Dimanche 30 septembre 2007

I

L faut du courage pour attendre, supporter le poids sans faillir des secondes du compte-gouttes qui distille la soude caustique dans les veines, protéger le cœur des assauts sans pitié de la cavalerie du doute, piquante, brûlante, jamais éreintée, et s’endormir, épuisée de rien, effrayée par le vide, perdue dans le noir.

Il faut du courage pour trier la version la moins dévastatrice d’une histoire qu’on ne nous raconte pas, se l’inventer douce et lumineuse, la défendre contre l’angoisse de la paranoïa surgissant, stupéfiante de violence, sordide quand elle s’annonce.

Le ventre se contracte, la gorge fait barrage, les larmes attendent d’être sûres, tout n’est que plaie béante, bain d’acide, pelote de clous rouillés. On croit comprendre un vertige, on a besoin de sucre, on voudrait juste qu’il arrive, il n’y a pas d’autre option pour annuler le malaise, pour rompre la corde qui asphyxie. Il faudrait juste qu’il arrive enfin, qu’un message nous parvienne, un mot, un son, un souffle.

Il faut du courage, et on n’en a jamais. La panique gronde, on la ravale, on essaye d’empêcher le frisson, on se demande comment partir de là où on en est arrivé sans trop savoir pourquoi.

On écrit pour pas crever, parce que c’est trop fort à la fin, tout est trop fort, ce n’est même pas lui, ce n’est même pas l’amour, ce n’est même pas ça. Rien ne nous épargne, on deviendrait infréquentable pour cicatriser les écorchures, on implore que tout ce cirque cesse, mais à peine les ballons rangés on applaudit le rappel. Et on écrit pour pas se balancer de la fenêtre parce que c’est insupportable d’avoir les organes qui tapent pour sortir, sans cesse, c’est impossible que le torrent ne s’arrête que pour nous laisser desséchés, la bouche craquelée, obligeant son retour.

On attend, on crève.

On embrasse, on crève.

On quitte, on crève.

On rit, on crève.

On écrit pour pas crever. On hurle par les doigts pour pas réveiller les voisins. On pleurera demain, quand personne ne verra. On est forts, on écrit pour pas crever, et on crève pas. Jamais.

Et d’ailleurs on ne sait pas tellement de quoi on a peur exactement, la peur au ventre, la solitude, l’abandon, le mépris, tout est bien vain au regard de l’étendue de ce dont on est capable.

Coupables, les peureux, les lâches, les passifs. Coupables de n’être pas sûrs, de manquer de méthode. Coupables de n’avoir pas de guerre où combattre, et mourir. Coupables d’avoir le nombril qui saigne, de vouloir croire qu’il est possible et nécessaire d’être heureux en amour, de n’avoir que ça à foutre d’essayer. Coupables de baisser les bras, d’attendre le miracle, de se tromper de signe, de ne rien y comprendre.

Je suis coupable, j’écris pour pas crever en attendant la mort. Je crois savoir de quoi je parle, je crois que parler de mort ou de souffrance les conjure, dans une naïveté crasse, même pas capable de crever, coupable de ne pas essayer, à cran que personne ne réagisse, à cran de ne pas savoir remercier.

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par Silence! publié dans : Ecrits vains
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Vendredi 28 septembre 2007
Quel silence... on me croirait presque occupée.
Vous ne perdez rien pour attendre.
J'ai lu des livres, vécu un tas de trucs absolument fascinants, j'ai même appris à faire des choses incroyables en informatique, je raccroche un peu mes neurones en suivant des cours autour du livre - j'en dirai probablement plus assez rapidement - attendez donc un peu qu'on finisse par me trouer le mur afin que le réseau, enfin surgisse....
Peut-être alors enfin, ce grand bordel organisé qu'est ce blog finira par se structurer un brin, et servir - rêvons un peu - à quelque chose...
Pour l'heure, et ce sera tout à fait dans le ton, lisez donc "Le Musée du Silence" de Yoko Ogawa.
Vous m'en direz des nouvelles, bien que ce soit un roman. Pour les pressés, les paresseux ou les nipophobes, je m'essayerai probablement à une mince chronique dans les semaines à venir.
Dans l'intervalle, sursum corda.
par Silence publié dans : Quoi encore ??
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De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

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