Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 15:11

Le hasard, s'il existait, ferait bien les choses. Simultanément à la publication de ma précédente note s'enquérant du pain de nos vies, je reçois d' Alain Giorgetti, que j'avais contacté à la suite de  ses quelques très intéressants commentaires faisant suite à l'entretien Asensio, Bonnargent et Monti, ce court texte personnel et poétique. Je lui avais demandé un peu abruptement, et en grandes lignes: "Qu'avez-vous à nous dire de la littérature ? S'il vous plait, développez."Il accepta m'avertissant que le résultat serait informel. Qu'à cela ne tienne, lui répondis-je.

Dont acte.

Je le remercie vivement, et lui laisse la parole, en vous souhaitant bonne lecture.

Paméla Ramos.



Pain - Erick Dietman, 1967


Erick Dietman, Pain, 1967.



 

*

 

« Il faudra qu’un autre voyageur me demande pourquoi j’ai cette pelle à grains sur ma brillante épaule ; ce jour-là, je devrai, plantant ma rame en terre, faire au roi Posidon le parfait sacrifice »

Homère, Odyssée XXIII.


*

 

Derrière le chevet rose et vert de l’église Saint-Pierre-le-jeune-Hors-les-murs de Strasbourg, à l’angle des rues Foch et Muller-Simonis —guère passantes—, dans une minuscule boutique orangée œuvrait, jusque il y a peu, un homme sombre et taiseux qui, s’il avait eu l’heur d’être japonais comme tel fabriquant de Tofu à Kyoto ou tel polisseur de sabre à Edo aurait été, sans aucun doute ni conteste, élevé depuis belle lurette au rang de « trésor national ». Cet artisan remarquable —qui à cette heure jouit probablement d’une retraite voyageuse—, prenait chaque jour vers 14h sa sans-filtre au seuil de sa boutique avec, ostensible, le sentiment du devoir accompli. Il n’eut jamais l’honneur du moindre articulet dans la presse provinciano-locale ce qui, en soi, est une forme de ma honte. Seuls, presque intimes, ses clients pourtant, savaient. On venait d’ailleurs de loin Chez Miller. On faisait provision. On congelait pour le weekend et les vacances car, quiconque avait goûté de cet ouvrage-là ne pouvait plus s’en passer. Il faut dire que cette échoppe était une Panothèque ! Festonnés de farines colorées, il y avait là plus de pains spéciaux que de place pour eux sur les claies. Sortes au levain, au babeurre, au seigle ancien, au tournesol ou à la bière… Tous en propre extraordinaires à savoir : aussi rares qu’étonnants. Il y en avait mais, visiblement, pas pour tous les goûts. La simple baguette à l’ancienne comportait ses exigences. Mie serrée. Croûte épaisse et très cuite. Parfums travaillés. Un goût évoluant avec l’heure… Et que dire des "difficiles" ? Le fameux Pumpernickel par exemple, dense et noir, presque poivré pour avoir, sur le rebord du four éteint, durant des heures cuit à la manière d’un raku. Quelques années auparavant, je n’aurais probablement pas été l’assidu client de Chez Miller. Le goût, même pour la boulange, a besoin d’être travaillé par le temps.

 

Se demande-t-on jamais pourquoi aimer le pain ? On en mange, c’est tout. On se nourrit. T’as pris du pain, s’écrie quelqu’un du fond de l’escalier ? Y’a du pain, crie quelque repli du fond de l’estomac ? Il y a même des soirs, des dimanches, où l’on avalerait n’importe quoi d’approchant pour ne pas laisser orphelin son petit-déjeuner, son saucisson, son gigot de midi. C’est comme ça. C’est humain. Partout dans le monde, dans toutes les sociétés, dans les villages les plus reculés d’Amazonie ou de Papouasie Nouvelle Guinée, on fait du pain. On plante et on élève blé, orge, manioc, sorgho ou n’importe quoi pourvu qu’il soit fissible et apte à combiner avec l’eau puis le feu. Après passage au crible des mains, après mise en rondeur, profilage élastique dans le sens des pierres, des éléments et des astres, la levure pousse. L’alchimie fait son œuvre et, emplissant l’air et l’esprit, le pain grandit avec nous. Jour après jour, bouchée après bouchée, goût après goût l’œuvre est toujours recommencée. La baguette, la ftéra, le chapati, le nan ou le kassav tient entre les mains et réfléchit la lumière. Sa vigueur nous entre lentement dans le corps, commençant par la partie spéculaire du visage, par la blancheur des yeux d’où nous viennent la nécessité des noms et le désir des formes. Il y a tant de noms… Tant de choses et autant de livres pour les dire qui tournent, hyménoptères, autour des cavités sensibles du crâne. Questions éternelles, sentiments égarés, émotions primitives et voraces comme des vagues. Comment la même langue océanique ne s’use-t-elle jamais à tourner et retourner sans cesse le sens de l’univers et ses sables ? D’où nous vient ce besoin de fabriquer des poignées pour attraper les choses, pour les tenir en l’air voire, par écrit, les retenir auprès de soi ? Je regarde, je sens, j’écoute et je touche… Je goûte et j’apprends à goûter. Je cherche, et j’apprends à chercher. Je lis et j’apprends à lire ; à écrire. Les livres, pains alchimiques ouverts au monde et qui, entre les mains, reflètent.

