Mardi 27 février 2007

Je ne veux plus vous voir, c’est égal que vous le compreniez ou non.

J’ai trop de tout ces gens, je me fends dans leur foule. Je cherche à rebrousser chemin, un peu moins de lumière, un peu moins de brio. Il n’y a plus rien d’idéal, depuis longtemps, l’enfance n’est pas fleurie, je n’en ai rien cueilli que l’humiliation de n’être pas grande encore. Grande me voilà dépourvue d’excuses, j’usurpe chaque place que j’occupe, je suis un faux bien imité qui s’ignorait mais découvre jour après jour la supercherie. Il est très douloureux de retirer chaque strate, celle qui fossilise ma vie d’avant, me révèle qui j’étais et ce que je fis. Je me désapprouve singulièrement à chaque fouille. Comment m’assurer que le vernis de demain en s’écaillant ne me montrera pas la farce hideuse que je suis aujourd’hui. Pourtant j’aime être moi, j’ai fait la paix un jour, et j’ai combattu les autres, retranchée dans un royaume bancal, détestant jusqu’à la nausée les nombrils, le mien y compris et ne pouvant m’empêcher d’y revenir sans cesse.

Je ne sers à rien, je ne sais rien, et c’est trop tard. Je protège les derniers remparts de mon fragile savoir contre l’émiettement, mais je sens dans ma bouche le goût de fer de la guillotine proche. J’observe quelques spécimens rares, des hommes signifiants au contenu sûr, à déchiffrer derrière les énigmes, les derniers représentants de ce qui pourrait encore me sauver. Mais je ne peux dignement et raisonnablement pas m’en remettre aux autres pour ce genre de salut. Personne ne doit interférer. Pourtant avec eux je ne suis pas plus que ce rien peut-être, mais un rien qu’on regarde et qu’on touche. Je préfèrerais partir au front que d’affronter seule ces gens tristes et non concernés, influencés et complaisants qui sont restés. Mais je ne survivrais pas à la fin de mes alliés trop rares. Je ne veux plus rien voir, j’en ai terminé de la compassion pour le prochain. Je ne veux plus parler si l’auditeur n’est pas fiable, je ne veux plus sourire parce que ça me coûte cher, je ne veux plus aimer parce que rien en amour ne m’indiffère encore, c'est à désespérer. C’est incroyable d’être atterré sans que personne ne nous maintienne, c’est stupéfiant de constater la génération de geignards frileux et dépressifs que nous sommes, c’est dérisoire d’en être là, seulement là, et de ne plus bouger. Nous ne sommes même pas la honte d’un quelconque Empire, et nous sommes bien trop nombreux.

Je nous hais, de toutes vos misérables forces. Vivement quelques bombes.

Mais non, pourtant ce n’est pas cela encore 

Il est possible que je m’améliore avec l’âge. J'ai assez de toute cette jeunesse trop verte, à en vomir, ses excès et ses lacunes, son impatience et sa stupidité.

Rien de matériel ne doit me toucher, tout est périssable, rien ne dure, mais c’est tout ce dont nous disposons, et il est agréable de disposer.

Je ne trouverai jamais la paix car je n’en fais pas ma quête absolue.

Tu ne m’intéresseras jamais assez, j’ai eu mon lot de déceptions pour l’heure, à vouloir croire qu’il existe un état élevé et spectaculaire de relations.

Il est égal que rien ne soit léger ou facile, je mourrais moins conne, mais jamais je n’aurais tué la bête.

Je me sens parfaitement bien lorsque je tire sur mes réserves, et médiocre quand je transpire au soleil, dolente et inerte.

Je serais parfaite. Un jour, je serais parfaite, ce n’est qu’une question de temps.

 

 

 

Parce que finalement, regarde bien la créature dans les yeux, elle ne nous apprend rien. L’état de crise est permanent, rien de ce qui se construit un peu solidement n’est pas abattu ensuite sur un coup de tête, je ne veux presque plus vous voir, car je suis trop plaintive, à m’en répandre sur vos costumes tout neufs, je suis insupportable à ne rien laisser tranquille, et je ne comprends rien quand vous me regardez.

