Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /2008 01:11
D’autant que je me souvienne, les mots simples m’ont tuée. D’autres ont plongé dans mon ventre un poing bienveillant pour arracher la gangrène d’un amour dans le noir.
Tu n’inventes rien, tu ne proses pas, les tournures ne m’aident pas, la poésie me déplace, je n’ai besoin que du bon mot, celui qui a ce pouvoir délirant de me faire croire au pire, de ne pouvoir le mettre en doute, de ne pouvoir le combattre, le moquer. Ou celui qui dans un souffle m’enveloppera d’une torpeur caressante, dans une béatitude reconnaissante.
Tout ce que tu dis, je le crois, je le vis, je le reçois, j’en suis déchirée de part en part, et ton silence métastase, celui qui suit la sentence, répand la mort, reprend la joie.
J’entends tout trop fort et suis vite blessée. Car tes mots sont des lames chaudes, ou des massues glaciales.
Mais tu me parles.
Tous les autres sont muets.
D’autant que je me souvienne, j’ai toujours trop vécu. J’avais déserté les amours incertaines, j’avais même contracté mes élans, en vain, bien entendu, mais déterminée à toujours essayer de freiner. J’ai quand même pris les murs, sonnée, stupide de me relever, inconsciente de ne pas me protéger. Stupéfaite, toujours, de ne pouvoir que constater. Mon masochisme n’a rien d’exceptionnel, en somme. Je ne prémédite aucune de mes blessures, mes tremblements fébriles me surprennent toujours et lorsque le coup est trop fort je rampe dans une grotte lécher mes plaies béantes, obscènes, faire taire mes murmures de démence, mes sanglots trop indignes, reconstruire le masque de celle qui rit trop souvent, parle sans savoir. Je redeviens alors joyeuse, par égard pour la galerie, toujours tournante dans la lumière, qui perce à travers mes paupières fermées quand il faut danser jusqu’à la sueur, faire entendre le timbre, libérer les flots. Tous les bruits s’engourdissent alors, dans une ritournelle entêtante qui vient couvrir leurs voix, je souris car dans ma tête des corps au ralenti viennent éclater contre les vitres, se démembrent, jaillissent, retombent en rebonds. La tôle se froisse, les pantins se désarticulent, le fer et le verre viennent embrasser l’organe, des familles vont pleurer, ce soir. Je rouvre les yeux, les draps sont mouillés, défaits, j’essaye de ne pas pleurer, j’échoue.
Tu aurais du partir, me regarder tomber dans mes abîmes sans rien y comprendre, hausser les épaules et t’en aller. Mais tu demeures, et me serres, tu m’attrapes, et m’étouffes. Il n’y a aucun cartilage en moi qui saurait résister à ta tendresse fracassante.

Tu es ma plus belle croix, qui me muscle et m’assouplit, ma plus belle cicatrice, celle que je ne recouds pas et qui va rester vive, présente, profonde. C’est un honneur de me tuméfier contre ta poitrine, de me donner sans rien chercher à te reprendre, de toujours te trouver magnifique dans cette attitude franche, t’en aimer plus en silence, savoir que je peux m’égarer, errer, appeler car tu entendras, continuer à marcher dans le noir en habituant mes yeux pourvu, pourvu que toi, jamais tu n’aies faim, jamais tu n’aies froid.

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Publié dans : Ecrits vains : à moi
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