Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /2008 22:19



Il faut prendre garde aux effets déconcertants que peuvent avoir les influences cumulées de la moiteur tropicale dans une ville trop grande, les racines arrachées d’un Cancer, la carence en vitamine K (vu dans Dr House), l’éloignement affectif et la lecture de Bartleby, de Melville.

On aurait vite tendance à terminer immédiatement et de façon irréversible tout mouvement, dont ceux du cœur, s’en tenir à l’espace occupé par ses pieds, oublier.

Alors pour pallier aux désagréments d’une saison détestable par nature (quoi, vous n’êtes pas le coup de l’été ? Cette chaleur n’est-elle pas merveilleuse ? Le beach-volley ne vous tente plus ?), j’ai décidé obstinément, comme le rebelle d’Albert Camus, de dire non.

Je vais systématiquement opposer à chaque journée interminable et inadmissible de ce mois d’août une douceur particulière, un sursaut, une présence.

C’est ça ou le cyanure, je ne peux me permettre d’investir dans un bon poison.

Comme disait encore un grand malin, écrire ne sert à rien mais on ne peut pas faire autrement.

 

Bartleby, c’est ma petite boutade pour démarrer une série de billets. Comme contrer par avance le manque d’inspiration, l’étalement grossier et public de son incompétence graphique, le sort, messieurs, dames, contrer le sort, rien que ça.

Il est tentant de justifier l’arrêt définitif de toute production de mots gravés dans la Toile par le simple mais grandiose choix du Refus, dépouillé de toute explication. Plaider le syndrome de Bartleby, la paralysie de la transmission. La vérité, c’est qu’il est pénible d’écrire, et que l’on souhaiterait des versions nobles à notre paresse infinie de nous perturber encore, pour sortir l’exercice, lequel paraîtra couler d’une source sûre et franche.

Les gens qui écrivent sont torturés, comprenez… on a des sautes d’humeur, on a le droit de souffrir pour rien, on peut délirer sur les pouvoirs d’être, les désirs de ne pas –être et le cul de ma voisine (qui n’égale pas le mien soit dit en passant – oui l’auteur est insolent, brillant et tragique même dans ses accès sordides).

On peut cesser brutalement d’écrire, mais il faut encore que le monde entier en soit au courant.

Pourtant, entre quelques grincements, je les aime bien les obstinés du silence. Ils me fatiguent moins que tous ces agités dont j’essaye de ne plus faire partie, en rechutant considérablement et plutôt, il faut le dire, lamentablement.

Alors le voilà mon billet doux, pour ceux qui n’auraient pas encore compris mon humour ravageur et désespéré.

 

Herman Melville fait dire à son narrateur dans Bartleby, éditions Allia, page 46 , ceci :

 

« Un sentiment de prudence m’envahit. Mes premières émotions avaient été inspirées par la pure mélancolie et la plus sincère des pitiés ; mais dans l’exacte proportion où croissait dans mon imagination l’abandon de Bartleby, cette même mélancolie virait à la peur, cette pitié à la répulsion. Il est si vrai, si terrible également, que jusqu’à un certain point, la pensée ou la vue de la misère mobilise nos sentiments les plus nobles ; mais que dans certains cas, au-delà de ce point, elle cesse de les susciter. Ils sont dans l’erreur ceux qui en imputent invariablement la faute à l’égoïsme inhérent du cœur humain. Ce phénomène procède plutôt d’une certaine forme de désespoir de ne pouvoir remédier à un mal excessif et organique. Pour un être sensible, il n’est pas rare que la pitié se fasse douleur. Et quand, en dernière analyse, l’on perçoit que, d’une telle pitié, ne saurait venir aucun secours effectif, le sens commun exige que l’âme s’en débarrasse. »

 

Mercredi 30 juillet, sur TFI, une bande-annonce fait dire à Dr House, après que ses trois collègues eurent rendu un verdict médical en ces termes : « On a une hémorragie rectale », ceci :

 

« Quoi, tous les trois ? »

 

Comme dirait un ami qui ne sait pas profiter : « saisis l’instant ».

C’est tout pour ce soir.

 

 

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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