Mercredi 20 février 2008
« Ayant tout acte en horreur, il se répète à lui-même : « Le mouvement, quelle sottise ! » Ce ne sont pas tant les évènements qui l’irritent que l’idée d’y prendre part ; et il ne s’agite que pour s’en détourner. Ses ricanements ont dévasté la vie avant qu’il n’en ait épuisé la sève. C’est un Ecclésiaste de carrefour, qui puise dans l’universelle insignifiance une excuse à ses défaites. Soucieux de trouver sans importance quoi que ce soit, il y réussit aisément, les évidences étant en foule de son côté. Dans la bataille des arguments, il est toujours vainqueur, comme il est toujours vaincu dans l’action : il a « raison », il rejette tout – et tout le rejette. Il a compris prématurément ce qu’il ne faut pas comprendre pour vivre – et comme son talent était trop éclairé sur ses propres fonctions, il l’a gaspillé de peur qu’il ne s’écoulât dans la niaiserie d’une œuvre. Portant l’image de ce qu’il eût pu être comme un stigmate et comme un nimbe, il rougit et se flatte de l’excellence de sa stérilité, à jamais étranger aux séductions naïves, seul affranchi parmi les ilotes du Temps. Il extrait sa liberté de l’immensité de ses inaccomplissements ; c’est un dieu infini et pitoyable qu’aucune création ne limite, qu’aucune créature n’adore, et que personne n’épargne. Le mépris qu’il a déversé sur les autres, les autres le lui rendent. Il n’expie que les actes qu’il n’a pas effectués, dont pourtant le nombre excède le calcul de son orgueil meurtri. Mais à la fin, en guise de consolation, et au bout d’une vie sans titres, il porte son inutilité comme une couronne.
 
(« A quoi bon ? » - adage du Raté, d’un complaisant de la mort…Quel stimulant lorsqu’on commence à en subir la hantise ! […] Ainsi cette obsession nous incite à devenir tout et rien. Normalement elle devrait nous mettre devant le seul choix possible : le couvent ou le cabaret. Mais ; quand nous ne pouvons la fuir ni par l’éternité ni par les plaisirs, quand, harcelés au milieu de notre vie, nous sommes aussi loin du ciel que de la vulgarité, elle nous transforme en cette espèce de héros décomposés qui promettent tout et n’accomplissent rien : oisifs s’essoufflant dans le Vide ; charognes verticales, dont la seule activité se réduit à penser qu’ils cesseront d’être…) »
 

Cioran, Précis de décomposition

par The bitch is back publié dans : QG du QI communauté : Les infréquentables
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Lundi 18 février 2008
Les choses que j’aimerais faire
(si elles ne comportaient pas tant de caractères rédhibitoires) 
 

-Mettre mes mains dans le mixeur
-Caresser un tigre
-Mentir sans discontinuer
-Parler allemand
-Passer l’aspirateur dans mon ventre
-Boire de l’essence
-Toucher les gens beaux, et ce à plusieurs reprises
-Sauter du pont
-Ecouter les autres
-Manger de l'homme
-Abattre froidement les gens indécents 
 
Alors, vraiment, la vie serait merveilleuse.



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par The bitch is back publié dans : Reviens gamin, c'était pour rire communauté : Les gros dossiers
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Dimanche 17 février 2008
 
 Des mots ! je croule sous le poids de mes paroles.
Des mots ! des mots ont pris la place de ma chair.
Des mots ! Lequel de vous est celui qui m’immole
Mots carnivores dont j’ai fait mon univers ?
 
Le mot qui court, le mot qui dort, le mot qui plane
Cherchent dans le silence un visage à voler.
J’en possède un qui rampe, et c’est le mot « iguane ».
Tous les mots innocents m’empêchent de parler.
 
Je dis le mot « azur » : c’est ma sainte révolte.
Je dis le mot « planète », et c’est mon désaccord
Avec moi-même. Oh, que ma rage est désinvolte !
C’est du mot que j’attends l’excuse de mon corps.
 
Les mots sont capricieux. J’aime le mot « presqu’île »
Je le prononce et c’est déjà un animal,
Une fleur, une pierre. Où est mon domicile :
Dans le verbe, la chose, ou mon chaos natal ?
 
Les mots sont des tyrans. Je ne veux plus me taire.
J’écris, j’apprends la poésie par la terreur.
J’écris comme le veut mon seul vocabulaire.
J’écris, j’écris. Les mots sont tous des déserteurs.
 
Mots redoutés, me direz-vous ce que je pense ?
Pitre ou faussaire, c’est par vous que je survis.
Vous êtes la grandeur de cette déchéance.
Répondez, répondez ! Moi, je n’ai plus d’avis.
 
Je nais, je dois mourir ; en attendant où vais-je,
Moi qui ne peux sortir de mon poème obscur ?
C’est ma prison ; je le prolonge ou je l’abrège :
Entre moi-même et moi il a construit ce mur.
 
Je me suis retrouvé dans le mot « tramontane »,
C’est lui qui raccommode un univers brisé.
Je n’écris par pour l’érudit, pour le profane.
J’écris par vice ! je suis trop civilisé.
 
Je me suis retrouvé dans le mot « mirabelle »,
Il mord dans le soleil comme on mord dans un fruit.
Je n’écris pas pour le poète, le rebelle.
J’écris par insolence, et je me sais gratuit.
 
Je me suis retrouvé dans le mot « bastingage » ;
C’est lui qui me promet le cœur de l’infini.
Je n’écris pas pour le prophète, pour le sage.
J’écris pour me blesser : je veux être puni.
 