 

J’ai souvent eu cette impression que le pain de Mr Miller était un miroir tendu.  Une récompense me signifiant plus qu’elle-même. Un signal voulant, à toutes forces, me dire quelque chose de précieux. Je ne sais pas : Que ce qui gisait là, devant moi, avait un nom ? Un goût, une autonomie particulière et sacrale comme peuvent en avoir l’enfance, le jeu ou l’océan. Quelque chose ayant à voir —flou de l’espoir et dureté de l’airain—, avec un goût certain de la liberté. Quoi… La réponse informelle à une question jamais posée ? Mettons un cadeau. Une île, quotidiennement offerte en sacrifice à mes yeux comme à mon goût. Un fruit tangible arraché au sens du réel dans la surprise d’un "soudain" au ralenti. Dans cette pièce cubique, orangée, striée de claies boisées gisait peut-être, en effet, le trésor de cette poignée d’années, ici passées. Minuscule Hercule, pour une fois j’aurais donc choisi le bon chemin ? Preuve en serait qu’il m’ait fallu tout ce temps, tout cet espace vital pour y parvenir. Car je venais bien de loin. De très loin. De ce jour précis où, monté au grenier pour chercher un vélo j’en étais redescendu avec une caisse de livres empoussiérés, dont la lecture allait courber le sens de mon existence. Balzac, Baudelaire, Fromentin, La Bruyère, Maupassant, Platon, Zola, etc. Je venais de tomber dans le pétrin pour ne jamais plus en sortir. Lisant Bel Ami et n’y comprenant rien (les mots oui, les mots les uns après les autres mais le reste ? l’ensemble : le monde réel dans lequel ce monde écrit s’incrustait : ça non !) Je devrais donc relire Bel Ami. Plusieurs fois. Ma toute première lecture compterait triple…

 

Depuis, l’opération s’est répétée plus souvent qu’à son tour. Aujourd’hui encore, il m’arrive de devoir relire plusieurs fois tel ou tel paragraphe. Ou bien devoir reprendre un même et entêtant passage. Quand ce n’est pas vagabonder entre deux images. Rêver à la phrase manquante avant que de l’écrire en l’air, et attendre sa dissipation totale parmi les ombres du plafond. J’invente aussi des paragraphes. J’écris parfois un autre livre dans le livre… C’est comme ça. C’est humain. Ces faiblesses de lecture traduisant aussi bien ma formation autodidacte que mon âme de cancre. Mais je m’accroche ! Je continue de dériver, agrippé à la caisse de livres. N’a-t-elle pas été, elle aussi, un cadeau de la vie ? Pendant des années, jour après jour, je m’en suis nourri avant de prendre un abonnement à la bibliothèque municipale. Elle aurait pu sourdre de la cave d’une cousine, de la buanderie d’un voisin ou de la bienveillance d’un professeur. Plus sûrement m’avait-il fallu du temps, ce temps-là et pas un autre, pour arriver au seuil de la lecture sans craindre ses grandes ailes. Un temps pour réapprendre, à lire. Pour commencer à lire vraiment.

 

Je n’ai pas cessé. Je continue. Je tiens des livres entre les mains. Je fais mon propre pain. Je joue. Je suis joué. Les livres s’empilent dans l’île. Je suis libre. Je ne suis pas libre. Je crois que je suis libre. Je rêve que je suis libre ou du moins ai-je la satisfaction —utile illusion— de tenir, un instant, mon destin entre mes mains. Le destin bon pain de lecture.

 

 Alain Giorgetti, mai 2010.

