Mercredi 31 octobre 2007
 
On a fait quelque chose de formidable pour moi . Je me suis détachée. Je n’ai plus besoin de plaisir aigu et sans joie. J’ai trouvé ma voie.
Il n’y a rien de plus intéressant pour moi qu’un cul. C’est interpellant cette idée d’impasse, de non procréation. Cela me rend, pour reprendre l’expression d’un mort, vivante à n’en plus finir. Pas de plaisir, un peu de douleur, pour se rappeler à soi, mais pas de plaisir dans la douleur, c’est vulgaire. La jonction de deux corps sans aucun autre but. On écarte ce gros cul anonyme et on vient s’y ancrer. On attend sans émoi l’écoulement tiède et pénible de toutes ces vies potentielles qui n’iront pas plus loin. On décolle placidement les épidermes et voilà, c’est fini, et puis plus rien. Le cul, à nouveau, retrouve cet état de pachyderme, paisible et assoupi.
Et cela ne nous a rien apporté. Cet acte était vain, encore une fois, et encore une fois, cela recommencera : la quête perpétuelle d’un cul comme lieu intact de désoeuvrement. C’est ainsi qu’il faudrait que cela soit, toujours. Et bannir tout ce qui tourne autour, ne plus rien ressentir, jamais, mais reproduire le geste sans fin, jusqu'à épuisement ou jusqu'à ce que Dieu ait pitié de nous. Prendre le cul et s’y vautrer, s’y enliser, jusqu'à l’extinction complète du monde, jusqu'à ce qu’asséchés par l’absence de désir nous nous entretuions. Jusqu'à ce que nous ne soyons que des culs sanctuaires de semences sans vies, jusqu'à déchirer ce visage qui n’a plus lieu d’être, qui ne signifie rien, jusqu'à nous coudre la bouche pour qu’enfin cessent ces verbiages indigestes de fadeur et de malhonnêteté. Arriver enfin, au terme d’une lutte sans pitié, dans un soulagement certain, à faire plier l’amour et à l’anéantir.
Je ne me souviens pas quand tout cela a commencé. J’ai ressenti que le jeu prenait une tournure douloureuse, mes entrailles se sont ouvertes à l’air acéré et sec, de mes yeux coulaient des pierres, j’ai su que tout était fini, mais le début, je ne me souviens pas.
J’avais cru que peut-être il pourrait prendre soin de moi, saisir mon visage entre ses mains, me donner de sa peau, respirer dans mon cou. Mais j’ai seulement cristallisé. Un regard et j’ai cru que son sperme salvateur éclabousserait dans une gerbe splendide ma bouche. Un sourire et j’ai voulu voir qu’éternellement son membre engendrerait en moi la violente promesse de n’être plus jamais triste.
Mais je parlais trop. Je gaspillais mon énergie en une mascarade grotesque, j’essayais vainement d’enterrer mon désordre alors que là, tout près, brute et étincelante, se dressait l’évidence. De ce fait, il m’a méprisée.
Comment me rappeler ? Etait-ce cette force qu’il irradiait, puissante et enfantine, maîtrisée et puérile, qui m’avait soufflé net, écrasé à terre, et coupé la gorge ? Je ne me souviens plus quand, pour la première fois je suis rentrée chez moi sans me rappeler du trajet, quand je me suis mise à lui parler, lui chanter des chansons devant mon miroir, à crier pour empêcher les tremblements, à ne plus dormir, ne plus manger, perdre ma joie, et le souffle, la fureur et le bruit, l’éclatement, le morcellement, la peur au ventre et le maquillage, le cœur glacé qui fond et déborde, et me noie. La fissure, la fracture, puis mes entrailles soumises à ce putain d’air acéré et sec et mes yeux vides et cernés, et les pierres tranchantes qui lacéraient mes joues. J’avais compris pourtant.
Les pierres étaient de simples larmes, j’ai eu un peu mal au ventre peut-être, l’orgueil plus que la peine me serrait la gorge , la lâcheté me faisait taire, la prétention parler. Tout était fabriqué d’un bout à l’autre par mon ennui. Devant tant d’imposture, je me suis insurgée. J’ai quitté le combat.
Je ne me suis à ce jour, plus jamais fourvoyée.