Alain Bosquet
par The bitch is back publié dans : QG du QI communauté : Les gros dossiers
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Mardi 12 février 2008
… Et pour tenter d’enrayer cette nouvelle obsession compulsive sur le fleuve Congo, j’entends bien essayer de la transmettre et, ce faisant, de m’en débarrasser.
Voici donc un ouvrage fascinant, sur la remontée en 2002 du fleuve par Stephen Smith, et dont vous trouverez le texte intégral ICI.

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Cependant, ce serait sans compter les photos de Patrick Robert, en noir et blanc, envoûtantes.
On part quand ?
par The bitch is back publié dans : QG du QI
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Jeudi 7 février 2008

«  Je regardais alentour, et, je ne sais pas pourquoi, je vous assure que jamais, jamais auparavant cette terre, ce fleuve, cette jungle, l’arche même de ce ciel enflammé, ne m’avaient paru si privés d’espoir, si sombres, si impénétrables à la pensée humaine, si impitoyables à la faiblesse humaine. » 

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« Nous avons mouillé à d’autres endroits aux noms burlesques où la joyeuse danse de la mort et du trafic se poursuit dans un air torpide et terreux comme celui d’une catacombe surchauffée ; tout le long d’une côte informe bordée de flots dangereux , comme si la nature elle-même avait voulu écarter les intrus. Nous avons pénétré dans des rivières, d’où nous sommes ressortis : des courants de mort vivante, dont les rives se faisaient pourriture boueuse, dont l’eau épaissie en vase s’infiltrait parmi les palétuviers tourmentés qui semblaient se tordre vers nous dans l’extrémité d’un désespoir impuissant. Nulle part nous ne nous sommes arrêtés assez longtemps pour avoir une impression plus particulière, mais un sentiment diffus de stupeur oppressive et vague grandissait en moi. C’était comme un pèlerinage lassant parmi des débuts de cauchemar. » 

Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres, trad. J.J. Mayoux 
(plus d'extraits ci-contre, sur la page "Conrad")

par The bitch is back publié dans : QG du QI communauté : Les gros dossiers
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Lundi 4 février 2008
J’en reviens à l’humain.
Qu’est-ce qu’on disait déjà ? ah oui. Le facteur humain.
Et l’aube des Temps alors ? Plus tard. Vous vous moquez.
J’échangerais bien mon siècle, tiens, mon pays, mon genre. Enfin, tout ceci ne sert à rien, brasser de l’air, des mots, encore. L’homme résiste, il refuse vaillamment de s’éteindre. Et moi je suis bras ballants, et je n’y comprends rien, je dois trop rire.
C’est qu’il y a trop de fleuves, de tonalités, d’idées, j’ai presque assez de temps mais plus tant de méthode.
Je voulais juste vous parler, en fait. J’avais juste pour plan d’être attentive, déficiente mais réelle, de vous saisir au bond, de vous trouver touchants, peut-être, brillants, incassables et malheureux. Solides, fiers, valeureux. Et puis lâches aussi, inanimés, malsains ou tendancieux. J’avais juste un moment à vous consacrer entre deux éruptions, deux lames de fond et quatre sentinelles, je suis coupée de votre monde, et n’ose plus y entrer. C’est bien trop tard, l’éclaircie ne dure pas, déjà déferlent à nouveau les plus belles noirceurs, celles des autres, que je n’imagine pas, les miennes sont fatiguées, elles se terrent, blessées qu’on ne les libèrent pas. Elles sont atrophiées car voyez-vous, le facteur humain les as surprises, et terrassées.
Lorsque je suis seule, dans le noir, je n’ai jamais peur de tomber. C’est déjà fait. Et le sol dense et sec qui me soutient alors a plus de réconfort que mille bras qui veulent m’élever certes, mais desquels je glisse encore, sans effort, sans me tenir non plus, sans jamais y penser, en pensant à côté.
Oubliez-moi un peu dans la ronde de vos danses macabres, dans la paranoïa de vos sourires figés, j’aime mon sol aride et son regard fermé, je suis plus calme dans ce recoin. Vos lumières tourbillonnent, sonnent faux et mon cœur dissident refuse l’ivresse de la surface plane.
Je vous envie parfois cette béatitude qui vous tient hors du froid. J’arrive à vous toucher, à croire le peu de foi. Mais je m’isole, et la greffe prend. C’est un petit miracle, parfaitement seule au milieu de tous, sans avoir mal, sans vous maudire. Je vous observe, et vous me nourrissez. Le facteur humain a encore frappé. Je le laisse faire, car ponctuellement, l’autre m’émerveille, me stupéfie, me sidère de son inouïe bonté, désintéressée, forçant le passage, se soudant à mon intimité farouchement défendue, décrétant la joie générale dans mes quartiers, putsch magnifique dans un contrée désolée qui n’attend plus personne. Oui, je suis entourée, encerclée de sourires, de caresses, de voix. Et j’en suis gratifiée, honorée, décorée.

 Mais plus jamais de nous, le rideau est tombé. Je suis juste à côté, si vous me cherchez.

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par The bitch is back publié dans : Ecrits vains communauté : Ecrire
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Samedi 2 février 2008

Saignant, tendu, désespéré...mais résigné : la sagesse d'une vie à laquelle on n'a rien compris, en somme.
Le monde est absurde et bien trop violent, peut-être, et Javier Bardem, taureau sans bride, indestructible et dangereux rôde toujours. 
Les méchants gagnent, les gentils n'ont qu'à s'aligner et personne pour venir rallumer la lumière. 
Démerdons-nous, en somme.


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"Ok, I'll be part of this world."

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par The bitch is back publié dans : Cinéma cinéma communauté : Les gros dossiers
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Leçon stoïcienne

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

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