Partager l'article ! Nathanaël, descends de moi mais n'oublie jamais de remonter: J’m’en fous, J’en ai rien à foutre Tout m’est égal ...
Nathanaël, pourtant, on a voulu t’apprendre la ferveur, Nathanaël, citer ton nom comme point
d’appui, comme litanie, Nathanaël, te nommer pour s’ancrer quelque part, toi qui n’existe peut-être qu’à travers tous ces yeux, je t’enseignerai l’extase, je saurais le faire si c’est pour toi,
je te dirai la nature époustouflante, tellement plus grande que toi, écrasante mais humble, Nathanaël entends-tu l’orage, trembles-tu derrière l’éclair, parle plus
bas, prends ma main, couchons-nous. Nathanaël mon enfant chéri, celui qui ne naîtra pas, réfugie-toi contre ma poitrine, je peux te nourrir, te chauffer, je suis la mère, je tiens l’embryon, je
changerai le monde, je vais te créer, t’enseigner la ferveur, transférer ma joie amputée, brimée, giflée par les traîtres de l’ombre, je vais te donner le jour, te l’offrir dans mes mains, sans
me brûler, je vais porter l’eau à ta bouche, t’adorer comme un dieu, pur et nu, ignorer les traîtres de l’ombre, je vais t’enseigner la ferveur, avaler la lumière et la rendre au fond de tes
yeux, je vais serrer ta peau, la marquer, l’enduire, je vais rêver de l’adultère qui te donnera, Nathanaël, un monde, un terrain de jeu, loin des traîtres de l’ombre, il faut que tu entres sur
scène je vais tout t’enseigner, dans un élan fougueux, je vais transmettre ma force dans ton sein, Nathanaël, je vais y sacrifier mon flanc, tu jailliras, tu domineras, tu connaîtras, Nathanaël,
la lumière.
( L'expression "Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur" est tirée des Nourritures Terrestres d'André Gide)