Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /Juil /2009 10:35

« Il faut lire Quintilien, il est l’auteur essentiel, unique, indépassable pour  la construction d’un homme, d’un humaniste. Il éclaire vos pressentiments intimes, en formulant clairement vos évidences, en argumentant l’essentiel : la nécessité de l’éducation, l’art rhétorique, le maniement des sentiments. Il vous offre les structures mentales, les fondements pour une pensée claire et puissante que l’enseignement actuel peine à transmettre, que l’autodidacte perd trop de temps à chercher. Il accélère vos pas vers la connaissance. »

Une cliente, recherchant dans un tome un passage sur les nourrices, et en échange d’une question malhabile de ma part (mais Quintilien n’a-t-il pas écrit que du droit ?) vient de me vendre l’Institution oratoire. Je m’incline, et lui serai éternellement reconnaissante de m’avoir extirpée de mon immobilisme intellectuel qui consistait depuis quelques temps à regarder ma bibliothèque avec angoisse, incapable de choisir le prochain opus à lire. C’est chose faite.

« Quand vous ne savez plus vers quelle source écrite vous tourner, si vous avez peur de perdre du temps dans les mauvaises pages, me dit-elle encore, faites des fiches. Je ne vous parle pas de ces listes inutiles de citations thématiques, car la culture ce n’est pas répéter mais intégrer. Je vous vois bien vous asseoir à une table et écrire un mot sur une page, par exemple « Vérité », ou « Amour ». Vous l’inscrivez en haut à droite, pour classer ensuite vos notes alphabétiquement. Puis vous déroulez, sans vous référer à des ouvrages en particulier, des phrases personnelles de ce que vous savez de façon certaine de ce mot, de cette notion. Ensuite, vous vous relisez et vous finissez par inscrire dans un encadré en bas les sources littéraires dont vous pensez qu’elles vous ont certainement inspirées, même sans en être certaine. Alors vous vous constituez un dictionnaire de vos valeurs, de vos savoirs, que vous faites évoluer, que vous interrogez ou remettez en question. De vous voir ainsi classée et écrite, vous vous connaîtrez mieux, et saurez mieux vers quels auteurs vous tourner, et à quel moment. »

J’en prends bonne note. Pour ces rencontres fortuites, généreuses et spirituelles, un vendredi pluvieux, alors que Jean-Pierre Chevènement, silencieux mais attentif lui aussi à la leçon de rangement de sa tête que me prodigue mon invitée mystère, est en train d’hésiter entre les livres qu’il va choisir, je peux saluer le métier que j’exerce.

Conseil de lecture : la table des matières des 12 livres de l’Institution oratoire, de Quintilien donc, pour s’émerveiller de ce qu’on va trouver comme trésors enfouis sous un titre austère.



Quelques extraits :

Livre I : L’éducation à la maison est-elle plus utile que l’éducation publique ? – Si la connaissance de plusieurs arts est nécessaire au futur orateur.

Livre II : Moralité et devoirs du précepteur – Les leçons de mémoire – Quelles sont les limites de la technique.

Livre III : Origine de la rhétorique – De l’éloge et du blâme

Livre V : Des on-dit et des bruits publics

Livre VI : De la péroraison – De l’altercation

Livre VIII : De la clarté – De l’ornement

Livre X : Comment corriger – Comment s’acquiert et se maintient la facilité d’improvisation

Livre XI : Comment parler avec convenance ?

Livre XII : L’on ne peut être orateur si l’on n’est homme de bien – L’orateur doit connaître la science qui forme le caractère moral – La connaissance de l’histoire est indispensable à l’orateur.

(L’intégralité de la vue d’ensemble de l’ouvrage se trouve dans le tome 7 de l’édition des Belles Lettres.)

 

Publié dans : La vie de libraire (brèves)
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