Je ne veux plus vous voir, c’est égal que vous le compreniez ou non.
J’ai trop de tout ces gens, je me fends dans leur foule. Je cherche à rebrousser chemin, un peu moins de lumière, un peu moins de brio. Il n’y a plus rien d’idéal, depuis longtemps, l’enfance n’est pas fleurie, je n’en ai rien cueilli que l’humiliation de n’être pas grande encore. Grande me voilà dépourvue d’excuses, j’usurpe chaque place que j’occupe, je suis un faux bien imité qui s’ignorait mais découvre jour après jour la supercherie. Il est très douloureux de retirer chaque strate, celle qui fossilise ma vie d’avant, me révèle qui j’étais et ce que je fis. Je me désapprouve singulièrement à chaque fouille. Comment m’assurer que le vernis de demain en s’écaillant ne me montrera pas la farce hideuse que je suis aujourd’hui. Pourtant j’aime être moi, j’ai fait la paix un jour, et j’ai combattu les autres, retranchée dans un royaume bancal, détestant jusqu’à la nausée les nombrils, le mien y compris et ne pouvant m’empêcher d’y revenir sans cesse.
Je ne sers à rien, je ne sais rien, et c’est trop tard. Je protège les derniers remparts de mon fragile savoir contre l’émiettement, mais je sens dans ma bouche le goût de fer de la guillotine proche. J’observe quelques spécimens rares, des hommes signifiants au contenu sûr, à déchiffrer derrière les énigmes, les derniers représentants de ce qui pourrait encore me sauver. Mais je ne peux dignement et raisonnablement pas m’en remettre aux autres pour ce genre de salut. Personne ne doit interférer. Pourtant avec eux je ne suis pas plus que ce rien peut-être, mais un rien qu’on regarde et qu’on touche. Je préfèrerais partir au front que d’affronter seule ces gens tristes et non concernés, influencés et complaisants qui sont restés. Mais je ne survivrais pas à la fin de mes alliés trop rares. Je ne veux plus rien voir, j’en ai terminé de la compassion pour le prochain. Je ne veux plus parler si l’auditeur n’est pas fiable, je ne veux plus sourire parce que ça me coûte cher, je ne veux plus aimer parce que rien en amour ne m’indiffère encore, c'est à désespérer. C’est incroyable d’être atterré sans que personne ne nous maintienne, c’est stupéfiant de constater la génération de geignards frileux et dépressifs que nous sommes, c’est dérisoire d’en être là, seulement là, et de ne plus bouger. Nous ne sommes même pas la honte d’un quelconque Empire, et nous sommes bien trop nombreux.
Je nous hais, de toutes vos misérables forces. Vivement quelques bombes.
Mais non, pourtant ce n’est pas cela encore
Il est possible que je m’améliore avec l’âge. J'ai assez de toute cette jeunesse trop verte, à en vomir, ses excès et ses lacunes, son impatience et sa stupidité.
Rien de matériel ne doit me toucher, tout est périssable, rien ne dure, mais c’est tout ce dont nous disposons, et il est agréable de disposer.
Je ne trouverai jamais la paix car je n’en fais pas ma quête absolue.
Tu ne m’intéresseras jamais assez, j’ai eu mon lot de déceptions pour l’heure, à vouloir croire qu’il existe un état élevé et spectaculaire de relations.
Il est égal que rien ne soit léger ou facile, je mourrais moins conne, mais jamais je n’aurais tué la bête.
Je me sens parfaitement bien lorsque je tire sur mes réserves, et médiocre quand je transpire au soleil, dolente et inerte.
Je serais parfaite. Un jour, je serais parfaite, ce n’est qu’une question de temps.
Parce que finalement, regarde bien la créature dans les yeux, elle ne nous apprend rien. L’état de crise est permanent, rien de ce qui se construit un peu solidement n’est pas abattu ensuite sur un coup de tête, je ne veux presque plus vous voir, car je suis trop plaintive, à m’en répandre sur vos costumes tout neufs, je suis insupportable à ne rien laisser tranquille, et je ne comprends rien quand vous me regardez.
(St Sebastian, Rubens)
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander





Vos points de vue