Publié dans : Le goût des autres: invités dans ma sphère...
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Jeudi 6 mai 2010 4 06 /05 /Mai /2010 16:04

 

29

 

 

This is the way the world ends

This is the way the world ends

This is the way the world ends

Not with a bang but a whimper.

 

Thomas Sterns Eliot, The Hollow men.

 

 

 

Une miette de note pour un livre mineur, certes, mais vif et téméraire:

 

Christian Godin, Le pain et les miettes, Klincksieck, 2010.

 

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Problème, simple, pourtant affreusement évident : nous sommes une société de miettes, mais pour égrainer des miettes, encore faudrait-il du pain. Celui-ci vient à manquer.

 

« Il n’y a ni culture ni existence sans un minimum d’unité. »

 

« Changer d’idée comme de chemise et de partenaires comme d’idées – telle est la marque de notre liberté. Le lien n’est bon que pour le prisonnier, la fidélité une servitude. L’homme d’aujourd’hui est électronique : n’est-ce pas l’électron libre qui lui donne l’image la plus simple de  la liberté ? Que l’éclat ne soit pas seulement le fragment d’obus susceptible de tuer mais le flash de lumière intense qui éblouit (autre mot à double-sens), ce jeu de langage nous fait signe. Comme nous ne croyons plus aux vies éclatantes, nous nous amusons tant bien que mal de nos vies éclatées. »

 

Symptômes : tourisme et crémation, fétichisme et vagabondage sexuel, vide-grenier et fin du cadeau, zapping et Facebook, intégrales et best-of, avidité et abandon…

 

Solution, bancale pour l’heure : la psychanalyse, et un plan d’ouvrage ordonné autour des sept mots-clés du docteur malmené : être, agir, pouvoir, voir, avoir, savoir, dire. Mais peut-être M. Onfray en aurait-il quelques autres à proposer pour infirmer ce penseur mineur que fut Freud, par rapport à lui, j’entends. [Car il faut l’entendre dans cette cruelle juxtaposition de deux hommes dont le simple rapprochement fantasmé soignerait le plus indocile neurasthénique, quel que soit ce que l’on pense de chacun, d’ailleurs. Allons, allons. C’est insupportablement postmoderne, cher Michel, vous nous enfoncez. Encore une belle miette racornie loin de sa miche, qui prétendra nourrir son monde. Mais j’arrête sur ce pauvre chapitre Onfray, comme dirait un grand penseur des Balkans de Marseille : « ça m’énerve ».]

Mais je raccourcis sciemment, ce n’est pas tant que la psychanalyse sauvera le monde, idole païenne à laquelle je ne crois pas – car il s’agit bien avant tout de croyance, mais à mots couverts, en en appelant à la littérature aussi bien qu’à l’Histoire (et oui, braves gens, quoi d’autres ?), Christian Godin en appelle à une pensée unie, sensée et transversale (actuels synonymes de réactionnaire), la seule à même de rattraper le pétrin.

S’il en reste encore assez à lever.

 

De toute façon je n’ai même pas encore terminé de le lire.

Je parle la bouche pleine.

C’est proprement honteux.

Précipité, bâclé.

Injustifié.

Moderne.

 

Vous croyez que j’y reviendrai ? Ah !

Si je me respecte un peu, il le faudra bien.

Publié dans : Les inattendus
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Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 19:27


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Rien ne vient, je suis enfermée dans ma chance. Les oiseaux me parlent, enveloppés de grand silence. Je veux encore m’ouvrir en deux.

 

J’entends espoir sans espérance, ils veulent toujours toucher plus bas. J’entends anarchie sans tourmente, ils croient se mouvoir, fuient l’errance. Le confort paraît trop puissant.

On se comprend, hein, on se ressemble. On possède bien quelques constantes. Pourtant si tu es mon miroir je me vois répartie, éclatée dans de bien étranges contrées, dilatée dans tes pores que le temps aura oubliées, je me vois telle que j’étais, je te vois moi hier, mon cadavre décharné, profané que tu déterres j’ai vu, et, figée je me suspends.

 

Sans doute.

Sans doute, comprenez-bien.

Saisissez-bien mon ironie dont l’acide attaque tant d’artères. Les miennes, seulement. Vous irradiez loin des souffrances, moi, réversible, je brûle de tout. Je suis votre éponge de fer.

Suis-je invisible, enfin nom de Dieu ? Rien ne paraît-il donc sur ma surface instable, tu vois le feu enflammer mes pupilles, inonder sous mes yeux, mais si tu choisis de frapper, tu ajoutes à mon trouble en libérant l’hydre immonde et toujours vivace, celle qui refuse le joug terrible de ton insouciance à blesser.