(St Sebastian, Rubens)

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains communauté : Ecrire
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Mercredi 21 février 2007

Quelque chose m’a frappé aujourd’hui,

Je t’ai regardé et me suis demandé si tu voyais les choses comme moi,

 

Les gens nous confinent au blâme

Ça m’a frappé aujourd’hui 

 

Nous le prenons mal tout le temps,

Pourquoi ne pas laisser passer ?

Réponds moi seulement, tu as changé d’avis

Nous nous battons avec les yeux de l’aveugle

En le prenant mal

 

Encore maintenant,

Nous nous sentons comme des papiers qui vous étouffent toutes les nuits,

Ils me disent « Fils, nous te désirons, sois insaisissable mais ne t’éloigne pas trop »

Puisque nous formons les nouveaux garçons à tromper leurs proches

Puisque tu danses là où les chiens se décomposent, en chiant de l’ecstasy,

Tu n’es qu’un allié du parasite lubrique

Louant le Roi vierge, je t’aime pourtant dans tes escarpins à la « baise-moi » et ta robe agile qui traîne

Oh, habille-toi, mon enfant, car je les entends arriver,

Pour tout ce que nous avons vu, pour tout ce que nous avons dit,

Nous sommes les morts 

 

Quelque chose m’a ému ce matin

Je t’ai regardé et j’ai compté toutes les fois où on a couché ensemble,

Serrant notre amour à travers la nuit

 

En sachant que c’était juste

 

Maintenant j’espère que quelqu’un va faire attention à moi

Vivant dans le souffle d’un espoir à partager

Assuré, au nom des fils de notre amour, que quelqu’un va me remarquer 

 

Mais maintenant,

Nous sommes les créatures montantes d’aujourd’hui, bloquées dans le film version longue de demain,

Le paradis est sur l’oreiller, son silence concurrence l’enfer

C’est un service 24h/24, garanti pour te faire parler 

 

Les rues sont pleines d’une foule d’hommes

Disposés à être pendus et enterrés

Et les rideaux légendaires sont tirés autour de la Chute des naissances

Qui te suce pendant que tu dors

C’est le théâtre des financiers, compte-les, 50 par table

Blancs et dressés pour tuer

Oh, caresse-toi, mon scandaleux,

Puisque mes mains sont tout sauf flétries

Oh habille toi, mon enfant, car je les entends dans les escaliers

Pour tout ce que nous avons vu, pour tout ce que nous avons fait

Nous sommes les morts

D'après WE ARE THE DEAD  de DAVID BOWIE

par Velma Egan publié dans : Ecoute
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Lundi 19 février 2007

Attention, je parle sans savoir. C’est à dire sans avoir lu . Pas encore. Embouteillages sur le chevet mais allez-y, passez devant si vous pouvez/voulez et rapportez moi vos impressions.

 

 

Conseil culino-littéraire de ma mère, voici donc « La Soupe de Kafka, une histoire complète de la littérature mondiale en 16 recettes » écrit, cuisiné et photographié par Mark Crick pour Flammarion (12 euros, 108 pages, et hop fin des épuisants crédits obligatoires), un auteur londonien au one shot pour le moment, dont on a pu douter de l’existence réelle tant l’ouvrage ci nommé ressemblait à un collectif déguisé de traducteurs facétieux. Jugé plutôt le concept : 16 recettes de cuisine bien réelles, dont la forme littéraire pastiche seize auteurs comme Virginia Woolf, Italo Calvino, Proust, Garcia Marquez etc… et dont chaque illustration est un pastiche elle aussi de grandes illustrations réputées (Schiele, Warhol …) sont ensuite traduites par autant de traducteurs différents assidus et passionnés des auteurs pastichés.

 

Réjouissant, malin, utile, ce croisement de savoirs et de talents émoustille les divers blogs littéraires du moment. Alors…un peu de Kafka avant de passer à table, moi je m’incline.

