Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 23:32

Oyez !

Le grand, l’unique, le fantastique Paul Watson est de retour… Au grand Pavois à La Rochelle en cette fin de semaine (Ma mère, ma mer et maintenant Paul Watson, cruelle belle et rebelle cité assiégée par les fous, tu ne m’as jamais autant manqué…), puis au VegFest ce samedi 26, place Joachim Du Bellay, pour un discours à 18h sur la condition animale de nos fonds marins.




Taisez-vous donc, bien sûr que je mange des animaux. Je les mange parce que je les adore, et qu’ils m’envoûtent. Il faudra que je vérifie si  je n’ai pas un peu de sang Sioux égaré dans mon torrent russo-basque. Et un petit côté Corse aussi, pour ce tissage incessant de versions nobles sur mes faiblesses, auquel j’œuvre à longueur de journée…

Je hais ces grands rassemblements de mauvais défenseurs, qui braillent sans argumenter, s’insurgent entre 14h et 16h puis retournent à leurs quotidiens exempts de protéines, la mine pâle et la rage fluctuante car bien dévitalisée. Il leur manque la démesure de savoir tout dévorer et qu’il en reste encore, il leur manque l’humilité de garder sa juste place de la grande chaîne du sang qu’ils alimentent d’ailleurs en ne se suicidant pas.

Bon d’accord je range mes chars, vous m’avez découverte :  je ne les déteste pas, chacun pris à part, car leur combat est noble et leur ascétisme me fascine, incapable d’y plonger un doigt de pied. Je les préfère mille fois aux rangés des fureurs, ricanant pour masquer leur gêne de ne plus croire en rien. Je refuse les contraintes d’appartenir à quelque caste que ce soit et pourtant un homme, comme il n’en existe aucun autre soyez-en sûr, dans cette espèce humanitaire incroyable hypocrite, ou grande désespérée, cet homme, parviendra à me faire déplacer en territoire hostile. Je risquerai mes sueurs et mes dents qui se crispent en respirant leurs effluves maritimes d’idéalistes mal lavés, parce que pour le Poséïdon Paul Watson – ce qu’il incarne, je précise, j’irai probablement au moins jusqu’en Ontario. L’extraordinaire étant que je n’aurai pas pour l’heure à le prouver, puisque c’est lui qui vient à nous et vraiment, s’il revient, s’il se tient, debout devant les baleiniers de stupides japonais dont la misère n’excuse rien, risquant sa vie en bravant les peu fins, coulant du béton à l’avant de son bateau pour percer les coques arrogantes, et je veux dire, vraiment – point ici de littérature, pour en découdre avec les grands malins qui défoncent les prétendus plus faibles (sautez à l’eau, vous verrez bien), s’il nous donne enfin ces signes attendus depuis mille ans, alors il faudrait peut-être accepter, une fois n’est pas coutume, de lui rendre un culte digne de ce nom. Imaginez Benicio Del Toro très énervé, qui aurait fusionné avec Massoud, pour la sourde constance d’une bonté grave et jamais élimée, et vous entendrez le message très clair d’un des derniers vrais courageux de ce siècle mal commencé : « Tu veux te battre contre une espèce ? Vient donc tâter de mon harpon d’homme dangereux et sauvage. » Il ne rajoute même pas « connard », à la fin, ce qui serait tentant mais est d’autant plus fort. Et j’aime autant vous prévenir que si vous confondez encore règne animal – et la fascination que naturellement il m’inspire, et sentimentalisme exécrable d’une midinette en léopard, je vais vous y faire descendre une bonne fois, dans les cages. Et vous en faire descendre, une bonne fois, de vos jeeps, caresser l’adorable.

Alors j’y serai, oui et j’aimerais vous y voir. J’ai déjà froid dans le dos de devoir applaudir à l’unisson avec des végétariens heureux, dépitée mais conservant intactes derrière mes pupilles peureuses les braises de mes amours adolescentes pour les grands requins et cousins affiliés. Vous ne pourrez pas me rater: j’ai une immense vague tatouée sur le poignet, souvenir de la majesté éphémère mais puissante des masses incontrôlables sur lesquelles Paul Watson règne en maître, puisqu’il faut délimiter les royaumes.

