Jeudi 23 novembre 2006 4 23 /11 /Nov /2006 19:41


Dès ses 12 ans, le Mexicain Enrique Metinides (1934) s'initiait à la pratique de la photographie en fixant des images de voitures accidentées avec l'appareil que son père lui avait offert. Il n'a depuis cessé de se documenter sur le thème des catastrophes qui mêlent malchance et négligences humaines. C'est en majeure partie dans le cadre de la structure urbaine de Mexico qu'il a immortalisé tremblements de terre, inondations, feux... Le travail de Metinides frappe par son intelligence de la composition, son obsession de la catastrophe, sa capacité à donner forme au désordre
. (source : www.crousel.com)

 
Enfant, Enrique Metinidès avait tout d’un grand. A 12 ans, le gamin se faufilait déjà dans les ambulances de la Croix-Rouge. « Personne ne se préoccupait d’un gosse, même avec un appareil photo. Je suis devenu le plus jeune reporter de la ville. Et l’un des mieux payés dès que j’ai eu 14 ans. Le matin, je photographiais des morts ; l’après-midi j’allais à l’école. J’avais aussi une passion : je découpais des photos d’accidents ou d’incendies dans les journaux et j’en faisais des albums. » Bilan d’une carrière bien remplie : quelque 14 000 clichés. Cinq fois, Metinides s’est cassé les côtes, il ne compte plus les fractures subies dans le feu de l’action mais, à 72 ans, il préfère au récit de ses accidents le registre de l’humour. Noir, évidemment.  «  Un jour, raconte-t-il ainsi, trois femmes avaient été sauvagement assassinées. A l’intérieur de la maison du crime, il y avait un perroquet. Il m’amusait et je l’ai pris en photo. Le lendemain le journal titrait « Voilà le seul témoin du crime ! »
(source : Match du Monde, Mexique, juillet-août 2006)


On ne s’étonnera pas de ne trouver que si peu d’éléments sur Metinides dans la presse de monde, encore moins artistique, ce photographe mexicain soulevant une controverse vieille comme le monde sur la place de l’art et ce qu’elle peut ou non montrer, exploiter. Il existe une véritable fascination pragmatique pour me permettre cet oxymore hasardeux, dans la culture du Mexique. La Mort, souvent personnifiée par superstition ou familiarité, est omniprésente et n’est pas aussi taboue que dans nos sociétés aseptisées européennes. Il ne s’agit pas de la louer et de la souhaiter, mais de la montrer telle qu’elle se présente : tragique, cocasse, absurde, accidentelle, provoquée, à grande échelle ou réduite au drame individuel.



Rien de bien nouveau somme toute, sauf peut-être ce regard presque surnaturel par sa présence systématique dans les premières secondes où la mort survient, cette absence de mise en scène (il ne touche jamais les corps, bien entendu) et pourtant cet ultime hommage à des faits divers qui pour une fois, et n’en déplaisent aux analystes pudiques et aux journalistes lambdas de la rubrique sensationnelle, prennent visage humain, et révèlent une histoire. La différence entre le morbide et le sordide, en d’autres termes…je voulais donc lui rendre ce petit hommage en choisissant quelques uns de ses clichés les plus « parlants », et réhabiliter progressivement un regard frontal et honnête (et non racoleur et nauséabond) sur une mort banale : la nôtre.

Publié dans : Inadmissible ! : les privés d'autorité
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