Lundi 4 août 2008
... non pas qu'il demeurent béants si longtemps, mais ils se referment si vite ! (Gombrowicz)

« Quel sorte d’homme était Wakefield ? […] De tous les maris, il avait des chances d’être le plus constant, à cause de certaine léthargie qui conservait toujours et partout son cœur au calme. Il aimait à penser, mais sans beaucoup d’énergie active ; son esprit s’absorbait dans de longues rêveries paresseuses qui ne tendaient vers aucun but, ou n’avaient la force d’en atteindre aucun ; ses pensées n’avaient que rarement la force de s’emparer de mots. Avec son cœur froid, ni dépravé ni volage cependant, et son esprit que nulle idée originale jamais ne déroutait, qui aurait pu se douter que notre ami tiendrait le premier rang parmi les excentriques ? […] Sans jamais avoir analysé son caractère, son épouse pressentait qu’un égoïsme silencieux avait laissé sa trace de rouille sur cet esprit oisif, une singulière vanité qui était son attribut le plus fâcheux, un penchant pour la ruse, qui n’avait guère eu d’effet plus prononcé que la dissimulation de secrets sans importance et qui ne valaient guère d’être révélés, et enfin, de temps à autre, ce qu’elle appelait un soupçon d’étrangeté chez son brave homme de mari. […] Il nous a laissé matière pour une réflexion, qui saura couler un peu de sa sagesse en une morale à forme humaine. Sous l’apparence de confusion de notre monde mystérieux, les individus sont si bien ajustés à un système, les systèmes les uns aux autres, et le tout ensemble, qu’à s’écarter un seul instant du chemin qui lui est tracé, un homme court le risque terrible de perdre sa place à jamais. Il se pourrait bien qu’il devienne, pareil à Wakefield, le Banni de l’Univers. »


Nathaniel Hawthorne, Wakefield,  dans Contes et récits, Actes Sud Babel.

 

 

 

 

Publié dans : Les irremplaçables
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