Quand je vous dis que tout n’est pas littérature, jamais, et que ma littérature, celle que je porte à bout de bras, n’est pas seule littérature jamais, mais s’instruit des forcenés, découle des forcenés, accepterez-vous enfin de me suivre et de cesser ces généralités ?

Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, il va falloir que je vérifie mon taux d’hormones, car il semblerait bien que je me mobilise étrangement pour des êtres vivants…À surveiller.

Publié dans : Sautes d'humeur
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /2009 21:47

 La chouette [triste], Albrech Dürer, 1508.

« Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. »

Il est stupéfiant de se trouver face à 20 pages, et seulement 20 pages, d’une implacable pertinence sans cesse renouvelée.

20 pages pliées dans ce petit format fragile, composées trop étroitement d’une police increvable, accentuant l’oppression d’un homme à bout de souffle, peinant à justifier sa place, son sens, effrayé par la mer, incapable de croire.

20 pages entraînées par la mort pour terminer sur une raison de vivre. Et étendre sa portée en dehors des bords du temps et d’un monde plus fort que soi.

Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes Sud, 1981, p14.


Publié dans : Back to basics : les fondations
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /2009 23:33

Le tueur arpente les rues, affamé, et finit par trouver sa proie, insouciante ou peureuse. Il la suit alors, calmement, jusqu’à trouver un repaire pour commettre son forfait. Sans savoir que je suis juste derrière lui. Je le tance, le défie, mais finis par éclater de rire.

C’est peut-être se donner trop de versions d’une malheureuse histoire. C’est probablement suinter de la tristesse de n’être qu’ici maintenant. C’est peiner à incarner la majestueuse possibilité d’être plantée face au vent, de ne plier qu’à peine, de ne rompre qu’avec la grâce d’un frêle craquement. Et pourquoi se donner, ainsi ?

Parce qu’il est des fragilités qui ne peuvent résister qu’en s’affichant comme telles. Que lorsque la crainte se fait pure, il ne reste qu’à l’affronter, et porter la brûlante alliance à son doigt pour masquer ses épousailles. J’ai 30 ans bientôt, si vite. Et le calendrier de mes heures gribouillé, fardé, bardé de tant d’épiques épisodes. Il ne m’en reste rien que la profonde certitude d’être trop avancée pour tous ces inconvénients. J’ai convoqué plusieurs forces en présence, frappé la porte de bois lourd. Elles m’ont toutes reçu avec une bienveillance confondante. Nous sommes si peu à nous présenter, entiers encore, dans ces contrées désolées de la bonne rage de préférer le juste à la cohabitation forcée.

 Et ce n’est même plus pour le plaisir de parler de moi. Moi, ou une autre, ou tous ceux que j’admire en silence car il en reste. L’objet n’a presque plus d’intérêt. Je parle de moi car il est certain que je ne risque pas de procès. Mais considérons qu’à travers ce portrait vrillé, immanquablement très loin de la réalité observée par les plus proches, se trouve un cri puissant, bien qu’assourdi pour ne pas réveiller les enfants, le cri qui traverse ceux dont je croise les regards atlantiques – car je n’ai encore pas trouvé d’adjectif plus renversant que cette écume grise suspendue à un mouvement perpétuel, lourd, destructeur mais fluide et frais. Voir sur mon poignet gravée la vague d’Hokusaï, qui ne m’inspire qu’une seule crainte réelle : celle qu’elle finisse par disparaître, quand tout le monde me demande si je ne vais pas m’en lasser. Me lasser du trait de l’absolu ? Me lasser de voir dans chacun de mes gestes onduler l’immense masse d’eau pour laquelle j’ai donné cinq heures de souffrance ? Vous voulez rire ?

