
Il va bien falloir s’y mettre, un jour, à cette vie réelle, car elle ne va pas nous faire la grâce de nous épargner.
Il va falloir retourner faire claquer les clés contre la porte en bois, sentir l’odeur d’une moquette murale sans âge, allumer un ordinateur lourd et passif, s’asseoir, et recommencer une fonction sociale qui ne nous définit plus.
Il va falloir retourner aux aliments déshydratés, à une soif saine, à pédaler sur un vélo sans roue qui ne mène nulle part, et transpirer sa tristesse d’habiter un corps massif quand l’âme voudrait s’envoler, papillonner, rebondir.
Il va falloir cesser de voir les amis de la nuit, dont la lumière nous éclabousse au visage, mais sur lesquels il faut sans cesse refermer la porte pour pouvoir dormir, nous qui tenons tant à ce sommeil réparateur d’une vie réduite.
Il va falloir rire moins fort, et marcher plus vite.
Il va falloir envisager sérieusement cet enfant, tant que notre inconscience juvénile peut encore nous servir d’excuse, et nous fournir l’énergie qu’il faut pour essayer d’y croire encore un peu.
Il va falloir cesser les battements de cœur incongrus et incompatibles, pour ne pas l’user et éviter les risques cliniques.
Il va falloir retrouver le vide d’un ventre affamé de merveilles, et fermer les yeux sur les diamants trop bruts.
Il va falloir retrouver les pôles les plus fréquentés pour se fondre dans la masse et ne pas trop souffrir : manger raisonnablement, ne plus boire, arrêter d’aimer trop, dormir aux heures indiquées et espérer qu’au moins, au bout de cette pénitence forcée et gratuite, nous découvrirons la clé du mystère des pyramides.
Traduction personnelle et contestable de :
RIGHT WERE IT BELONGS / NINE INCH NAILS
Regarde l’animal dans cette cage que tu as construite
Es-tu sûr d’être du bon côté ?
Il vaut mieux ne pas le regarder de trop près dans les yeux
Es-tu sûr d’être du bon côté du miroir ?
Regarde la sécurité de la vie que tu as bâti
Tout est à sa place
Ressens le vide sans fond dans ton cœur
Et tout est
A sa juste place
Et si tout autour de toi
N’était pas si paisible que cela en a l’air ?
Et si le monde que tu penses connaître
N’était qu’un rêve élaboré?
Et si tu regardes ton reflet
Est-ce seulement cela que tu veux qu’il soit ?
Et si tu regardes à travers les fractures
Te surprends tu
Effrayé par ce que tu vois ?
Et si ce monde à l’intérieur de ton crâne
N’était qu’une de tes créations ?
Tes démons et tes dieux
Tout les vivants et les morts
Et que tu sois vraiment tout seul ?
Tu peux vivre avec cette illusion
Tu peux choisir de croire
Tu continues de chercher mais tu ne trouves pas les bois
Alors que tu es caché dans les arbres
Et si tout autour de toi
N’était pas si paisible que cela en a l’air ?
Et si le monde que tu penses connaître
N’était qu’un rêve élaboré
Et si tu regardes ton reflet
Est-ce seulement cela que tu veux qu’il soit ?
Et si tu regardes à travers les fractures
Te surprends tu
Effrayé par ce que tu vois?
La musique c'est l'air, sans doute. L'eau. L'envie.
Mes musiques à moi, digérées assez impeccablement pour intégrer mon organisme, sont mes plus solides fondements, c'est dire....reprendre au départ n'est pas aisé. Etait-ce Carmen de Bizet comme s'en souvient ma mère. Fut-ce l'éclair fulgurant de la "Medellia of the gray skies" de mes 16 ans..."Le Requiem de Mozart" quand il a fallu grandir, je ne saurais trop dire.
Depuis j'ai des pôles étranges qui se déchirent ma direction, je n'en suis aucun exclusivement, je me nourris, je sourie, je remercie. Régulièrement.
Vous allez voir passer Renaud, David Bowie, Prokofiev, Nine Inch Nails ou Mylène Farmer.
Jugez. Peu m'importe.
Quand j'écoute mes complices de vibrations, au chaud dans mes oreilles, des passages piétons vers la lumière s'ouvrent sur les autoroutes dangereuses et rapides.
Rien d'autre n'a vraiment d'importance...
Une chambre blanche sans clichés, un film - manifeste pour l'être humain oublié, pour la considération de celui qui vit sans les yeux des autres, et ne peut donc vérifier son sourire.

