Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 22:45



La Ménagerie du Jardin des Plantes recèle un trésor encore bien gardé, aussi fascinant qu’une relique d’un temps perdu, inaperçue sous la boue des futures structures en miettes.

Wayne, petit miracle de son espèce presque disparue, la panthère de Chine, est né en captivité en janvier dernier. Pourquoi y prêter cette attention, sans cesse mise à mal par la gangrène cynique des intouchables ? Parce que déjà, se reproduire en captivité, c’est assumer ses nouveaux cadres, les dépasser, s’y trouver suffisamment bien pour envisager d’y créer une progéniture, ce qui est très loin d’être chose commune dans le règne animal.

Parce qu’observer Wayne, derrière sa paroi de plexiglas, protégé malgré lui des dangers de la brousse, heureux comme on voudrait projeter qu’il le soit parce qu’il court dans les branches et joue avec la queue de sa mère excédée, nous en dit long.

 L’éthologie est une pratique difficile, malmenée, à mi-chemin entre la psychanalyse et la biologie, ne choisissant jamais son camp, et pour cela suspecte et jamais prophète en quelque pays que cela soit. Boris Cyrulnik sillonne les plateaux télé pour nous assurer de la nécessité d’observer une humilité digne face aux comportements animaliers. Cesser de les bêtifier en trouvant leur monde merveilleux, et en enviant la quiétude du fauve au soleil, mais apprendre de leur incroyable résistance et force de survie dans un environnement majoritairement hostile et dangereux.

Et puis tenter de mettre en place une histoire du lien universel, en dehors-même de toute spiritualité mais comme une harmonie primitive, comme déterminisme profond, celui d’être cet animal social, celui qui ne peut survivre sans ses attaches, et s’il les perd, lèche ses blessures et réintègre la meute.

Observer Wayne, enfin, rend heureux. Autant qu’il projette qu’on le soit, riant aux éclats derrière notre paroi de plexiglas, tirant les jupes de nos mères excédées. C’est une euphorie profonde, et durable que d’arrêter le temps devant la cage aux fauves, éblouis par leur pelage, leur magnifique grâce puissante, se sentir ému et béat devant un petit panthère espiègle et insouciant de toute l’insouciance qu’il peut enfin se permettre, assuré de n’être, derrière sa paroi, jamais menacé.

Publié dans : Les inattendus
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