.
Le destin de Weininger ? Oui, a-t-il trahi les mystères de Dieu ? Volé le feu ?
L’air était trop épais pour lui ici-bas. Est-ce pour cela qu’il a étouffé ?
La vie cynique était-elle pour lui trop cynique ?
Le fait qu’il parte montre pour moi qu’il avait parfaitement le droit de le faire. Sinon, une chose pareille n’arrive pas.
C’était écrit.
Votre
August Strindberg.
Stockholm, 8 décembre 1903”
*
Extrait de Cioran sur Weininger :
“ Chez Weininger me fascinaient l’exagération vertigineuse, l’infini dans la négation, le refus du bon sens, l’intransigeance meurtrière, la quête d’une position absolue, la manie de conduire un raisonnement jusqu’au point où il se détruit lui même et où il ruine l’édifice dont il fait partie. Ajoutez à cela le culte de la formule géniale et de l’excommunication arbitraire, l’assimilation de la femme au Rien et même à quelque chose de moins. »