Mardi 30 janvier 2007

Bande Originale pour la lecture du « Chant des Paroxysmes » de Marcel Moreau.

 

Je choisis sciemment des artistes qui n’ont rien à prouver, plus à survivre, libérés du fardeau de chercher l’oreille. Parce que justement, c’est ici-même, dans ces entrailles qu’on croirait corrompues, que se cachent les pierres les plus pures et les plus nocives, offertes au tout venant, mais que personne n’a jamais vraiment regardées. Puisqu’il s’agit de chanter le paroxysme, il faut des artistes excessifs, dont la démesure feinte cache la démesure folle, celle dont ils ne savent que faire, celle qui les laisse incompris dans le sens brutal du terme, non parce que personne ne les écoute, mais parce que tout le monde les aime pour les mauvaises raisons. L’artiste démesuré ne trouve pas dans les mesures d’un spectacle surdimensionné de quoi satisfaire ses appétits d’entrailles sereines. Son cri est vif car il doit traverser la foule. Il choisit un style outrancier, paillettes ou machines de guerre, il étouffe dans un bruit blanc le son de la goutte qui tombe, seconde après seconde d’une plaie qu’il ne sait plus trop bien identifier d’ailleurs.

Ce qui me plait dans ces morceaux précis, c’est l’envie d’en découdre, de traverser le cynisme d’un bout à l’autre, d’abattre le ridicule, de forcer le chemin des sceptiques, d’élever son cri au rang des litanies féroces, de ne pas tant chercher la reconnaissance que la juste appréciation et compréhension de ce qui se trame dans ces notes, de rugir, de désespérer, dans un élan destructeur plus significatif que toutes les mièvreries dont on a soupé, sans chercher à redresser les tords, mais à redresser les tordus. Comme dirait Marcel Moreau, donc, dans son essai à point nommé : «  Je suis plus contre ceux qui affament que pour ceux qui ont faim, car j’irai plus loin avec ma haine qu’avec mon amour ». Et quand s’élève dans l’orgasme de leur haine, leur chant d’amour sans objet, mes amis, personnellement, je me surprends à croire en Dieu. 

 

1 – Rocky : ‘Cause I’m A Fighter  

2- Eminem : Kim  

3- Alex Parker : Almost Martyrs ( The Life of David Gale Soundtrack)

4- Rob Dougan : Left Me For Dead  

5- Martin Grech : Holy Father Inferior

6- VAST : I’m Dying

7- Mylène Farmer : A Quoi Je Sers ?

8- Happy Rhodes : 100 Years

9- The Venus In Fur : Bitter-Sweet ( Velvet Goldmine Soundtrack)

10- Hans Zimmer : The Jablonsky Variations on a theme by HZ Cameroon Border Post           ( Tears Of The Sun Soundtrack)

11 – Archive : Lights

12 – Rocky : Ain’t Nothin’Over ‘Till It’s Over  

 (Crédits : Lola Lynm - dénichée par Aem[a]eth - voir "Faux Semblant" dans mes liens -)

(Lien pour les titres : mon msn… lien pour l’ouvrage : votre libraire)
par Velma Egan publié dans : Ecoute
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Vendredi 26 janvier 2007

Vu hier, l'immortel, l'imputrescible, l'inaliénable, l'increvable ROCKY. 

D' une naïveté si pure qu'elle en devient touchante, le propos aussi basique et primitif que celui d'Apocalypto dans un autre genre (survivre, rester debout, être courageux, se faire tout seul) , a le mérite de ne pas nous détourner du but voulu : à 55 ans Rocky redécroche les gants, massif, humble. Va-t-il vaincre le champion invaincu du moment ? Il a une femme morte à honorer et un fiston à rattraper, de quoi nous faire mouiller quelques mouchoirs, ainsi qu' un entraînement et un combat final à livrer, de quoi nous faire mouiller quelques chemises. Et puis merde, c'est beau un combat sur grand écran. Je n'ai pas envie de céder au "non vraiment, c'est unacceptable", parce que c'est tout à fait "acceptable" justement.

 

 

De plus, je suis en train de chercher du travail et cela a modifié considérablement ma façon de me vendre. j'ai décidé de faire des lettres de motivations à la Rocky. A mon avis, je serai au moins convoquée à un entretien :   

 "Moi, j’ai une philosophie : Rien n’est terminé jusqu’à ce que ce soit terminé. Je suis une battante, je ne peux pas changer ce que je suis. Mais si on me le demande, si je le veux vraiment, j’encaisserai, je prendrai des raclées et je me relèverai seule, parce que je peux changer, tu peux changer, tout le monde peut changer. C’est un combat. Certain viennent ici pour perdre, pas moi. Si c’est ce que je veux vraiment, je le peux, un cœur ne vieillit pas. Tout ce que j’ai accompli je ne le dois qu’à moi-même.On ne devrait pas empêcher quelqu’un de poursuivre son bonheur, alors demandez vous ce qui juste. Est-ce juste de m’empêcher de poursuivre mon bonheur ? "