Il fallait absolument que tout cela cesse. Réapprendre péniblement à ne plus rien sentir. Et père, où étais-tu? Tout ce temps, tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Descendre ce putain d’escalier dans le noir, attendre de sentir sous son pied la dernière marche. Quel était ce mal si puissant que tu n’as pu y faire face ? C’était donc vrai alors, j’étais pourrissante, malveillante, obscène. Il aurait fallu que tu meures, j’aurais pu pleurer dignement, façonner un désarroi glamour qui m’aurait valu de la reconnaissance. J’aurais pu arrêter. Juste arrêter la machine et me reposer.
Tout ce temps perdu à ne pas comprendre. Il fallait absolument que tu meures, il n’y avait pas d’autres solutions. Mon sang ne peut pas continuer à couler à l’envers. Il faut que je me bâtisse une bonne fois pour toutes et non pas que je me répare sans cesse.
Je t’ai enterré. Je t’ai dévoré et avalé. Je t’ai disloqué, tu n’as plus rien, tu n’existes plus, , tu ne dormiras plus, tu vomiras ta langue, tu trancheras tes couilles, tu erreras jusqu'à ce que je meure. Tu pourriras sur moi et on se mélangera. J’aurais alors vaincu le taureau, dompté la vermine. Mais j’ai encore du temps pour ça.

Je ne me souviens plus quand tout cela a commencé. Il est apparu et les trous dans mes veines ont cicatrisé. J’aurais voulu m’arracher les yeux, mais bien sûr, je n’ai rien fait. Il ne devait pas vivre. Perturbateur. Intrus. Aberration. Ignominie. Erreur. Quelque chose a du interférer. Cela ne pouvait pas être ainsi. Mais comment arrêter la main fouillant mon ventre.
J’ai minaudé. J’ai falsifié. J’ai séduit . Puis cela m’a profondément ennuyé. Eloge de la fuite, de la trahison, de la confusion.

Et maintenant, dans ma profonde solitude, derrière des remparts trop épais, noyée dans mon apathie placide, je suis en train de mourir. Et où es-tu papa ? Il fallait que tout cela cesse. Le début, je ne me souviens pas. Quitter le combat. On m’a coupé la gorge. Tout cela n’est que fabriqué par mon ennui. L’air acéré...les pierres. J’ai tout juste un peu mal au ventre. Juste arrêter la machine. On a fait quelque chose de formidable pour moi.
Je me suis détachée.

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par The bitch is back publié dans : Ecrits vains communauté : Les infréquentables
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Dimanche 28 octobre 2007
 
« Arrive le moment où je me dis que si je reste dans cet état-là je serai bientôt perdu pour le monde ». P.F.
 
Fatigue constante, croissante, inquiétante de toute pose.
Beaucoup de mépris du –isme, ce doit être l’automne, la préparation du grand froid qui doit commencer par ralentir tout battement, se retrancher, chercher la couette.
Attentat au style mais attentat modeste, renoncement tout au plus, biffer l’emphase qui use la patience, promet sans donner.
Il y a des « oh la vache » qui se perdent quand on ouvre un peu les écoutilles. On commence par ricaner de la plate tiédeur de l’autre, on finit par accepter d’avoir été contaminé, on se féliciterait presque de sa morne incertitude. Oui, patience. Ce n’est que partie remise.
C’est tout de même un peu la honte, pour animer la toile d’un peu de son –4°C de proclamer contact un autre à peine signifiant, quand l’énorme ficelle paradoxale est d’aller chercher l’autre pour lui dire qu’on est seul. Et, oh, la vache quoi… Mais c’est égal.
On se met à courir à perdre haleine, persuadé qu’on est poursuivi, déçu peut-être de ne l’être même pas. On se justifie par peur qu’on ne nous le demande pas, on reste seul par anticipation probable de l’être.
Il se pourrait bien pourtant qu’on arrive à vivre plus vieux et bien mieux que la moyenne, bien emmerdés encore d’avoir raté l’échec, ce panache trop rare du perdant ultime.
 
