Jeudi 7 février 2008

«  Je regardais alentour, et, je ne sais pas pourquoi, je vous assure que jamais, jamais auparavant cette terre, ce fleuve, cette jungle, l’arche même de ce ciel enflammé, ne m’avaient paru si privés d’espoir, si sombres, si impénétrables à la pensée humaine, si impitoyables à la faiblesse humaine. » 

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« Nous avons mouillé à d’autres endroits aux noms burlesques où la joyeuse danse de la mort et du trafic se poursuit dans un air torpide et terreux comme celui d’une catacombe surchauffée ; tout le long d’une côte informe bordée de flots dangereux , comme si la nature elle-même avait voulu écarter les intrus. Nous avons pénétré dans des rivières, d’où nous sommes ressortis : des courants de mort vivante, dont les rives se faisaient pourriture boueuse, dont l’eau épaissie en vase s’infiltrait parmi les palétuviers tourmentés qui semblaient se tordre vers nous dans l’extrémité d’un désespoir impuissant. Nulle part nous ne nous sommes arrêtés assez longtemps pour avoir une impression plus particulière, mais un sentiment diffus de stupeur oppressive et vague grandissait en moi. C’était comme un pèlerinage lassant parmi des débuts de cauchemar. » 

Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres, trad. J.J. Mayoux 
(plus d'extraits ci-contre, sur la page "Conrad")

Publié dans : Les irremplaçables
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