(Par contre pas la peine de se déplacer pour "Truands" c'est une malédiction, les français ne savent pas faire un film de genre qui se respecte. Entre le surjeu ridicule de Caubère qui ferait mieux de rester dans le chateau de sa mère tant il salit la gloire de son père, et la froideur de Benoît Magimel qui à force de vouloir nous convaincre qu'il est un parfait salaud finit par aller au delà de son oeuvre (quel surpassement), on finit par se dire pour se consoler qu'au moins il y a un peu de cul (monténégrin de surcroit), peut-être "Scorpion", à sortir bientôt sur le free fight redorera enfin le blason des pseudo bad boys du PAF, mais j'ai peine à y croire.)

par Velma Egan publié dans : Cinéma cinéma
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Mardi 23 janvier 2007

Je sens bien que les temps incertains se marrent, ils rôdent, ils savent que c’est une question inévitable, qu’ils sont indispensables pour départager le passif de l’actif.

Je n’ai jamais ressenti panique plus pure, plus aliénante que celle de ne pas savoir ce que je suis seule à pouvoir savoir. C’est une petite catastrophe, une maladie de plus, silencieuse et invisible, qui me ronge jusqu’à ce que j’ouvre enfin une porte, histoire de réchauffer mes extrémités engourdies.  Je ne suis pas sûre que tout le monde s’en foute. Il reste quelques concernés par mon état des lieux au même titre que je fais encore l’impensable effort de m’intéresser aux leurs. Je ne déteste que parce que j’aime ailleurs. Et certaines choses mises côte à côte sont tout simplement trop fulgurantes pour que je fasse mine de les tolérer. Elles me gênent égoïstement, parce qu’elles mettent en péril mon équilibre, jamais stabilisé, toujours en sursis. J’aimerais tellement ne pas ressembler à toutes ces blagues ambulantes. J’aimerais qu’il soit possible de les abattre. J’aimerais dégager le paysage pour qu’on remarque certaines pièces de choix, découragées ou brimées, qui ne se battront plus pour qu’on les remarque. Je sais aussi comme il est désagréable que la lumière soit faite sur soi lorsqu’on faisait tout pour l’éviter. Oui, je sais des choses. Etonnant pour quelqu’un qui évite de vivre. J’aurais voulu être utile. Appeler le 3240 et dire « Armée de Terre ». Eduquer des enfants pour donner l’illusion. Opérer. Enterrer. Tenir des mains plus fort que des discours. Il se peut que ça arrive encore. Ou que jamais je ne bouge, ni ne me reproduise, parce que ce serait la plus grande des farces que je pourrais alors m’infliger.

Pourtant regardez la grande division qui compose ma joie, toutes ces pensées prostituées au bonheur, je les encourage, j’en suis une représentante avertie. Je ris, je suis tellement drôle, je suis d’un si grand soutien, la meilleure amie, la meilleure amante, la meilleure sœur, la fille prodigue pleine de grâce et de pardon, le femme solide et fidèle,  je suis tellement belle, je sais tellement de choses, je suis si droite et debout. J’ai tellement d’hommes autour de moi que je sais exactement quelle femme je suis, quelle chance de n’avoir pas à compenser, rien à prouver, peur de personne. Je pourrais au moins remplacer l’Abbé Pierre. Pourtant je ne vous aiderai pas le moment venu. Je vous planterai dans le dos. J’arrêterai de me maquiller et ma face immonde et grotesque vous fera tourner la tête, honteux de vous être fait berner. Je mangerai vos entrailles pour survivre, moi qui vous aime tant. Je ne suis pas fiable, ni intègre, ni honnête, et comme dirait Desproges, « il se peut que vous croyez réellement que je plaisante quand je vous dis que je vous hais ». Quand à ceux que j’aime prétendument, là est finalement mon plus grand tour de force, puisque vous me croyez sans le moindre doute.

Je serais tentée de vous appeler à l’aide pour m’empêcher d’échouer, de me donner une fois pour toute la place tant espérée d’employée du mois, me dire que jamais vous n’aimerez comme vous m’aimez mais Noël est passé et nous sommes tous concurrents dans cette grande course pour la reconnaissance moribonde et dégénérée de nos semblables. Je rajouterais bien que je ne me connais aucun semblable mais vous allez finir par vous douter de quelque chose. Un peu trop gros. Un peu trop vieille pour une crise d’adolescence. Soit.

Je suppose que chaque chose est à sa place à présent, sauf moi. Alors je vous propose un jeu : et si on allait tous se faire foutre ?

 

 (Dans les oreilles : « Lights » d’Archive)

par Velma Egan publié dans : Ecrits vains communauté : Les infréquentables
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Mercredi 10 janvier 2007

Extraits de « Livre de poche », aphorismes, textes et lettres ( édités posthumes) écrits par Otto Weininger et rassemblées par Pierre Dehusse et Artur Gerber.