C’est dommage mais le silence s’impose.
L’ennui c’est que ça ne va pas du tout avec mon pull.
Let’s talk. Pour ne rien dire.
Comblez mes heures de vos paroles sacrées, vides, insuffisantes.
J’y trouverai quelque chose.
par Silence publié dans : What if I'm real ? communauté : Les gros dossiers
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Mardi 23 octobre 2007
73 - « Ne cherchez plus à rendre le moindre service à personne, ne comptez plus que personne puisse devenir reconnaissant. On est toujours payé d’ingratitude, les bienfaits ne rapportent rien, et même ils sont une source de dégoûts ; pis encore, ils vous nuisent ; moi, par exemple, je n’ai pas d’ennemi plus impitoyable et plus acharné que l’homme qui naguère a trouvé en moi son seul et unique ami. »
 
93- «  Je ne meurs pas, César, de l’envie de chercher à te plaire :
Reste tout blanc ou tout noir, je n’ai que faire de toi. »
 
116 – «  Plus passionné qu’un chasseur, j’ai relu trop longtemps Callimaque sans y trouver un seul vers digne de t’être envoyé pour adoucir ta fureur, et ainsi, éviter à ma tête toutes ces flèches rouillées que tu m’envoies sans faiblir. Mais j’ai compris, Gellius, que ma peine a été inutile, que j’aurais pu te prier, tu n’aurais pas entendu. Moi, - que je mette un manteau, et tes flèches ne peuvent m’atteindre ; Toi, - je te fixe en un trait : gare à ce châtiment-là ! »
 
