Samedi 26 juillet 2008
There is a solitude of space,
A solitude of sea,
A solitude of death, but these
Society shall be,
Compared with that profounder site,
That polar privacy,
A Soul admitted to Itself:
Finite Infinity.


Il y a une solitude de l'espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la mort, mais toutes
Seront jeux de société en face
De ce site plus profond
De cette intimité polaire
Où une âme se boucle avec elle-même
Infinité finie.


Emily Dickinson, Lieu-dit l'éternité. (trad. P. Reumaux)

Publié dans : Les angoissés: de la bile noire sur la page
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Lundi 14 juillet 2008
Amoureuse repentie, lucide, sérieuse, désagréable, lubrique, irrationnelle, distante, faussaire, je le confesse, je le fus. Etre sage et tempérante, ludique ou remarquable, par accident, tout au plus, je le pus.
« On n'aime qu'une fois » est la folle complaisance de l'éploré qui ne veut pas renaître.
J'aime encore, j'aime toujours, sincère et désolée.
J'en suis pourtant encore tout empêchée, enchevêtrée dans des réseaux complexes que l'expérience n'aide pas à démêler.
Je voudrais parfois que vous n'existiez pas.
J'appelle de mes vœux, dans l'inquiétude crasse d'être exaucée, que vous n'existiez pas.
Parce que la servitude que suppose votre existence même me laisse bien trop fébrile.
I would prefer not to.
(Would I ?)
Si je sais que je tiens, je sais que je peux perdre.
Je ne supporterai plus rien, pourtant. Qu'il ne se passe rien, je vous en conjure, qu'il ne se passe rien.
Que le foutre coule à flot, que le sang le rejoigne, que tous mes bleus témoignent, que les épaules cèdent, que les genoux fléchissent, et flageolent, et craquent dans un tumulte divin, que les muscles se tirent, se rompent, que les nerfs suppurent, endormis, de mille plaies insensibles, que les ongles déchirent, que les yeux, soudain, se retirent des joues de sable et que la vague frappe, immense, dans un déluge d'écume, je ne veux pas sortir intacte, je veux plier sous votre joug, et me relever fière, et plus souple, et incroyablement belle d'avoir supporté l'assaut, retrouvé le contact.
Car vous existez bien, mais sans vous compromettre. Déjà la porte se ferme sur des amours concrètes. J'ai sous mille morsures un seul baiser fragile, je dois le protéger, tirer les draps, me recoiffer, sourire.
Je crains de vous aimer sans dignité aucune. Je veille en permanence à éviter pareil péril. Je crains la goule avide, terrifiée et terreuse, je lutte pour endiguer son déploiement de nuit, je ne veux pas ramper, implorer et me taire, terrassée par le maléfique aveu d'une impuissance stérile.
Je n'existe que peu dans un tableau sans ombre. Il y a des choses que je ne sais pas dire.
Il y a des choses que l'on ne m'a pas apprises, brutale douceur, aigre torpeur.
Dépérir n'est plus de mon âge. Je suis trempée et rompue à ces tactiques précaires.
Je ne vous crains pas tant, je sais porter plus lourd.
J'ai une force spéciale pour vous, solide et régulière, qui saura tenir bon, traverser les récifs.
Je n'ai pourtant pas l'âme de vibrer en silence : je supporterai tout, pourvu que tu le saches.
Publié dans : Ecrits vains : à moi
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Samedi 28 juin 2008

Sors de là, sors de là…allez…

La tôle tordue et brûlante s’immisce avec une douceur déconcertante entre ses omoplates, le gros coussin grotesque l’empêche de respirer, et la flaque brune grandit comme une magnifique offrande aztèque.

Je suis liquide…

Quel impact… un choc des puissances en présence, tout ce silence soudain après l’écrasement mécanique, plus éclatant encore. Vient la fulgurance de la chair qui cède, le carambolage magique, tout ceci ne prend pas cinq secondes.

La douleur m’éprouve, je la contrôle en ne bougeant plus.

Elle ne sait pas du tout à quoi elle devrait penser.

Le bruit…ce mach inédit, ce smash puissant et sourd d’un proche contre le pare-brise. C’est un début.

Ce bruit régulier ensuite, comme le compte-goutte d’une carcasse qui gît repue de ces cadavres faciles, le compte à rebours d’une cessation définitive d’activité, la scansion d’une farce macabre, un mécanisme enroué, entêtant, obscur.

Le soulagement de les savoir tous morts, l’angoisse vaincue quand le cœur en étau elle a compris l’erreur.

L’erreur, c’était de contrôler cette machine. De contrôler cette famille, et ce cœur, et laisser se répandre ces viscères qu’elle aimait tant naguère, mais qu’elle trahit pour le calme.

L’erreur, c’était ce calme. Plus de fureur, le grand engourdissement, pour ne gêner personne.

Les méthodes éreintantes pour fabriquer les cataplasmes qui étourdiront la colère, la laisseront pour morte, la farderont d’une prétendue foutue sagesse inaccessible, impardonnable et putride. La grande bride pour justifier le vide.

L’erreur, c’était de redouter l’éclat. Avoir foi en surface, peur en dedans, ne plus aller profond. S’excuser de fléchir, d’avoir froid, d’être heureux.

S’excuser de rugir, s’excuser de se taire, se démembrer en contorsions pour s’assurer d’être là, tous les caresser, ne plus jamais aimer par pudeur.

