Samedi 28 juin 2008

Sors de là, sors de là…allez…

La tôle tordue et brûlante s’immisce avec une douceur déconcertante entre ses omoplates, le gros coussin grotesque l’empêche de respirer, et la flaque brune grandit comme une magnifique offrande aztèque.

Je suis liquide…

Quel impact… un choc des puissances en présence, tout ce silence soudain après l’écrasement mécanique, plus éclatant encore. Vient la fulgurance de la chair qui cède, le carambolage magique, tout ceci ne prend pas cinq secondes.

La douleur m’éprouve, je la contrôle en ne bougeant plus.

Elle ne sait pas du tout à quoi elle devrait penser.

Le bruit…ce mach inédit, ce smash puissant et sourd d’un proche contre le pare-brise. C’est un début.

Ce bruit régulier ensuite, comme le compte-goutte d’une carcasse qui gît repue de ces cadavres faciles, le compte à rebours d’une cessation définitive d’activité, la scansion d’une farce macabre, un mécanisme enroué, entêtant, obscur.

Le soulagement de les savoir tous morts, l’angoisse vaincue quand le cœur en étau elle a compris l’erreur.

L’erreur, c’était de contrôler cette machine. De contrôler cette famille, et ce cœur, et laisser se répandre ces viscères qu’elle aimait tant naguère, mais qu’elle trahit pour le calme.

L’erreur, c’était ce calme. Plus de fureur, le grand engourdissement, pour ne gêner personne.

Les méthodes éreintantes pour fabriquer les cataplasmes qui étourdiront la colère, la laisseront pour morte, la farderont d’une prétendue foutue sagesse inaccessible, impardonnable et putride. La grande bride pour justifier le vide.

L’erreur, c’était de redouter l’éclat. Avoir foi en surface, peur en dedans, ne plus aller profond. S’excuser de fléchir, d’avoir froid, d’être heureux.

S’excuser de rugir, s’excuser de se taire, se démembrer en contorsions pour s’assurer d’être là, tous les caresser, ne plus jamais aimer par pudeur.

L’erreur, c’était de croire qu’on ne peut pas mourir. Pas maintenant. Qu’on a le temps de remettre ce grand rien à un plus tard qu’on redoute sans comprendre.

Mais il fallait allumer un grand feu, broyer les membres, ouvrir les têtes, s’écraser les phalanges sur les murs, s’épuiser dans des rapports stériles, dans la sueur brutale.

S’isoler avec l’animal.

Il fallait détruire.

Entrer dans la rage divine qui déclenche une perte, une réelle perte, une douleur aigue et amie.

Il existe bien une sensation qu’on ne ressent qu’à ce moment précis où la violence contentée s’apaise avec fracas, délivrant une euphorie douteuse de commencement de fin, de spirale amorcée vers le catastrophique, celui dont on revient moins fier.

Le pied sans aile, les veines trop lourdes, ont pesé dans la balance. La machine emballée a mugit, puis volé, les clameurs ont frappé l’habitacle, le cœur effervescent de multiples orgasmes s’est soulevé et le boyau fidèle a collé aux parois.

Sors de là maintenant…sors de ton costume de failles, retire les brisures des plaies, cicatrise.

Ils sont tous morts, je peux surgir.

 

 

 

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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