 Catulle – Poèmes
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par The bitch is back publié dans : QG du QI communauté : Les infréquentables
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Dimanche 21 octobre 2007
C’est bien la dernière chose qu’il m’ait dite.
On n’étrangle pas un homme, c’est plus fort, c’est sacré.
Etrangle-moi, Boston, et ouvre-moi en deux.
Fait jaillir la parole, celle qui ne peut tarir.
Les bras en croix, le balcon digne, le cheveu mou, même pas de larmes, alors, alors, tu vas sauter alors ?
Etrangle-moi, Boston, empêche moi de partir.
Je crois surtout qu’il n’a rien compris, cela fait bien longtemps que plus aucune prose morose n’a raison de moi, je n’étrangle personne, je ne suis pas Boston. J’essaye de m’en sortir, il n’a qu’à faire pareil, je n’en ai rien à foutre, il se répand à perte.
Je ne m’intéresse pas à sa fêlure, j’ai la nausée des incompris.
Etrangle-moi Boston,
Fais donc un peu moins de bruit, et rentre dessoûler, tu ne peux pas sortir du rang, jamais.
Sauf à tomber. 
par Silence publié dans : Ecrits vains communauté : Les gros dossiers
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Samedi 20 octobre 2007
Alors d’accord, regarde ce qu’on va faire. Je vais avancer lentement ma main, tu vois, là, doucement, et je vais prendre la tienne. Non, non, vraiment, n’aie pas peur. D’accord, je recule. Tu es bête. Tu es beau aussi mais peu importe, écoute. Bon. Je peux…juste tendre ma main alors ? Promis, je ne touche pas la tienne. Voilà. Ah, tu as un très joli sourire, radieux, frais. Tu sais, je ne vais rien te faire. J’ai un peu d’appréhension par contre, j’ai du mal à comprendre tes réactions, il faut que tu tendes ta main toi aussi. Tu fais comme tu veux. Oui, par exemple. C’est nul, je rougis à présent. Arrête de regarder par terre, je perds mes moyens maintenant. Tu es sûr ? Non, je ne veux pas toucher ta main si tu dois la retirer violemment, tu comprends, c’est gênant. Tu me fais rire, je vois parfaitement qui tu es, mais tu crois encore que je ne comprends rien. Ce n’est pas grave tu sais, si tu veux on ne fait rien. D’ailleurs, tu as raison, peut-être vaut-il mieux qu’on en reste là. Allons, tu ne veux plus me regarder maintenant, et tu ne souris plus du tout. Je ne suis pas tellement étonnée tu sais, j’essaye parfois d’avoir moins froid en me serrant contre d’autres mais j’ai toujours froid et en plus j’ai mal au ventre. Je vais garder mes mains près de moi. Je ne sais pas si mon regard est triste à présent, mais tu essayes de me sourire, et c’est assez effrayant. Rien ne vient. On pourrait retourner chacun chez soi, et effacer ce souvenir encombrant. Tiens, tu te rapproches, mais… je dois faire quoi moi ? Décidément je ne comprendrai jamais rien. Ta main est douce, en fait. Je l’attendais moite et froide, morte. J’ai l’impression que je vais mourir de honte, enlève ta main. Ou enlève mes vêtements. Je voudrais bien me contenir, tu sais. Fais quelque chose, j’ai du mal à penser à quoi que ce soit, si, je vois la mer, un rayon de supermarché, une rue pavée, rien à voir, tout est vide, et tout se casse la gueule en moi, c’est un bel éboulis, merde, il va encore falloir que je range tout ça quand tu seras parti.
***
Moi j’ai cassé mes violons, un jour de grande tempête, j’en ai eu marre de l’orchestre, j’avais plus de mouchoirs et mon rimmel coulait.
Cela n’empêche pas quelques accointances, je peux m’essuyer à ma manche, morveuse et effrayée.
Et puis qu’est-ce que tu vas me faire ? Tu peux tout me faire.
Ah la la malheureux ! mais l’amour ça veut au moins dire ça :
« Entre ici Jean Moulin, et dans cette chambre danse pour moi. »
Et puis l’amour, c’est très surfait, et surtout publicitaire. Il n’empêche, parfois ça donne envie d’acheter.
C’est bon d’être un peu niais, de sourire de dépit, piégé de ne pouvoir s’en aller.
C’est bon d’être un peu troublé, jusqu’à en bafouiller.
De toute façon je ne peux rien te cacher, je suis enfin sage, nue et je me tais.
Ce n’est pas une raison pour rimer, certes.
Y’en a qui se regardent jusqu’à la nausée, y’en a qui scrutent les mêmes horizons, y’en a qui parlent mais ne se voient pas, moi je sais pas, je suis bien quand tu es là, je m’en fous si tu t’en vas, j’irai pas décrocher la lune mais je veux bien tenir ta main, pour être sûre qu’elle tombe pas. C’est presque une chanson, faudrait pas s’emballer, y voir des trucs pas vrais, s’inventer des battements. C’est possible que ça ne mène à rien, mais je n’ai pas encore de preuves.
Moi j’te regarde et j’t’entends, et parfois je comprends. Tu peux pas tellement techniquement être la moitié de moi, et inversement, mais tu peux me rentrer dedans et moi j’peux t’avaler. C’est déjà pas si mal, et puis ça crée des liens, et puis quand ça dérape, ça fait de jolis bleus.
Je crois que je peux dire ça comme ça, c’est pas tant que je t’aime, c’est que j’suis apte à toi.
Allez viens, t’inquiètes pas, ça meurt jamais ces trucs là, même si un jour ce n’est plus moi sur toi.
par Melodie en sous-sol publié dans : Ecrits vains
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Vendredi 19 octobre 2007
B
ien entendu – je fais comme Philippe Sollers, pour ne rien démontrer j’utilise les évidences langagières, « et comment donc »* - décider de se coller une bonne fois pour toute à la quatrième de couverture d’un film comme Salo, c’est un peu se lever le matin en décidant de lire tout Proust : ambitieux, déraisonnable, fatigant par avance, inutile.
Parfait. Commençons, donc.
La perte de virginité ne concerne pas que l’aspect ostensible de la chair contentée voire malmenée à douze ans un samedi soir dans une banlieue moche par son oncle (cabotinage : caractéristique pasolinienne par excellence), elle peut aussi s’incarner symboliquement, déchirant profondément un hymen bien saignant : l’ignorance du vice, je veux dire, celui qui craint vraiment, et qu’on cherchait vainement dans les caves moites de nos 17 ans, la mèche grasse et la mue cruelle, frémissant sous un joint ou une fellation bâclée. Rhabillez vous jeunes gens, Pasolini est mort pour ce film là, littéralement, respectons l’héritage. Un peu de dignité, torturez franc, forniquez sans ambages, et sachez-le, le sexe, si c’est mal, c’est surtout parce que c’est la plupart du temps mal fait. Mais trêve de propagande hippie (je ne sais pas ce qui me prend, mes excuses), passons dans l’antichambre, voulez-vous.
Je fus dépucelée pour ma part à 19 ans, je parle bien entendu de ce dépucelage symbolique (je suis vierge sinon), et pour avoir réitéré l’expérience à plusieurs reprises, (d’autres pièces maîtresses ayant également fort heureusement pris le relais entre temps), j’avoue y trouver chaque fois cette fascination crasse pour une obscénité clownesque, ce rire stupéfait devant la fesse-farce, cette crainte un peu jouissive d’être fort mal famée, moi qui frissonne déjà devant le martinet (excusez moi, je m’égare). Le marquis n’est pas loin, j’essaye de rendre hommage, mais mon ramage souillé trahirait mon plumage. A moins que ce ne soit l’inverse, toutes ces positions me déconcentrent un peu.
Il y a chez Pasolini une réjouissance flagrante à mêler sexe trivial et sexe dictatorial, la vulgarité patente d’un sexe plutôt jovial, truculent, sans fards, à la froideur mortuaire des corps contraints et sanctionnés. Le malaise s’installe soudain, car si l’on s’amuse du vice, son overdose laisse rarement indemne. Le cynique est pris de court, le décadent n’ose plus tomber, le rire de défense déserte la mâchoire, il faut commencer à subir. S’entame un long calvaire, une rafale de gifles à notre suffisance de grand malin stupidement prêt à tout, sauf à ça. Quant au gentil un peu rêveur**, il s’est évanoui depuis longtemps. S’il existe d’intenses moments de solitude, ils ne sont en rien comparables avec le silence ouaté et puant envahissant la pièce après vision. Même seul, on est gêné d’avoir partagé ça avec soi-même.
 