Je te tuerais, comprenez-bien.

Je t’embrasserai et te tuerai, de toute façon.

 

Sans doute, braves gens, vous moquez trop le mien. Je le savais et vous fuyais, je savais bien qu’un jour radieux, insupportable, on viendrait de nouveau rire dans ma pénombre, arracher avec arrogance les étoffes lourdes pendues sur mes fenêtres, que vous m’imposeriez, violents, stupides, inadéquats, vos visages tendus de rictus consacrés, vos rétines rissolées des splendeurs suspendues, je le savais, et n’ai rien pu y faire, encore.

Je vous attendais, j’avais ce doute vrillé de n’avoir pas mis à mort parfaitement, en moi, l’absolue souffreteuse qui ploie sous un regard plombé. Inquiète légère, je vous sentais approcher. J’ai bien dû cesser de fuir, enfin, est-ce une vie d’ignorer ? Le malheur à mes trousses était chaud et tentant, rieur et volubile, j’ai vu derrière la beauté du solaire rire la mort à gorge déployée, et plus vous étiez bons, joyeux, décontractés et plus je vous craignais d’une terreur mortelle. Vous revoici encore, et ma terreur intacte. Le livre n’aura rien changé.

 

On m’a demandé de me taire, ce que je fis. Je supporte de vous écouter, vous, ne pas le faire.

On m’a demandé d’écouter, ce que je fis. Je supporte de vous observer, vous, ne pas le faire, gesticuler et refuser, condamner avec virulence ce que jamais vous ne saisissez. J’ai tenté un mouvement infime que vous avez giflé, et comme tous le firent sans jamais s’en douter, sans doute, vous m’avez enfermé à double-tour dans ma citadelle maudite, vous me sommez d’être brillante, amoureuse et heureuse. J’entends bien l’ordre, hurlé derrière la porte. Je vous rappelle seulement que je suis enfermée.

On m’a demandé de comprendre, et d’accepter, ce que je fis.

De douter, ce que je fis.

Altière et incassable, je devins subitement fébrile, ébranlée par vos cris de guerre. Penchée comme une enfant sur l’alphabet mystérieux, je me perdais dans l’indicible, cette formule trop sensée du soufi Attar perlant au bord de mes yeux.

Et vous, sans doute, vous vous gaussez de votre bonheur farouche, altier et incassable. Vous m’ordonnez de sortir en agitant la clé, sans doute, refusant de me voir telle que j’apparais, vous hurlez votre totalitaire obédience au Soleil, m’acculez au désert, intentez à toutes mes forces glaciales un procès historique, au verdict insolé. Cruel, vous exigez mon bonheur et ma tranquillité, vainqueur vous pavanez de m’en voir incapable. Rendez-moi donc cette clé, sortez, laissez-moi donc geler mes cornées habituées au sous-nombre.

Pyrrhus au Grand Refus, accablés de la justice de vos postures jusqu’au dernier des tremblements, oh oui, vous triomphez  parce que je doute, je souffre, et reste mon enfermée.

Incorruptible à tout jamais, même à un de vos sinistres baisers, fidèle jusqu’à l’absurde à toutes mes nausées. Je souffre, oui, voilà bien un seul terme qui en ces lieux ne sera jamais galvaudé. Je ravale, je résiste aux assauts d’une langue grossière qui écrase les fleurs fragiles que je tente de faire vivre dans les recoins oubliés, ces assauts insincères et meurtriers qui me hantent et m’appellent, qui m’ordonnent sans pitié les sourires en balafres, les éclats, le plaisir et la volupté et me laissent mortifiée, humiliée face au pire devant lequel je m’agenouille au lieu de le gifler, ce pire de lumière factice grondant avant l’orage.

 

Qu’il explose donc enfin ce grand orage final !

Qu’il libère les nuées, remplisse mes fossés, j’ai mal de me courber redoutant sa violence imminente, injuste, impitoyable. Mais qu’il vienne alors, je tomberais à genou, et je le jure, je resterais cette statue figée, foudroyée, balayée par les vents, cette statue d’ébène qu’un maléfice a transformée un jour en femme.

 

Sans doute, vous ne voyez jamais les miens.

Sans doute, vous ne faites que moquer les miens.

Sans doute, je m’en ouvrirais bien en deux, mais vous oubliez que je suis enfermée.

 

Doutez, je vous en prie. Comprenez-bien. Mon ironie chtonienne.

