Jeudi 30 mars 2006

Nouvelle extraite du recueil "Souffrances puériles" en cours d'élaboration - 2006 - Velma E.

« Paul n’avait pas fini son assiette que déjà il avait compris. Cela lui prendrait un certain temps, mais il faudrait qu’il essaye d’y faire quelque chose. Peut-être que personne n’avait jamais pris la peine d’y penser, de trouver une solution. Alors tout restait possible.

Il avala la dernière bouchée. Il clôtura ce repas. Il n’y en aurait plus jamais. Plus exactement ce repas-là. Cet instant n’allait jamais se reproduire tel quel.

Comme ce matin, il était revenu de la plage. Revenu... Ses parents lui avaient promis d’y retourner demain. Mais cette plage, d’aujourd’hui, n’y serait plus. Quelque chose, le vent, l’odeur, le sourire particulier de sa mère allait disparaître, et changer l’instant en un autre.

Il se leva de table, prétexta d’aller faire ses devoirs pour aller s’enfermer dans sa chambre.

Il se souvint de l’année passée, de la douleur  intense qui l’avait traversé lorsqu’il avait marché sur un oursin. Cette douleur, insidieuse, lancinante, qui s’était imposée à chaque aiguille qu’il avait fallu retirer, il n’en restait plus rien à présent, il avait du mal à croire que cela avait pu être si terrible.

Il se regarda dans le reflet de la fenêtre. Si petit, si rose, si…mignon. Un rictus de haine lacéra son visage. Tout ceci était odieux. Il se figea soudain. Il reconnaissait les pas devant sa porte, feutrés, légers. Ceux de sa mère.

Qui allait entrer sans un mot, le regarder de ses yeux graves et doux, le prendre dans ses bras et le serrer très fort, précieusement. Il adorait cet instant de communion et pourtant, quelque chose brûlait dans sa poitrine. Une tristesse infinie d’avoir aspiré en elle trop de jeunesse, la laissant trop sereine, trop calme pour son âge. Si jeune, si jeune… Du haut de ses huit ans il se sentait plus vieux qu’elle, prêt à la porter à bout de bras et la coucher pour qu’elle dorme. Il l’aimait si viscéralement qu’il l’aurait tuée pour conserver intact ce bonheur. Il voulait souvent la tuer.

Il le savait. Il était sa merveille, son petit garçon, sa réussite. Elle avait tout mis en œuvre pour le concevoir le plus tôt possible. Il comprenait, elle lui avait expliqué cette soif surprenante et violente de créer une vie nouvelle, neuve. Elle lui avait toujours donné beaucoup d’amour. Mais quelque chose ne voulait pas rentrer dans l’ordre. Pourquoi sentait-il ce poids ?

Il sentait la joue douce et chaude de sa mère dans son cou, son haleine rassurante, ses cils qui venaient le chatouiller et il comprenait aussi pourquoi son père était resté. Malgré tout.

Tout résidait pour Paul dans ce malgré tout. Il avait conscience d’être un enfant calme, intéressant, autonome. Rien qui n’entrave vraiment grand chose. Il ressentit soudain la vanité d’être bon, gentil, sage. Il était de cette espèce, il avait toujours voulu rendre service, se faire oublier. Sa mère elle même était une icône à ses yeux et pourtant son père n’avait pas l’air aussi joyeux et épanoui qu’il n’aurait dû l’être avec un tel soutien.

Sa mère l’aimait éperdument, bien que cela n’éveille en lui rien de bien concret. Comme si cela ne suffisait pas.

Sa mère sortit de la chambre, comme elle était entrée. Il l’entendit rire avec son père. Après tout si, il était peut-être heureux, mais moins démonstratif. Finalement, il n’y avait que sa mère qui lui importait. Un jour, tout cesserait. Cet instant n’allait pas se reproduire. Jamais.

Rien ne dure.

Il comprit l’évidence, avant même d’avoir terminé son assiette.

Rien ne dure.

Savoir cela à huit ans.

Il essaya de crier pour que l’oiseau qui logeait dans sa poitrine s’envole. Il cria. Rien ne se produisit. Il entendit ses parents accourir vers la chambre.

Il ouvrit la fenêtre précipitamment, et sauta.

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains
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Mardi 28 mars 2006

Introduction de "Carcharia" - En élaboration - 2005/2006- Velma E.

 C’est pour ça qu’il était revenu.

Pour la mer immédiate, celle qu’on n’apprend pas, celle qui déplace le cœur.

C’était juste ça pour lui, l’amour vrai: ce qui déplace les organes.

Il n’était pas nécessaire de s’en faire à présent.

 

Le requin-tigre fit demi-tour brusquement et fonça droit sur lui, rejoint immédiatement par un deuxième, puis un troisième.

 

Quelle béatitude, là, étendu sur les flots. Les larmes coulent, rivalisent avec le sel de l’océan. Le soleil brûle le visage, la nuque se détrempe. En dessous, l’évolution. En dessous, le repos. La blancheur de la peau en illusion d’optique. La roche calme. Le mouvement ample. Le coeur calciné. Le pourpre en volutes se déversant de ses veines dans le liquide des siècles iodés. Les peaux abrasives et les mâchoires aveugles lacérant le paradis limpide.

La rage et la  paix de finir d’exister.

 

Liam savait bien qu’au fond, il était revenu pour ça.

 

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains
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Samedi 25 mars 2006

Extrait de " Le pavillon des enfants fous" - 2004/2005 - Velma E.