Mais alors, qu’en est-il à la fin, de ce film sulfureux ? Est-ce charger de trop d’attentes celui qui ne l’a pas vu que d’en dresser ce portrait malhabile et imprécis, fallait-il crier au loup cette fois-ci encore ?
Dans l’ouvrage de Sade,  Les 120 journées de Sodome , l’action située au XVIIIème rassemble quatre hauts dignitaires des grandes fonctions du pouvoir comme le clergé ou la noblesse. Ils décident, au nom d’une infatigable appétence sexuelle et perverse, de trouver satiété en enfermant dans un château muré plusieurs jeunes gens, hommes et femmes, mais surtout enfants, ainsi que plusieurs adultes qu’ils soumettraient, aux particularités telles que la vieillesse et ses croûtes, ou une extraordinaire longueur de pénis, bien entendu tout ceci n’étant pas exhaustif. Un programme des réjouissances, rythmé en journées (120, donc, intenables à lire), s’élabore autour d’ateliers divers et variés, dont je vous passe des détails qu’il me serait bien impossible de ne pas dénaturer dans une naïveté encore touchante.
Pasolini lui, transpose tout ce petit monde de raffinement apoplectique dans l’Italie fasciste des années de guerre, frappant si possible un peu plus sec là où ça fait mal, et instaure trois cycles : le cycle du sang, le cycle de la merde et le cycle de la torture.
On se raconte des histoires, on mange ses déjections, on brûle quelques pénis, on se marie pour rire dans des cérémonies orgiaques à faire rougir Néron, on s’amuse beaucoup, et d’ailleurs le film se veut tout de même drôle, jubilatoire oserais-je dire, s’il m’amusait de boire à mon pot de chambre en triturant un adolescent balbutiant.
Mais au cœur le plus sordide d’une noirceur assumée, pourtant, aucune morale ne vient s’imposer, et c’est bien là le coup de maître. Il ne s’agit même plus de cela, il n’y a rien à redire, à conspuer, à modérer. Même si, bien sûr, la critique du pouvoir absolu est omniprésente, tout ça… c’est un peu plus que ça : nous sommes devant nous-mêmes : de pauvres tarés sans étoiles, sans fond, et sans limites, dans l’impossibilité de remonter la spirale descendante, ne touchant jamais de bords, aspirés par des propensions vertigineuses à se laisser glisser hors des moules, sans jamais pouvoir se récupérer. Peut-être alors se passe-t-il quelque chose, enfin, d’un peu lumineux, par contrepoint : on décide de s’accrocher un peu aux cadres, pour ne pas chuter dans le piège de l’infernale anarchie des moeurs, que tout ne devienne pas absurdité.
Et puis on reprend une activité normale, un peu sonné toutefois d’avoir entrouvert la boîte de Pandore. Reste à savoir toutefois si l’on saura parfaitement la refermer.
Au fond, quelques bêtes grondent, de mauvaise humeur d’avoir été dérangées, et il faut une certaine vigilance pour éviter qu’elles ne se révoltent, même silencieusement, par un travail de sape lancinant, invisible d’apparence. Il semble important, et ce film l’est surtout pour cela, d’avoir entrevu ce n’importe quoi pour être sûrs qu’on n’y versera pas, ou qu’on y versera, en pleine possession de nos moyens, peut-être pas coupables, mais parfaitement responsables.

