Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 17:29

Il est 18h30, Christian Poveda n'est pas mort depuis 24h au Salvador que déjà Mr Anonyme de la France Glorieuse salit sa dépouille avec la complicité glacée de l'Express qui ne sait même pas qui était M. Poveda, mais ouvre ses commentaires, des fois que quelqu'un le lui dise. Pas moi en tout cas, car je n'en sais foutre rien, tant ces bourdonnements de mouches à merde m'empêchent d'accéder sereinement à un peu de profondeur.
Tout va bien.
Alors voici la réaction immédiate et stupide de l'internaute que je suis à la réaction immédiate et stupide d'un internaute dont je ne veux plus rien savoir après cela (
voir Storytelling, décidemment), pour l'équilibre du Chaos, avant que la Toile ne finisse (voeu pieux), par s'effondrer de tant d'immondices non-recyclables.




Je suis encore une fois complètement abattue de crouler sans cesse sous les témoignages abominables de la nullité consternante de nos chers internautes (je fais l'économie d'une majuscule, il ne manquerait plus que cela), de nos chers compatriotes, donc, puisque 50 millions ou presque d'entre nous se trouvent à présent connectés.
Et me trouve tellement affligée de cet énième exemple de crasse intime, doublée d'un creux qui ne demande surtout pas à être comblé, tant le vide lui permet de s'entendre dire de telles conneries, et de se féliciter chaudement de ces jeux de gorges.
Encore une fois, le cher con-necté peut donner son avis sur tout et tout de suite et il ne va pas s'en priver, avec la complicité de tous ces journalistes formidables qui non contents de troquer l'investigation contre la répétition mot pour mot d'une dépêche AFP, se déchargent d'avoir à commenter une information somme toute bien triste, qui est la mort de ce Christian Poveda.
Non, je n'avais jamais entendu parler de M. Poveda jusqu'à cette minute même où j'en apprends la mort. Documentariste, il voulait visiblement donner un peu d'humanité à l'image que se font nos abrutis des forums de la guerre des gangs au Salvador. Il a été abattu dans l'exercice de ses fonctions, ce qui est déjà sinistre, et bien décourageant.
Mais je crois qu'il y a pire que cette mort, pire que les gangs qui déferlent un peu partout sur le globe, pire que la violence furieuse de quelques animaux en groupes, il y a bien pire, je vous l'assure.
Il y a ce connard dans son canapé, qui n'a rien d'autre à foutre que de traîner sur le site de l'Express un jeudi après-midi (pour ma décharge, je recherchais de plus amples informations sur ce Monsieur Poveda en attendant un hypothétique client pour mes humanités - autre voeu pieux) pour y déverser sa suffisance fumeuse et criminelle: "En même temps, c'est triste, mais il l'avait bien cherché."
Lisez-le pour le croire.
Et une fois n'est plus coutume mais tend à le devenir, je clique à mon tour, vainement, avec toute l'énergie que me confère pendant deux minutes, ce désespoir, je clique donc sur "Signaler un contenu abusif", étant bien entendu que personne ne comprendra pourquoi, je réagis malgré tout comme je peux pour tenter sans trop y croire d'équilibrer la Toile d'un contrepoint inutile mais que je ne veux contenir une seconde de plus.
J'ai pour moi une sincérité dont il faudrait que je rougisse, mais je ne rougis pas. J'ai pour moi des entrailles humaines qui n'autorisent pas le calme face à un homme que j'aurais volontiers giflé s'il s'était trouvé en face de moi, au nom des hommes, ceux qui restent déconcertés par tous ces obcordés, de tous ceux qu'il insulte de son indécente incapacité à compatir, ou à fermer sa gueule, ce qui est tout de même la moindre des choses, alors même que l'enterrement n'a pas eu lieu. Trouverait-il ce courage minable de décréter méritée la mort de cet homme, dans l'écho de la chapelle où sera célébrée l'office mérité du défunt ?

Puisque les incontinents sont tous des cons, alors moi aussi je décide de me pisser dessus, c'est le seul langage qu'ils comprennent, ils ne sont pas seuls, non, au Royaume de la cohue qu'est cet infernal carnaval d'opinions des médiocres.

Il y a des balles de gang qui se perdent. Et ça, c'est un scandale.





Publié dans : Sortir de l'antre: Le monde extérieur
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