Et puis un soir de janvier, le coup de téléphone tant redouté puis écarté à mesure qu’aucun nom maudit ne s’affichait sur l’écran tous ces longs mois, ce coup de téléphone, tel le détonateur du plus grand attentat du monde, retentit dans ma chambre alors que mon chaton tigré jouait avec mes pieds et que j’égrainais dans ma tête, allongée sur mon lit, sous mon poster géant de The Crow, le prénom de mon énième amoureux de procuration.

Et j’ai dit « j’arrive ».

J’ai dit « j’arrive » un soir de semaine scolaire, à 200 km de l’homme le plus dangereux pour ma santé mentale, alors qu’il neigeait, que j’étais sous le coup d’une interdiction médico-parentale de tout contact avec ce dit individu, sans argent ni avenir, j’ai dit «  j’arrive » lorsqu’il m’a dit qu’il partait dans la nuit pour le Maroc, sans jamais revenir.

J’ai pris le bain le plus long de ma vie.

J’ai téléphoné à ma mère, et dans ma voix s’effritaient des accents d’adieux qu’elle n’aurait jamais deviné.

J’ai descendu doucement l’escalier après avoir rassemblé plusieurs affaires disséminées, j’ai sorti la carte bleue de mon père, tiré la porte derrière moi dans le froid cinglant et définitif d’une ville que j’effaçais à chacun de mes pas vers la gare. J’ai marché une heure, gelée, j’ai trouvé la gare fermée, j’ai pris une chambre d’hôtel en face et regardé mon premier film porno.

A 7h le lendemain j’étais à Bordeaux, et dans une étreinte fébrile et saoule, grave et tétanisée, nous prîmes un train vers Narbonne. Je dormis tout le trajet, pleurant doucement à chacun de mes réveils engourdis entre deux gares. Mais enfin, après tout ce temps écartelé, consciente de perdre jusqu’à la dernière personne autour de moi, je serrais l’homme que j’aimais, et j’embrassais un espoir d’avenir fou, libéré de toute contrainte.

 

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains
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Jeudi 23 mars 2006

J'ai écrit plusieurs nouvelles ces derniers mois, dont certaines toujours en construction.

Je prépare actuellement un "petit" roman qui me demande beaucoup de préparation et de recherches.

Je souhaite vous en proposer dans cette catégorie, régulièrement, quelques extraits.

Vos avis peuvent être constructifs, toute critique, même acerbe, est une roue de plus à mon carosse dans le délicat et tortureux voyage que j'entreprends dans les sentiers chaotiques de l'écriture.

J'en profite pour vous remercier d'être là, parfois, simples observateurs, complices ou détachés, naviguant dans ces pages incertaines, difficiles à dévoiler pour moi, mais vecteurs sans doute pour tenter d'approcher au mieux le but qui m'importe le plus entre tous : se comprendre, vivre ensemble. En voici ma version, tronquée parfois, en construction, toujours.

N'hésitez pas à me communiquer les liens vers les vôtres, si vous en avez. Je lirai également, avec attention et respect, à mon tour, l'exercice compliqué de s'exposer, au moins offrant.

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains
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Jeudi 23 mars 2006

 

Bien sûr qu’il reste quelque chose.

Bien sûr.

Tout va mal, mais moi ça va, merci.

Il y a les hommes malins pour parler pour nous, pour nous observer en souriant.

Il y a l’alcool et les médicaments.

Il y a la chaleur électrique, l’apesanteur du bain.

Il y a la tranquillité dangereuse de l’allié qui attend son tour pour pleurer.

Il y a la colère et l’énergie de la musique comme autant d’électrochocs quand l’âme s’éteint doucement.

Il y a la fête pour rire plus fort sans bruit.

Il y a dormir pour vivre mieux ailleurs et embrasser les intouchables.

J’ai bâti mes difficultés.

Je fais le tour à chaque heure des édifices qui me constituent.

J’en abats, j’en repeins.

Je suis épuisée.

Les batailles gagnées d’avance ne m’intéressent pas. Mais les autres, aujourd’hui, sont hors de ma portée.

On m’a donné l’acuité de l’esprit sans la profondeur. Le tempérament sans le cran de sécurité.

La force sans la santé. Il faut tout que je recommence.

Je sais où je dois aller, mais je ne peux plus m’en justifier. Le volcan au fond de moi a dévasté mes entrailles.

J’échoue, dans ce que je croyais être.

Bien sûr qu’il reste quelque chose :

Reprendre à zéro.

J’ai plié, fait souffrir mes articulations dans des torsions contre nature.

Je ne suis pas encore brisée.

Je n’ai aucune raison de l’être.

Tout va mal, mais moi ça va. Complications occidentales. Complexe de l’homme qui mange et dort au chaud. Vision altérée et culpabilisée d’un mal-être nombriliste.

Taisons-nous alors.

Nous le savons tous très bien. Lorsque la vie devient insupportable, nous pouvons toujours la supporter.

A écouter les gens autour de nous, nous n’avons aucune raison valable de nous plaindre.

Pas de chance, hein, alors, quand le sourire ne veut plus revenir, sans raison.

Pas de chance, hein, alors, quand le soleil ne vous réchauffe plus et que vous craignez ses rayons.

Pas de chance, hein, alors, quand vous avez de la nourriture mais que votre corps n’en veut pas.

Quelle ironie surtout, quand tout le monde voudrait votre vie.

 

Moi je m’en fous.

Quand je ne comprends plus rien, je chante.

Ou j’écris.

Et ça dégorge un temps l’abcès absurde gonflé de rien. Jusqu’au prochain.
par Velma Egan publié dans : Ecrits vains
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Quo vadis ?

Element of ears

free music

Exhibitions

Leçon stoïcienne

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

Chrysippe

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