Partager l'article ! Lantana: la fleur sous l'épine, ou l'épine sous la fleur ?: ...
Un polar noir mangeur d’âmes, une bombe de vérités pures contre les façades de la vie lisse, du grand art
venu d’Australie.
Un buisson d’épines parsemé de fleurs délicates, et sous ce lantana, un cadavre.
Premier plan. Première ambiance. Premier battement de cœur.
Et puis un personnage s’impose, au fil de plusieurs dizaines de minutes, distillant son mystère, sa confusion, où veut-il nous mener, pourquoi abandonnons-nous ce corps pour s’intéresser à lui, soudainement ? Sur un rythme surprenant de salsa, cette danse de corps qui doivent fusionner sans peut-être se connaître, nous nous retrouvons confrontés au visage multiple de ce personnage peu commun : une petite bourgade d’apparence paisible en Australie.
Et puis quelque chose se passe, enfin, diront certains, à point nommé soutiendront d’autres. Une psychanalyste dont la fillette fut assassinée deux ans auparavant disparaît un soir. L’inspecteur de la bourgade chargé de l’enquête (cet homme-montagne massif et pénétrant incarné par Anthony LaPaglia, vu dans « Salton Sea » ou encore dans la formidable série « FBI Portés Disparus »), sa femme trompée mais digne, sa maîtresse esseulée, voisine d’une famille portoricaine unie, ainsi que le mari de la disparue, l’accablé Geoffrey Rush, vont se heurter aux scandales divers révélés les uns après les autres comme autant de voiles fragiles soulevés avec délicatesse et appréhension par des doigts de fées malignes. Et tel ce corps improbable abandonné dès le début du film, le choc de cette disparition qu’on imagine tragique s’évanouit peu à peu pour nous emmener à nouveau coller la ville au corps, la disséquer, la comprendre, panser ses blessures. Tel le coup de bistouri qui libère le pue d’un abcès trop gonflé, le réalisateur Ray Lawrence (« Bliss ») cisèle sa forteresse pendant 2h, nous protégeant en douceur du racoleur nauséabond d’une enquête morbide en nous perdant dans les dédales des esprits tellement humains de ceux qui y sont confrontés.
Encore un « petit film » qui sera passé à la trappe dans la torpeur placide d'un paresseux mois d’août, sans doute à cause d’un genre trop mêlé ou d’un titre impénétrable… À rectifier de toute urgence.
Lantana, de Ray Lawrence, Australie, drame policier, sorti le 24 juillet 2002, avec Anthony LaPaglia, Geoffrey Rush.