Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 21:54



« Il s’agit d’être droit, non redressé. »

Marc Aurèle, Pensées.

 

À combien de chances a-t-on réellement droit ?

Combien de temps peut-on encore se décréter en devenir ?

Pour être patient, il faut croire que nous n’allons jamais mourir. Remettre à plus tard est une aberration, une insolence, une déraison.

Si j’échoue à rester calme,

Si je ne tiens pas une place que je ne reconnais pas, jamais,

Si j’ai l’impatience aux tripes d’accomplir quelque pas, en dehors de la sphère,

Si je n’ai pas la sagesse d’accepter mes douleurs,

Que je les défie, les rejette, m’en insurge, la politesse de mes sources noires dictant à ma surface une immobilité relative,

Mais si j’échoue, encore, à vous ressembler, à être sage,

Que mes humeurs débordent, et retentissent,

Si je veux vous tenir, vous avoir, vous sentir,

Mais que ma frayeur paralyse même mes envies,

Si les poses des imposteurs ont galvaudé des notions phares,

Qui auraient pu soulager mes défaites,

Me donner à sentir, et à dire ces merveilleuses choses,

Que je ne peux que tarir, ou bien souffrir de taire,

Si ces dernières douceurs me sont de la chaux vive,

Si je veux que maintenant, tes bras absents s’ouvrent et me serrent,

Sachant trop bien que rien de tel ne se passera pourtant,

Parce que je ne peux plus être première, irremplaçable, éternelle,

Que ta fidélité et toutes celles des sages ne peuvent m’être appliquées,

Moi la tardive, inadaptée, impure.

Si j’aspire au repli, que la mélancolie me broie,

Si je connais la fin, mais que je jure d’attendre

Si je sais que plus personne ne me prendra sous son bras,

Ne me dira que tout va bien, qu’il reste là

Si je suis trop jeune pour me résigner

Trop avancée pour reculer, ou m’extraire

Dans ce corps qui m’empêche

Atteinte et désolée

 

Suis-je perdue pour le monde ?

Va-t-il attendre qu’enfin, et encore une fois, je renaisse ?

Combien de fois, assuré de survivre, il m’a regardé me débattre, assurée de perdre mes occasions de vivre,

Terrifiée par l’immobile, manquant d’air, mais respirant de travers, épuisée de torsions inutiles.

Il m’a regardé faire.

 

Je n’en suis que plus vaine.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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