L’erreur, c’était de croire qu’on ne peut pas mourir. Pas maintenant. Qu’on a le temps de remettre ce grand rien à un plus tard qu’on redoute sans comprendre.

Mais il fallait allumer un grand feu, broyer les membres, ouvrir les têtes, s’écraser les phalanges sur les murs, s’épuiser dans des rapports stériles, dans la sueur brutale.

S’isoler avec l’animal.

Il fallait détruire.

Entrer dans la rage divine qui déclenche une perte, une réelle perte, une douleur aigue et amie.

Il existe bien une sensation qu’on ne ressent qu’à ce moment précis où la violence contentée s’apaise avec fracas, délivrant une euphorie douteuse de commencement de fin, de spirale amorcée vers le catastrophique, celui dont on revient moins fier.

Le pied sans aile, les veines trop lourdes, ont pesé dans la balance. La machine emballée a mugit, puis volé, les clameurs ont frappé l’habitacle, le cœur effervescent de multiples orgasmes s’est soulevé et le boyau fidèle a collé aux parois.

Sors de là maintenant…sors de ton costume de failles, retire les brisures des plaies, cicatrise.

Ils sont tous morts, je peux surgir.

 

 

 

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Lundi 9 juin 2008

Caligula – Caligula ! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n’est-ce pas, un peu plus, un peu moins ! Mais qui oserait me condamner dans ce monde sans juge, où personne n’est innocent ! Tu le vois bien, Hélicon n’est pas venu. Je n’aurais pas la lune. Mais qu’il est amer d’avoir raison et de devoir aller jusqu’à la consommation. Car j’ai peur de la consommation. Des bruits d’armes ! C’est l’innocence qui prépare son triomphe. Que ne suis-je à leur place ! J’ai peur. Quel dégoût, après avoir méprisé les autres, de se sentir la même lâcheté dans l’âme. Mais cela ne fait rien. La peur non plus ne dure pas. Je vais retrouver ce grand vide où le cœur d’apaise. Tout à l’air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j’avais eu la lune, si l’amour suffisait, tout serait changé. Mais où étancher cette soif ? Quel cœur,  quel dieu auraient pour moi la profondeur d’un lac ? Rien dans ce monde, ni dans l’autre, qui soit à ma mesure. Je sais pourtant, et tu le sais aussi (il tend les mains vers le miroir en pleurant), qu’il suffirait que l’impossible soit ! L’impossible ! Je l’ai cherché aux limites du monde, aux confins de moi-même. J’ai tendu mes mains (criant), je tends mes mains et c’est toi que je rencontre, toujours toi en face de moi, et je suis pour toi plein de haine. Je n’ai pas pris la voie qu’il fallait, je n’aboutis à rien. Ma liberté n’est pas la bonne. Hélicon ! Hélicon ! Rien ! rien encore. Oh ! cette nuit est lourde ! Hélicon ne viendra pas : nous serons coupables à jamais ! Cette nuit est lourde comme la douleur humaine. […]

Par toutes les issues entrent les conjurés en armes. Caligula leur fait face avec un rire fou. Tous frappent. Dans un dernier hoquet, Caligula, riant et râlant, hurle :

                                                                                          

Je suis encore vivant !

 

 

Albert Camus, Caligula.

 

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Dimanche 25 mai 2008

On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans aimer.

 



Je n’observe pas le genre humain. Non, je ne suis pas du genre à observer l’Humain. Je crois que j’en sais un bon bout sur le style :  « Genre Humain ».

C’est toujours approximatif, son degré d’humanité, à un Genre Humain ; très vague, flou dans ses idées, ses Grandes Idées Générales. Dans ses actes, en revanche, c’est plutôt précis, ponctuel, organisé. Si un Humain se trouve être du genre à proclamer, par exemple : « aimez-vous les uns les autres », ou : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », les autres Humains du même genre s’empressent d’ajouter : « tu ne tueras point ». L’histoire du Genre Humain prouve qu’il n’était pas inutile de le préciser.

Sans que j’aie besoin d’observation ni d’étude, le Genre Humain, moi, il me frappe de ses traits de caractère. Depuis le ventre à Maman que j’en fais partie, du Genre Humain, il me casse les couilles, le Genre Humain, il me les met graves, hirsutes, violacées, tordues, il me les remonte au maxillaire, comme un collier de moules, il me saute à la gorge, me gicle aux yeux, me tord aux oreilles, me cogne à la tête, le genre humain !

Moi, ardent, turgescent, inflammatoire, moi qui n’aime que le clinquant de la vie, l’érection à tous degrés, voilà que je débande, ladies and gentlemen ! J’en suis à l’étreinte molle ! Parfaitement ! Rien à l’horizon qui puisse me donner envie de frotter ma queue au Genre Humain !

Et aujourd’hui, c’est, à chaque fois, un peu plus pire qu’hier.

J’ai que la poésie comme passion.

J’écris, oui. Mais comment doit-on dire, maintenant, en français : un jour néfaste ou une journée faste ?

Merde !

Tout le passionnel est réel.

Tout le réel est rationné.

Sale journée !

 

Ange Philippe Léotard Tomasi, Pas un jour sans une ligne.
Publié dans : Les peu fréquentables
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Quo vadis ?

Pense bête

Fils d'hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » (Psaumes 4,3)

C'est vous qui le dites...

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