Voir aussi ici :

http://www.passiondulivre.com/livre-29086-la-soupe-de-kafka-une-histoire-complete-de-la-litterature-mondiale-en-16-recettes.htm

 

 

Paraîtrait-il même que le monsieur est en élaboration d’un second tome, toujours sur la cuisine, mais vue par les grands philosophes…prometteur.
par Velma Egan publié dans : QG du QI
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Mercredi 7 février 2007

 


Je m’en mangerais les poings, je m’en frapperais l’intérieur de la poitrine, pour ne pas vous dire que je suis désolée. Je ne peux pas vous le dire, je ne peux pas le faire, c’est impossible. Je ne suis pas cruelle, je ne suis pas aigrie, je vous tolère bien plus que le fracas de mes mots stupides et non canalisés ne laisse entendre. Je suis tellement surprise encore de la véhémence mal dirigée qui me transporte jusqu’à bombarder sans crier gare vos fondements tout à fait respectables. Il faut que j’en termine une bonne fois avec ce cycle infernal du combat. Personne ne m’attaque, je suis dans une chambre froide à brasser de l’air et à déjouer des complots inexistants. Je me bats contre personne. Je m’engage à corps perdu dans le rien. C’est que mon mythe de Sisyphe est bien rodé. Le boulet n’est jamais loin. La joie éteinte conspire. Je voudrais bien remettre mon titre en jeu, mais personne ne se présente comme potentiel repreneur. Ma quarantaine sans maladie disloque le peu de temps qu’il me reste, pourtant pas encore mourante, mais plus assez jeune déjà dans l’ardeur que je devrais trouver dans mon miroir. Je suis lasse de faire le tour de moi – même, inconnue au bataillon de fortune de mes alliés sans nom. Perdue quelque part je ne demande jamais ma route, je ne demanderai pas d’aide, j’en ai eu bien assez. Ne plus avoir comme but qu’un avenir glorieux que la condition même d’être bien née exige, est un exercice de style périlleux et épuisant. Le balai brosse ne suffit plus à déployer mon énergie atrophiée, mon espoir gangrené agonise, ne me reste plus que de vous accabler de ne pas arriver à être vous-même ce que je ne suis pas. Il n’est pas facile de durcir, j’aurais aimé échapper au regard médusant, briser le sortilège, fissurer ma statue, mais elle m’enferme un peu plus, fige mes sens, aplanit mes traits. Me reste ma voix, dans ce géant trop lourd, je dois vous traverser sans un mouvement. Je dois attendre qu’au moins, cette pétrification prendra racine, se nourrira plus profond, sans plus de bruit, sans plus bouger. Que ma voix subsistera, plus légère et juste à mesure que l’immobilisme gagnera jusqu’au coeur, jusqu’à émouvoir les muses d’une improbable rivière.

Je vous martèle de principes que je n’applique pas, j’exige une rigueur qui me tue lentement, je déplore cette confiance dangereuse qui me pousse à n’être presque plus rien mais toujours mieux que les autres, je vous veux à une hauteur à laquelle le vertige m’interdit de me hisser, je n’ai plus jamais peur mais car j’ai tout débranché.

Mon mythe à moi c’est de me croire utile quand je vous fustige, c’est  de me rêver mentor d’un peuple mort, quand j’ai moi même creusé ma tombe. Et je voudrais vous arracher, me sacrifier peut-être, vous réveiller pour dissiper ce songe plombant, vous donner de l’amour pour décupler vos forces, vous tenir la main jusqu’au fond du puit, sentir le fond et remonter, vous accompagner, vous protéger, à bout de bras, parce que cette mesure quotidienne m’ensevelit, ces escalators vont dégénérer vers une apathie générale, parce qu’un zombie ira plus vite que moi et qu’avec vous je prends le pari de ne pas disparaître complètement. Je vous heurte parfois mais toujours pour retrouver les joues rougies de l’étincelle, toujours pour que l’afflux sanguin s’accélère et que la roue se remette en marche sous la rouille, toujours parce que je vous aime et que j’en suis désolée, que c’est très encombrant et jamais vraiment calme, que jamais je ne vous le dirai car on tue les coupables d’un tel débordement, que jamais je ne vous le dirai car rien n’égalera le silence entendu.

Je vous choque parfois, pour trouver vos contours, pour qu’on trouve les miens, que je ne comprends plus.

Je n’ai que mon souffle et ma plume et quand je vous parle telle une réfugiée sans guerre, j’ai toujours raison, parce que si j’ai tort, plus personne ne saura que des battements survivent dans cette statue sans tête.

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains communauté : Les gros dossiers
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De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

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