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* Lire à ce propos La littérature sans estomac, de Pierre Jourde. (C’est un ordre, au fait)
* * ou fraggle (note de la bloggeuse)
par The bitch is back publié dans : Cinéma cinéma communauté : Les infréquentables
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Jeudi 18 octobre 2007
Son cœur ne fit qu’un bond, ce qui n’est pas rien à dire, elle eut l’impression de décoller du sol littéralement et de s’écraser plus loin à terre. Son regard se vida net, comme la mer se retire avant le tsunami, elle s’enfonça, ne bougea pas, s’effondra, ne bougea pas, implosa, ne bougea pas, une armée de mille hommes courait de ses veines vers sa bouche, son flot muet s’échappa, la privant un violent instant de son souffle. Une larme, une seule, perla enfin, et dans un murmure contenu, son chagrin s’incarna enfin. Elle tomba à genou. Rien ne l’avait préparée à cela. Elle ne put se souvenir d’aucune référence, d’aucune mise en garde, d’aucun conseil. Elle était infiniment seule, étrangère à elle-même, dans ce flot d’émotions inconnues et par trop brutales pour ce corps frêle. Elle revoyait ses yeux immenses posés sur elle, bienveillants, profonds, sereins. Ils étaient à présent éteints, impuissants, perdus à jamais. Elle essaya de toucher sa jambe séparée du corps comme une aberration indicible, ravalant encore et encore le ressac d’une boule de plomb remontant impitoyablement sa gorge. Mais tétanisée elle n’osait plus entrer en contact avec ce froid qui l’avait réchauffée tant de fois. Il était parti, elle n’aurait plus jamais chaud, aurait sans cesse peur la nuit, serait toujours infiniment triste, inconsolable jusqu’à la fin. Pourquoi s’interdisait-elle de pleurer, à ce moment précis où tout le monde aurait compris, elle ne le savait pas elle même. Elle tordait ses mains, petite, finie, noyée dans cette pièce trop sombre, suffocante de noirceur, d’espoir anéanti, les paupières pesantes, tressautant au ralenti, ployée sous le poids insoutenable de la cruauté de la vie, elle pensa même ne plus jamais se souvenir du rire. En un déclic infime, le souvenir fugace qu’elle essayait de bloquer l’envahit sans ménagement, elle lutta en gémissant mais son visage éclata dans sa tête, elle se senti soudain pénétrée de son expression aimante, lui et sa puissance, lui et sa sagesse, sa fidélité à toute épreuve et sa complicité intense de chaque soir, elle fissura enfin.
Le sanglot qu’on entendit résonner cet après midi là dans le salon de la maison des parents de Mélodie restera dans toutes les mémoires comme un long signal alarmant que l’innocence s’était terminée trop brutalement pour cette fois ci. Une complainte déchirante sans partition, un brise-cœur sans nom. Il y aurait la Mélodie d’avant et la Mélodie d’après. A cinq ans tout est trop dur.

Buzz l’Eclair était cassé, rien ne serait jamais plus comme avant.
par Gamine publié dans : Ecrits vains
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Mardi 16 octobre 2007
« Parce que ces fumiers pensent qu’ils vont vivre éternellement ! »
 
Les mots claquèrent contre la vitre de la salle d’interrogatoire.
Cela me fit même tourner la tête, toute étonnée encore d’être détournée d’une écriture compulsive et impuissante, à marteler un clavier qui me le rend bien, par ces mots si simples, demandant à s’extraire de cette série agonisante, venant rompre son rythme blanc, lent, difficile, cruellement banal, et bientôt, sur un malentendu, enfin tragique.
 