Sy Parrish est seul.
Seul au milieu de ce grand magasin aseptisé et inhumain, seul face aux photos de famille qu'il développe tous les jours pour des clients comblés, seul dans cet appartement qu'il tapisse de ces photos pour s'inventer son cadre à lui, seul et désarmé face à la méchanceté ambiante dont il fait les frais au travail, seul au monde.

Sa souffrance, sa fracture explose au visage tel le flash qui arrête le temps des autres pour le remettre entre les mains de cet agent de laboratoire minutieux et passionné.
Alors Sy s'est inventé une famille de procuration, les Yorkin, dont il s'occupe des tirages depuis des années. Il a ainsi vu naître et grandir Jake, le petit garçon qui a maintenant neuf ans, prête une attention toute spéciale à ce cocon dont il se sent le gentil tonton qui ferait des cadeaux et regarderait le foot sur le canapé.
Mais Will Yorkin, le père de cette famille parfaite en apparence, se révèle être d'une déception sans commune mesure pour ce Sy qui n'a jamais connu la douceur d'un foyer, lorsque certains clichés déposés au magasin dévoilent un beau jour son infidélité.

La dernière goutte d'un grand vase trop plein de rien tombe avec fracas, aspergeant violemment ces murs blancs, ces machines froides, ces joues livides, fondues dans leur environnement.
Sy, Evangelion d'un jour, décide de partir en croisade, seul contre l'immoralité.
Mark Romanek, réalisateur de clips émérite (à son actif, certaines pièces de maître pour Bowie, Madonna, Kravitz, Mickaël Jackson ou encore Nine Inch Nails) signe le scénario et la direction de ce premier film troublant, rappelant à plus d'une reprise, si l'on ose cette comparaison, l'univers de Kubrick. L'homme y est réduit à sa plus petite taille dans des décors trop géométriques, trop froids, trop propres pour le laisser respirer, il est seul et incompris face à une conspiration impalpable dont il serait la proie, il ne peut plus voir autrement que par la petite fenêtre de son négatif déformant, des gens, des émotions, qui lui sont étrangers, par définition.
Le coeur gorgé de l'angoisse de Sy, hypnotisé par cet OVNI qu'on le force à suivre jusque dans les tréfonds de ses fantasmes et de ses rêves, tour à tour compatissant et en rejet, le spectateur entre dans le malaise de ne pouvoir choisir son camp.
Et c'est bien là, en dehors d'un sujet brillamment mené et d'acteurs jetés dans l'arène sans complaisance, le coup de génie de ce film.
Alors, coupable d'être seul ou seul donc pardonné ?

Mais, à l’instar d’un « Punch Drunk Love » à l’issue lumineuse, dont il serait le frère ennemi, « Photo Obsession » néon agonisant, pose surtout cette question cinglante : Combien de Sy Parrish, étouffés dans la solitude, ignorés et méprisés par leurs contemporains endormis dans autant de résidences impersonnelles, englués d’une générosité dont ils ne savent que faire se terrent dans cette société en attendant le soleil, sachant pertinemment qu’il ne viendra pas pour eux ? Et quelles sont leurs occupations en attendant un enterrement vide ?
"Photo Obsession" (One Hour Photo) de Mark Romanek, avec Robin Williams, Connie Nielsen et Mickaël Vartan, sortie en France en septembre 2002, disponible en DVD.