 

 

 

Otto Weininger est surtout retenu pour son antisémitisme, son homophobie et sa misogynie. Malheureusement moins pour ses travaux exceptionnels sur la psychologie et son sens acerbe de la « compréhension » des individus. C’est un homme animé par le « Bon », plus enclin à critiquer des types d’individus comme les femmes (qui peuvent être des hommes donc) ou les vaniteux que des groupes entiers et ce sans discernement. Acide et vif surtout envers lui même, honteux d’être né juif, on peut constater qu’il nourrissait envers la sexualité une fascination empreinte de crainte. « Né avec la culpabilité » comme le dit Strindberg, il se donne la mort d’une balle en plein cœur, à 24 ans, dans la maison où mourut Beethoven, afin d’éviter lui même de tuer, de ses propres aveux.

   

 

*

« Il n’y a que la psychothérapie ; je ne parle pas de cette psychothérapie déficiente que nous connaissons aujourd’hui et qui agit de l’extérieur, où la volonté exogène d’un « suggesteur » doit accomplir ce pour quoi l’individu est trop faible ; je ne parle pas d’une psychothérapie  hétéronome mais d’une hygiène et d’une thérapie autonome où chacun établit son diagnostic et devient du même coup le thérapeute. Chacun doit se soigner lui-même et être son propre médecin. S’il le veut, Dieu l’aidera. Sinon personne ne l’aidera. »

*

« Le maître du chien est celui qui n’a rien de cynique en lui. Voilà pourquoi il a un chien. Sa part cynique est à l’extérieur. »

*

« L’homme vaniteux est hautement susceptible. Car s’il ne voulait pas qu’on le regarde, on ne lui porterait même pas un regard. »

*

« Le problème de l’individualité est le problème de la vanité. C’est une conséquence de la vanité qu’il y ait de nombreuses âmes. Le criminel est vaniteux car il est animé du désir de singularité. Besoin de spectateur, de théâtre, de pose. Voilà pourquoi naît l’homme second. Voilà pourquoi le criminel est homosexuel. »

*

« Comment finalement pourrais-je reprocher aux femmes d’attendre l’homme ? L’homme ne veut d’ailleurs rien d’autre qu’elles. Il n’y a aucun homme qui ne se réjouirait pas d’exercer un effet sexuel sur une femme. La haine contre la femme reste, toujours et encore, une haine non surmontée contre sa propre sexualité. »

*

 Lettre de Strindberg à Artur Gerber après la mort de Weininger :

 

«  Cher professeur,

Quel homme étrange et mystérieux, ce Weininger !

Né avec la culpabilité, comme moi ! Je suis en effet venu au monde avec la mauvaise conscience ; surtout avec la crainte, la peur des hommes et de la vie. Je crois maintenant que j’ai fait du mal avant même d’être né. Ce que ça veut dire !? Seuls les théosophes ont le courage de donner la réponse.

Comme Weininger, je suis devenu religieux par crainte de devenir un monstre. Moi aussi j’ai idolâtré Beethoven, j’ai même fondé un Club Beethoven où l’on ne joue que du Beethoven. Or j’ai remarqué que les gens que l’on dit bien ne supportent pas Beethoven. C’est un homme fatal, inquiet, qui n’a rien de céleste – supraterrestre, certainement.

Le destin de Weininger ? Oui, a-t-il trahi les mystères de Dieu ? Volé le feu ?

L’air était trop épais pour lui ici-bas. Est-ce pour cela qu’il a étouffé ?

La vie cynique était-elle pour lui trop cynique ?

Le fait qu’il parte montre pour moi qu’il avait parfaitement le droit de le faire. Sinon, une chose pareille n’arrive pas.

C’était écrit.

Votre

August Strindberg.  

 

Stockholm, 8 décembre 1903”  

 

*

 Extrait de Cioran sur Weininger :

 

“ Chez Weininger me fascinaient l’exagération vertigineuse, l’infini dans la négation, le refus du bon sens, l’intransigeance meurtrière, la quête d’une position absolue, la manie de conduire un raisonnement jusqu’au point où il se détruit lui même et où il ruine l’édifice dont il fait partie. Ajoutez à cela le culte de la formule géniale et de l’excommunication arbitraire, l’assimilation de la femme au Rien et même à quelque chose de moins. »

Crédits : "Hercule de Farnèse", Musée de Naples - "Peter Chevalier, Haus und Hund"

par Velma Egan publié dans : QG du QI
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Lundi 1 janvier 2007

Le revoilà donc, le fameux top.... sur 61 films cette année (vus en salle) :

1  C.R.A.Z.Y
2  Brokeback Mountain
Mon nom est Tsotsi
4  Lord of war
5  Jarhead
6  V for Vendetta
7  World Trade Center
8  Truman Capote
9  Munich
10  Poséidon

par Velma Egan publié dans : Cinéma cinéma
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Leçon stoïcienne

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

Chrysippe

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