« C’est le plus beau sentiment qu’on puisse avoir, cette certitude d’éternité. »
 
Elle, douce, blonde, voudrait nous réconcilier, tous autant que nous sommes.
Et cet écran mouvant, ondulant et sonore, ce n’est qu’un fragment de plus, misérable, impuissant lui aussi à produire du sens.
Brutalement, il devient important de vivre.
Lui, son visage change, par à-coups, surprenant.
Ce temps imparti, difficile à déterminer même en fumant moins, j’en dispose à mon gré, seule, responsable.
Il devient important de vivre, à mesure qu’être éternel semble compromis, c’est encore un mystère, il est étonnant que cela puisse encore nous intéresser.
N’empêche, il enterre des adolescents vivants, parce qu’il lui est insupportable de les voir gaspiller leurs heures. Banal, n’est-ce pas.
Je ne suis pas vieille, j’en conviens, mais j’en tuerais bien moi-même quelques uns.
 
Puis je tourne la tête, souris, oublie.

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par Silence soudain publié dans : What if I'm real ?
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Samedi 13 octobre 2007
A vouloir caresser les cimes,
Sans avoir appris à voler
On commence par dompter le vertige,
On finit par apprendre à tomber.

Blanc - Les cimes
par Silence... publié dans : Ecoute
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Jeudi 11 octobre 2007
phallus.gifQue prétends-tu, femme bien digne des noirs éléphants ? Pourquoi m’envoies-tu des présents, pourquoi des billets doux, à moi, jeune homme peu vigoureux et dont l’odorat n’est pas émoussé ? oui, je n’ai pas mon pareil pour sentir un polype ou un bouc puant logé sous des aisselles velues, avec plus de flair qu’un chien au nez subtil découvrant la retraite d’un sanglier. Quelle sueur, quel horrible parfum développés partout sur ses membres flasques, lorsque j’ai déposé les armes et qu’elle est pressée d’assouvir encore sa rage indomptable, lorsque déjà sur elle, ne tiennent plus la craie humide et le fard pétri dans la fiente de crocodile, que déjà, dans ses exercices équestres, elle rompt le sommier et le dais du lit ! Ou bien, quand, avec des paroles violentes, elle me reproche mes dégoûts : « Avec Inachia, dit-elle, tu as moins de mollesse qu’avec moi ; Inachia, tu peux la posséder trois fois dans une nuit ; avec moi, toujours, c’est à peine si tu as du ressort pour une seule besogne. Périsse misérablement Lesbie qui m’a indiqué, quand je cherchais un taureau, un être sans nerf : et j’avais les services d’Amyntas de Cos, dont le membre est plus solidement implanté dans son aine indomptable qu’un jeune arbre sur les collines ! Pour qui cette ardeur à plonger deux fois les flocons de la laine dans le murex tyrien ? pour toi, oui, pour toi, afin qu’il n’y eût convive, parmi ceux de ton âge, plus choyé de sa maîtresse que toi de la tienne. Oh ! malheureuse que je suis ! tu me fuis, comme l’agnelle a la terreur des loups cruels et le chevreuil celle des lions. »

Horace, Epodes, XII
par Inachia publié dans : QG du QI communauté : Les infréquentables
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Quo vadis ?

Pense bête

« Fils d’hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur lourd, aimerez-vous des riens, rechercherez-vous le mensonge ? » 
(Psaumes 4,3)

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Leçon stoïcienne

De même que l'araignée au centre de sa toile tient entre ses pattes tous les commencements de ses fils, de sorte que, lorsque quelque insecte frappe la toile en quelque partie, elle le sent par la proximité de ses fils, de même, la partie directrice de l'âme, placée dans la région centrale, c'est-à-dire le coeur, tient les commencements des sens, de sorte que, lorsqu'ils lui communiquent quelque chose, elle puisse en prendre connaissance de par sa proximité.

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