A se procurer jusqu’à fin décembre en kiosque, l’excellent numéro des Collections de l’Histoire :
Complots, secrets et rumeurs.
Extrait :
« Le démon du soupçon (avant-propos)
Le complot, c’est du passé. Lié aux régimes obscurs dont il est constitutif, la Cour au temps des rois maudits ou le harem des Ottomans, à moins qu’il ne soit le produit des fantasmes et des fantaisies des dictateurs totalitaires comme Staline ou Mao.
Le plus souvent d’ailleurs, il reste dans les annales parce qu’il a été éventé, le traquenard déjoué, que les auteurs ont été identifiés, arrêtés, parfois jugés, souvent exécutés pour l’exemple. Autant dire que, d’ordinaire, le complot tourne mal : l’ordre établi est préservé, la morale est sauve. Le très raisonnable Colbert, protégeant son souverain, purge la Cour des empoisonneuses. Dans la tête des vrais républicains, toujours Cicéron aura raison de Catilina.
Pourtant, vrais et faux complots émaillent l’histoire récente. Loin d’être épargnées, les démocraties peinent à se défendre. Essayons d’y voir un peu plus clair.
Avant la démocratie moderne a grandi la haine de ce régime très imparfait et trop humain sans doute. Difficile de renoncer à l’absence de pouvoir absolu, de main invisible, de grand tireur de ficelles, s’il n’y avait plus de souverain divinisé, il restait un pouvoir agissant tapi au plus grand secret des sociétés. Les haines nourries par le nationalisme ont accrédité le mythe : les comploteurs, c’étaient les métèques, les Juifs, les étrangers, formant des sociétés secrètes, ourdissant des plans dans d’obscures officines. Si les preuves manquaient, on les fabriquait, comme le montre l’incroyable destin des Protocoles des Sages du Sion : un faux devenu un des livres les plus connus de l’histoire.
Ainsi la modernité a-t-elle donné des ailes au soupçon. Il s’envole, pour ainsi dire, porté par l’essor de la presse. Finies les rumeurs de couloir, les journaux les lancent sur la place publique. Notre monde globalisé donne, avec Internet, un essor nouveau à cette obsession du pouvoir total…
Entendons nous bien : il ne s’agit pas de nier ici aventures boiteuses des cagoulards, les coups tordus de la CIA pas plus que les projets d’attentats ou de coups d’Etat parfois servis par des hommes de main efficaces. La lutte pour le pouvoir est universelle.
Ce qui est en cause, c’est l’idée que le complot mène le monde, que ces hommes dans l’ombre ont le pouvoir absolu, que la vérité de l’histoire est dans ses coulisses, dans son revers, qu’on ne saura jamais tout – ce qui est probable- mais que c’est ce qu’on ne sait pas qui est le plus vrai. Cette fascination du secret, de l’obscur s’inscrit en faux contre ce qui serait la naïveté et l’optimisme démocratiques : pour tant de nos contemporains, c’est la rumeur qui a raison et Internet la diffuse à foison.
Ce numéro retrace l’histoire de cette lutte millénaire entre le vrai et le faux, entre la réalité et l’imaginaire, où les fausses rumeurs le disputent aux vraies conjurations. »

Au sommaire de ce numéro :
*La conjuration de Catilina : Rome en danger ?
*Les rois maudits entre dagues et venins
*La sorcière et le roi : l’affaire des poisons
*Une conspiration républicaine sous Louis XIV
*Staline, le tsar de toutes les machinations
*Autopsie d’un mythe, le complot « judeo-maçonnique »
* « L’Affaire des fiches » : un scandale républicain
*Les 200 familles ou l’argent-roi
*Enquête sur une organisation secrète : la Cagoule
*Les complots dans la république
*Le démon du soupçon
*Jésuites, maîtres du monde
*Les « coups tordus » de la CIA
*Les « Protocoles des Sages du Sion » : un faux qui a fait recette
*La nébuleuse Al- Quaida
Vos points de vue