Extrait de "Zoo d'un coeur ouvert" - 2003/2005 - Velma E.
DE RABDURRE (SOMALIE)
Les villageois l’appellent « la guerre des puits ». Pendant deux ans, ici, dans cette bourgade commerçante, poussiéreuse, touchée de plein fouet par la sécheresse, des clans se sont livrés une bataille sans merci pour le contrôle d’une source. Quand l’affrontement a pris fin, il avait fait 250 morts.[…]
Un enfant en pleurs accroché dans son dos, neuf autres tirant sur sa robe déchiquetée, une femme de 35 ans se souvient de ce jour de l’an dernier où son mari est parti chercher de l’eau. Deux jours plus tard, il était retrouvé mort ; abattu quand la foule en colère a commencé de se battre pour le puits. « Son corps était là, étendu par terre, couvert de sang, tuméfié, abandonné sans honneur avec les autres morts. Quelle honte ! Nous n’avions jamais vu un conflit atteindre ce degré de violence », raconte-t-elle en se protégeant les yeux du nuage de poussière qui tourbillonne dans la chaleur sous un ciel bleu. « La soif pousse les hommes à toute cette horreur ».
En Somalie, un puits est devenu un bien aussi précieux qu’une banque, un bien contrôlé par des seigneurs de la guerre, gardé par des hommes armés. Après trois ans de sécheresse ininterrompue, on est prêt à se battre pour l’eau et à mourir pour elle. […]
« Même quand la population locale est solidaire et organise des systèmes pour pomper l’eau, les seigneurs de la guerre mettent le main dessus. Un nombre incalculable de gens boivent une eau totalement insalubre, pleine de vers, de saletés, et qui les rend malades », témoigne Abdul Rashid, un infirmier somalien qui travaille à Rabdure pour une organisation humanitaire. « Tout se passe comme si c’était le début des guerres de l’eau en Somalie ». […]
« Quelqu’un qui a soif est capable de vous tuer pour un verre d’eau. Aucun policier ne viendra et aucun gouvernement ne dira quoi que ce soit. Ailleurs, ils détrousseraient peut-être le chauffeur, ou voleraient la nourriture pour la revendre, mais ici, ils veulent aussi l’eau. »[…]
Après la mort de son mari, au cours de la guerre du puits de Rabdurre, Isha Aden Hussein, 38 ans, a marché plus de 160 kilomètres pour rejoindre Waajid. Hier, elle et son époux possédaient une ferme et des cases spacieuses pour leurs dix enfants. Aujourd’hui, elle vit dans un abri fait de torchons huileux. Une « vie misérable » dit-elle. Alors, Isha n’espère plus qu’une chose : survivre à la sécheresse. Le matin et le soir, à la fraîche, elle rassemble du petit bois qu’elle essaye de vendre. Mais elle passe l’essentiel de le journée, quand la température monte jusqu’à 45°C, sous sa tente de fortune. « Je reste assise à l’intérieur. Je prie Dieu et j’attends mon salut. Au paradis, je me protègerai du soleil à l’ombre d’un manguier. Je serai grosse. Mes enfants auront de beaux uniformes pour aller à l’école. Ils me liront de jolies histoires. Et, surtout, ils n’auront pas soif. Nos bouches ne seront jamais sèches. Nous boirons en paix. »
Onze millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence en Afrique de l’Est.[…] L’ONG britannique Oxfam vient de lancer le plus important appel aux dons de son histoire, demandant 35 millions de dollars pour venir en aide aux victimes : « Cette crise reçoit moins d’attention que le tsunami, explique la directrice de l’ONG, Barbara Stocking. Mais les personnes menacées sont plus nombreuses. »
Y aurait-il besoin de commentaires ?……………
Pour une érotique solaireMichel Onfray, s’il marchait sur l’eau et rompait le pain, j’accepterai de croire en Dieu.

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.
Chrysippe
Vos points de vue