Mais reprenons la scène : le tueur va tuer, il se sent invincible, oubliant parfaitement le détail de mon ombre, jaillissant dans son périmètre monumental. Je suis derrière le tueur, je regarde bander le muscle, j’observe la clarté de la lame. Je romps son registre en riant de sa fureur. Pauvre tueur au pays des cyniques, tu ne peux même plus décimer sans être ridicule. Tu te regardes faire avant même d’avoir commencé, penaud et piteux, empêché dans ta ferveur d’accomplir quelque chose de juste.

On nous a tout arraché. Jusqu’à la possibilité même d’être furieux, fervent, ou juste fiévreux. Nos meurtres deviennent de simples anomalies, nos suppressions passent inaperçues, même pour ceux qui ont encore la chance de passer sous un métro. Nos indignations remplissent les conversations de salon.

Je n’ai pas à justifier mes accès de violence. Ils ne concernent que quelques touches malhabilement martelées, je ne fais que ronger ma propre cage thoracique, ou mes lèvres, tout au plus, mais mon visage resté figé. Et je suis socialement parfaitement intégrée.

On ne pardonne jamais à ceux qui ne faiblissent pas. Je nous souhaite à tous, les mal rangés, de renoncer et de savoir parfaitement construire le discours qui siéra à cette résignation.

Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /2009 17:38

L'amie d'une de mes amies qui n'en est pas pour autant une de mes amies, d'autant que je ne la connais pas, a élaboré récemment une théorie fort intéressante sur l'épidémie de mort (mais que fait l'OMS ? Nous continuons encore, insolemment, à mourir...) qui frappe nos célébrités (je revendique le prix littéraire de la phrase la plus lourde de la rentrée, et j'ai quelques rudes adversaires) :

Dieu est en train de monter une comédie musicale.

Mickaël Jackson, Patrick Swayze et Filip des 2be3, le casting est prometteur. Bien entendu, tout ceci n'explique pas la disparition de Sim, dont tout le monde croyait au demeurant qu'il était déjà mort.
Il faut bien rire un peu.

Publié dans : Reviens gamin, c'était pour rire
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Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 23:30

Délicate mais réussie, cette émission de C dans l'air, ce soir, sur France 5 intitulée "Suicide au travail". (En intégralité, ici)

De belles et bonnes choses, simples et dignes, sont ainsi formulées par d'acceptables intervenants, dont ce:
 "Je propose aux employés d'arrêter de tourner leur détresse contre eux-mêmes et de se mettre en colère."
Ou encore "On ne parle plus de stress, trop pasteurisé, mais réellement de souffrance, de maladie, ce qui est nouveau."
Et enfin "N'oublions pas cette porosité de l'employé joignable partout et tout le temps."

Si votre réaction, naturelle et spontanée, est de hausser les épaules et de soupirer un "Rien de nouveau sous le soleil", alors peut-être est-il temps de consulter les articles suivant du code du travail, pour n'en citer que deux, et de regarder la vidéo de cette émission riche d'humbles enseignements:

Article L. 122 - 49 :

Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui

ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible

de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou

mentale ou de compromettre son avenir professionnel.

Article L. 230 -2:

Le chef d'établissement prend les mesures nécessaires pour assurer la

sécurité et protéger la santé  (Loi n° 2002-73, 17 janv. 2002) «physique et

mentale»  des travailleurs de l'établissement, y compris les travailleurs

temporaires. Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques

professionnels, d'information et de formation ainsi que la mise en place d'une

organisation et de moyens adaptés. Il veille à l'adaptation de ces mesures pour

tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des

situations existantes.

Mais enfin, la réponse ne se trouve pas dans la réparation juridique ou financière, et comme s'autorise à objecter le sociologue du plateau: "Dès que l'homme est impuissant il convoque les juges"...
J'ai bien une idée d'où elle se trouve, la réponse, mais on me suspecterait de corporatisme insolent.

Publié dans : Sautes d'humeur
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