Les Sentences de Pseudo-Phocylide forment un étonnant petit recueil. Bribes d’un sens commun majoritairement toujours partagé quelques 2500 ans plus tard, elles opèrent comme une piqûre de rappel d’une nature humaine dont on peine souvent à retrouver les contours.
On y apprend en une demi-heure (concept antique fort agréable du fast-book : dose de culture à injection rapide, lecture en portions individuelles pour soulagement immédiat) les bases d’une âme bien faite, pure et sereine. Il s’agit d’appliquer des préceptes pragmatiques très loin de toute métaphysique : car le bonheur, et ce Bien qui n’est pas la monopole du christianisme, c’est apprendre à vivre ensemble et maintenant. Simple et clair n’est-ce pas ? Comme l’eau des sources. À vos bouteilles.
Aie pitié des naufragés, car la traversée est incertaine,
À qui tombe, tends la main, sauve l’homme sans secours.
Que les immigrés reçoivent les mêmes honneurs que les citoyens ;
Car tous, nous risquons d’éprouver la pauvreté errante,
Et la terre n’a point de lieu sûr pour les hommes.
Un cœur qui s’insinue engendre une folie funeste.
L’homme trop conciliant passe pour un sot auprès de ses concitoyens.
Mieux vaut recevoir promptement son hôte à une table sans apprêts
Que de le faire trop attendre avec d’abondants artifices.
Se plier aux circonstances, ne pas souffler contre les vents.
À son début couper le mal et panser la plaie.
Ne partage pas le lit des concubines de ton père.
Ne pas gagner de ta sœur la couche abominable.
Ne pas entrer dans le lit des épouses de tes frères.
Que la femme ne détruise pas l’enfant qui se forme en son sein,
Et une fois né ne le jette pas en pâture aux chiens et aux vautours.
Sur ta femme enceinte ne lève pas la main.
Ne pas aller t’unir à des animaux.
Respecter les cheveux blancs ; céder aux gens âgés le siège et tous les privilèges ; au vieillard d’égale naissance et de même âge que ton père, accorde les mêmes honneurs.
La pureté est une purification de l’âme et non du corps.
Tels sont les mystères de la justice ; en vivant ainsi, puissiez-vous mener une vie heureuse jusqu’au terme de la vieillesse.
Pseudo-Phocylide, Sentences, Les Belles Lettres, 1986.