Et je n’ai plus un souffle. Déjà. Car elles reviennent. Elles vont encore me reprendre.

Ces incertitudes.

Malades.

Méfiez-vous si je souffre de votre fait oh

Méfiez-vous.

Mon bras, ma plume ne lâchera pas.

Méfiez-vous.

 

Car moi aussi je reviendrai.


Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 11:49

 

« Soyez toujours prêts à donner satisfaction à quiconque vous demandera la raison de l’espérance et de la foi qui sont en vous. » (1 P 3, 15)

Phrase d’introduction au cours « Théologie - foi et révélation » du Cycle C de la Faculté de Théologie & de Sciences religieuses de l’Institut Catholique de Paris, 2009-2010.

 

« Religio vient de relegere, qui s’oppose à neglegere, comme le soin vigilant (nous disons : un soin religieux) au laisser-aller et à la négligence. »

Salomon Reinach, Orpheus. Histoire générale des religions, L’Harmattan, 2002, p 2.

 

« Les pagani/païens, ce sont donc tout simplement les « gens de l’endroit », en ville ou à la campagne, qui gardent leurs coutumes locales, alors que les alieni, les « gens d’ailleurs », sont de plus en plus chrétiens. […] À travers toute l’Antiquité, le « paganisme » a été une mosaïque de religions liées à l’ordre établi. Être pieux, c’est « croire aux dieux de la cité ». […] Et plus encore de croire en eux, les respecter. »

Pierre Chuvin, Chronique des derniers païens, Les Belles Lettres / Fayard, 2009, p 17.

 


 

PDVD 003

 

 

 

Alors que je termine son intense et surprenant essai sur George Steiner,  La Parole souffle sur notre poussière, lecture entraînante et réjouissante, débordant de beaucoup les cadres mêmes d’un sujet hâtivement et malhabilement imposé en titre par un éditeur qui n’en est pas un, Juan Asensio me fait la gentillesse d’accepter de publier sur son site qu’on ne présente plus, en plusieurs épisodes, une longue, très longue note que j’ai achevée il y a quelques temps maintenant sur La Réaction païenne de Pierre de Labriolle, et que j’avais annoncée ici il y a quelques semaines.

Qu’il en soit vivement remercié, ainsi que ceux qui iront au terme de cette lecture.

  

 

En voici donc, chez lui, la première partie.

 


Publié dans : Stylet et tablette : Textes, hommes des sources
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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 23:09

Apocalypse Jean

 

 

 

Alors que je m’approche de la vitrine protégée par un mince mais dissuasif cadenas, j’aperçois la beauté. Au-dessus, c’est Là-bas, dans son corps de cuir rouge intense et la signature émouvante de Huysmans à Hennique, « son vieux copain ». En dessous, c’est  Certains, l’introuvable et ardemment désiré Certains, entr’ouvert sur un envoi qui me hante : « Quelques nausées sur ce siècle ». Toujours, le graphe délié, superbe, JKHuysmans. J’ai le cœur mordu et les yeux embrumés, je tente de retrouver mon souffle sous l’insupportable verrière.

Je me répète, psaume lancinant, que la beauté ne s’achète pas. Que l’amour ne dure pas. Que tout retourne poussière. Vainement.

Je me dis alors qu’il est possible, oui, que je regrette à cet instant présent de ne pas disposer de 25 500 euros. Je croise le regard séculaire d’une Russe perchée sur des talons immenses, au bras de son époux laid, pourtant riche. Elle semble vouloir me transmettre l’ennui abyssal qui jonche ses rêves perdus ; tout ce qu’elle a accepté, pour toucher les pures beautés. Dormir avec, caresser l’ignoble amas de chair qui débite les billets. Rire de ses insanités.

Je me sens abattue, admirative, vaincue par cette déesse capable d’embrasser les ordures,de s'en parer au grand jour exactement consciente de sa réflexion dans la glace aux vanités. Je ne gagnerai jamais cette bataille-là, tout tendus et trempés soient mes poings et ma détermination. Je dois me résigner à abandonner Là-bas et Certains. Si un type comme cela s’avisait de me toucher, je l’émasculerais avec les dents, tâchant ma robe de soirée. De pure beauté.

 

 

Publié dans : Melancholia: de la bile noire sur la page
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  • : Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • Medellia au V.I.T.R.I.O.L: creuse, trouve.
  • : "Un livre qu'on soutient est un livre qui tombe" disait Rivarol. En le ramassant on se blesse. Il convient alors ensuite de "porter élégamment la cuirasse".

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

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