Samedi 24 novembre 2007
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Et pourquoi pas la tendresse, bordel ?
Pourquoi pas la douceur entre le mépris et la fureur ?
Je te regarde te dissoudre, bientôt tu ne sauras plus rien, tu ne chercheras plus, tu
seras éperdue et fébrile, personne ne comprendra tes gestes, ni ne s’en souciera.
Je peux t’attraper toute entière, te serrer, compresser les plaies, je ne peux arrêter
tes tremblements bien sûr, je n’ai pas de réponse à tes questions. Mais je te vois, n’en doute pas, je te regarde bien. Je suis cachée dans la foule, je suis derrière ton ombre, je respire ton
sillage, je poursuis tes égarements, essaye d’y donner sens et direction.
Je tiens ta main, ouvre les portes, essuie tes yeux, souffle dans tes
cheveux.
Je te raccompagne le soir, borde tes draps, caresse tes rêves. Tu n’es jamais seule,
même si je ne dis rien. Je te rassure en ne fuyant pas ton regard, je chauffe tes paumes, j’embue la pièce froide d’une vapeur enveloppante, et ton sourire faible, qui tarde de plus en plus à
pointer dans les rassemblements, qui tend à disparaître écrasé de cœur lourd, je le frôle de mes doigts attentifs.
Qui va te dire sinon quand c’est trop tard ? Quel signal pour t’avertir du
danger, quelle lueur pour ranimer ton espoir du coma ? Qui peut s’opposer à ta peur, la vaincre jusqu’à la prochaine ? Qui va t’aider pendant que tu aimes, et peine à te
reposer ?
Qui va te masser, te nourrir, te soigner, t’écouter pleurer sans
rire ?
Les corps se désincarnent pensant toucher la grâce, des pantins sans sève dans des
contorsions grotesques et jubilatoires jouissent mécaniquement, anéantissant la dernière divinité possible, désacralisant le dernier envol, bafouant de leur inconscience irrespectueuse l’amour en
le moquant, ce dernier refuge, pourtant, du condamné. Ils meurent plus vite, les incrédules, leurs enveloppes vides se délitent sous le frottement compulsif des épidermes insensibles. Cette
course effrénée contre la dignité d’aimer un peu, et plutôt bien, est gagnée d’avance et comme ils sont gris les insouciants, ils sont tellement acides et putrides ceux qui s’acharnent dans la
chair coûte que coûte, sans même plus trouver ça drôle, refusant d’aimer dans leurs plaisirs médiocres, refusant les contraintes, refusant de rester humble, de reconnaître le
lien.
Alors moi je me terrerai, tendre et triste, en attendant que tu me réveilles. Je ne
cesserai jamais de chercher ton contact, j’irai aux points d’impact trouver un peu de toi sous la torpeur, j’enduirai de ma pommade les blessures trop saillantes, je n’aurais jamais peur de voir
arriver ton déluge, patiemment je sécherai mes vêtements, sans un mot je sécherai les tiens et je me blottirai contre, tout contre toi en attendant le retour au calme.
Je te vois bien, n’en doute pas, je te regarde. Je suis derrière ton ombre, je guide
tes errances.
Tu n’as presque plus de réserves, déjà, tu les épuises si vite, je ramasse les joyaux qui tombent de
tes poches trouées et je saurais, le moment venu, te les restituer.